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Nos lecteurs ont la parole

Holiday Inn

I

Les jours bénis gorgés de charme, hâlés d’insouciance, sont révolus ;

Tu leur étais consacré mais tu ne les connaîtras plus ;

Ce n’est que leur fin que tu connaîtras,

Leur faste et leur lustre s’éteindront en même temps que tu brûleras.

Tu étais flambant neuf, et tu as flambé ;

Tu devais être un phare mais tu fus un bûcher

Où une haine brûlera tout ce qu’elle haïssait,

Tout ce qu’en un endroit, tu réunissais.

Tes murs verront couler autant de sang que de champagne.

Imposante carcasse, immense fantôme

Dominant la baie de Saint-Georges et tout le rivage,

Combien de carcasses et combien de fantômes

Loges-tu, dans les suites de tes vingt-six étages ?

II

Rejoignant de nuit leur mortel séjour, fatale enclave,

Ces inconscients ? Ces fous ? Ces héros, nos braves,

N’étaient jamais plus qu’une poignée, tous à la fleur de l’âge,

Pour repousser les hordes nombreuses, sanguinaires et sauvages,

Qui affluaient de partout.

Coupés de leurs arrières, ils ont manqué de tout,

De munitions, de vivres, mais jamais de courage,

Se battant d’étage en étage, dans les cages d’escaliers,

Défendant chaque étage comme si c’était le dernier,

Ils se battirent jusqu’au bout.

Puis, acculés, pris entre l’ennemi et le vide,

Conscients du sort que l’ennemi leur réservait,

Qui se tirèrent ces balles qu’ils se réservaient,

Et qui se laissa tomber dans le vide.

III

De nouvelles tours, plus hautes, ont poussé

Dans tes parages et tu ne domines plus,

Ni la baie ni le rivage, carcasse presque incongrue,

Fantôme discret et effacé.

Témoin, théâtre, vestige contemporain d’un récent passé,

Tu nous as vus danser puis nous battre, puis à nouveau danser,

Monumentale relique, précieuse carcasse, fantôme familier,

Qu’il serait banal ce coin, sans toi pour le hanter.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

ILes jours bénis gorgés de charme, hâlés d’insouciance, sont révolus ;Tu leur étais consacré mais tu ne les connaîtras plus ;Ce n’est que leur fin que tu connaîtras,Leur faste et leur lustre s’éteindront en même temps que tu brûleras.Tu étais flambant neuf, et tu as flambé ;Tu devais être un phare mais tu fus un bûcherOù une haine brûlera tout ce qu’elle haïssait,Tout ce qu’en un endroit, tu réunissais.Tes murs verront couler autant de sang que de champagne.Imposante carcasse, immense fantômeDominant la baie de Saint-Georges et tout le rivage,Combien de carcasses et combien de fantômesLoges-tu, dans les suites de tes vingt-six étages ?IIRejoignant de nuit leur mortel séjour, fatale enclave,Ces inconscients ? Ces fous ? Ces héros, nos braves,N’étaient jamais plus qu’une poignée, tous à la fleur...
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