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Politique - Décryptage

L’opération de Bourj el-Brajné : un plan sérieux ou de la poudre aux yeux ?


L’opération de remise des armes des camps palestiniens à l’armée n’a duré que quelques heures. Elle a ainsi vite montré ses limites, même si certains continuent à parler d’une première étape qui sera suivie d’autres. Si l’actualité dense au Liban est vite passée à autre chose, ce qui s’est passé jeudi au camp de Bourj el-Brajné supporte différentes interprétations.

Selon des informations concordantes, l’idée au départ serait venue de l’Autorité palestinienne (AP), qui avait déjà annoncé sa décision de remettre les armes des camps à l’armée lors de la visite de Mahmoud Abbas à Beyrouth en mai dernier. Mais cette fois, le scénario se voulait gagnant pour tout le monde (ou presque). D’abord pour l’AP qui faisait ainsi preuve de bonne volonté à l’égard du Liban officiel, tout en réglant de vieux comptes avec des rivaux palestiniens, et ensuite pour les responsables libanais qui donnaient ainsi à la communauté internationale et arabe un signe concret de leur détermination à monopoliser les armes, tout en adressant un message au Hezbollah.

Jeudi donc, tous les regards étaient tournés vers ce camp de la banlieue sud de Beyrouth, qui avait d’ailleurs connu ces dernières semaines des combats intermittents entre différents groupes, considérés comme des gangs se livrant à des trafics divers. Le Fateh avait annoncé officiellement que l’opération de remise des armes palestiniennes devait commencer ce jour-là à Bourj el-Brajné et les médias étaient au rendez-vous, reléguant au second plan, l’espace de quelques heures, le fait que le Liban officiel attendait la réponse israélienne aux propositions transmises par l’émissaire américain Tom Barrack.

Le moment semblait historique. Surtout après l’échec de la première tentative de remettre les armes palestiniennes à l’armée, en juin dernier. Ce sont d’ailleurs essentiellement les milieux proches du fils de Mahmoud Abbas, Yasser, chargé de ce dossier, qui avaient annoncé que l’opération reportée dans le passé devait commencer jeudi. Yasser Abbas était d’ailleurs au Liban dans ce but, mais les milieux libanais étaient restés sceptiques, convaincus que les préparatifs devraient prendre un peu de temps. Toutefois, Yasser Abbas avait déjà préparé le terrain pour cette décision en nommant Mohammad el-Assaad comme ambassadeur palestinien au Liban, remplaçant Achraf Dabbour, accusé de trop se démarquer du Fateh. Il semblait donc vouloir agir au plus vite. Il avait même été question d’un plan en trois étapes qui mélangeait à chaque fois un camp du Liban-Sud et un autre soit au Nord soit à Beyrouth. L’idée était d’autant plus pressante que l’influence du Fateh au sein des camps palestiniens du Liban était en train de baisser. En effet, le Fateh, qui a longtemps dominé les camps du Liban et en particulier celui de Aïn el-Héloué (près de Saïda), n’y avait plus le monopole des armes et il n’était même plus la force la plus puissante en raison de l’importance prise depuis la guerre à Gaza par d’autres organisations, en tête desquelles le Hamas et le Jihad islamique. Par conséquent, le fait de remettre les armes palestiniennes du Fateh à l’armée en laissant cette dernière poursuivre l’opération avec ses propres moyens ne pouvait que lui être bénéfique. En tout cas, le timing semblait s’harmoniser avec une demande étrangère plus générale, à une période cruciale de la vie de la région tout entière.

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Mais le scénario voulu par le Fateh ne s’est pas déroulé comme prévu et des éléments armés palestiniens ont accompagné l’opération devant les flashes des caméras des journalistes. À ceux qui les interrogeaient, les éléments armés ont expliqué qu’en général les armes des organisations palestiniennes dans les camps sont « légales » et même « liées au droit au retour ». L’alternative serait donc l’implantation des réfugiés au Liban, qui refuse totalement ce scénario. Par contre, il y a, dans le camp, d’autres armes qui, elles, ne sont pas légales. Il est apparu par la suite que le dépôt d’armes saisi appartient à un dissident du Fateh arrêté à Beyrouth quelques jours plus tôt.

Les Palestiniens ont certes déclaré que cette opération serait suivie d’autres. Mais depuis cette séquence spectaculaire, des responsables d’autres factions palestiniennes ont exprimé leur désaccord avec le Fateh et défendu la thèse selon laquelle l’opération limitée dans le camp de Bourj el-Brajné serait « une question interne » au mouvement de Mahmoud Abbas. Depuis, ce sujet n’a d’ailleurs plus été évoqué.

D’autant qu’en parallèle, la nouvelle de la libération par les autorités libanaises de Saleh Abou Hussein, un citoyen israélien détenu depuis plus d’un an, a commencé à circuler. Le Hezbollah s’en est immédiatement emparé pour affirmer que le scénario des armes palestiniennes était destiné à faire passer l’information de la libération d’Abou Hussein en toute discrétion.

De fait, cette libération inattendue, et sans la moindre contrepartie, a commencé à susciter une polémique et de nombreuses questions. Le Hezbollah, qui est engagé dans une sorte de bras de fer discret avec les responsables libanais (tout en maintenant un certain contact), voudrait utiliser tous les moyens disponibles pour discréditer ces derniers. Le message caché derrière ces tentatives est de montrer que les responsables sont soumis aux pressions étrangères et ne peuvent donc pas préserver la souveraineté du Liban. D’autres parties politiques se sont aussi emparées de l’affaire, se demandant comment on peut libérer un détenu israélien, quelle que soit son histoire, en pleine négociation et alors que le Liban réclame la libération de près de 19 détenus en Israël.

La remise des armes palestiniennes à l’armée est ainsi passée au second plan et désormais le Liban tout entier attend la visite des émissaires américains Tom Barrack et Morgan Ortagus, porteurs d’une réponse israélienne aux demandes libanaises ajoutées au document américain.

L’opération de remise des armes des camps palestiniens à l’armée n’a duré que quelques heures. Elle a ainsi vite montré ses limites, même si certains continuent à parler d’une première étape qui sera suivie d’autres. Si l’actualité dense au Liban est vite passée à autre chose, ce qui s’est passé jeudi au camp de Bourj el-Brajné supporte différentes interprétations.Selon des informations concordantes, l’idée au départ serait venue de l’Autorité palestinienne (AP), qui avait déjà annoncé sa décision de remettre les armes des camps à l’armée lors de la visite de Mahmoud Abbas à Beyrouth en mai dernier. Mais cette fois, le scénario se voulait gagnant pour tout le monde (ou presque). D’abord pour l’AP qui faisait ainsi preuve de bonne volonté à l’égard du Liban officiel, tout en réglant...
commentaires (4)

Un gouvernement désorienté, inexpérimenté, subordonné et soumis aux veux de la CIA. Voilà ce qu'est le "truc" qu'on veut nous cacher, comme si on ne le savait pas. Iran, S.A., USA, UE, Qatar...y a t’il encore quelqu'un dans les parrages qui n'ait pas dicté ce qu'il voulait ? Allez y vite, le Liban a ses chaleurs...

Raed Habib

07 h 31, le 25 août 2025

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Commentaires (4)

  • Un gouvernement désorienté, inexpérimenté, subordonné et soumis aux veux de la CIA. Voilà ce qu'est le "truc" qu'on veut nous cacher, comme si on ne le savait pas. Iran, S.A., USA, UE, Qatar...y a t’il encore quelqu'un dans les parrages qui n'ait pas dicté ce qu'il voulait ? Allez y vite, le Liban a ses chaleurs...

    Raed Habib

    07 h 31, le 25 août 2025

  • Qu’est ce qu’ils ont fait le premier ministre et son cabinet sinon des paroles en l’air? Il faut were naïf pour être convaincu que le Hezb et les Palestiniens vont remettre leurs armes! La réponse des israéliens à Barrak va le prouver.

    Sami NAJJAR

    06 h 20, le 25 août 2025

  • Intéréssant de savoir ce que pensent les différentes milices armées. Personne n’est contre la cause palestinienne. Sauf que toutes ces bandes sont hors-la-loi. La constitution, Taëf, le gouvernement libanais et les instances internationales les considèrent comme telles. L’Etat a dit son mot et ne peut et ne veut pas reculer. L’heure est grave. On est pour le Liban souverain ou pour des milices immatures téléguidées par des barbus sectaires du moyen-âge. Que ce soit à Gaza ou au Sud, on a vu les exploits divins de ces armes de malheur. Notre pays a assez payé. Ça suffit et advienne que pourra.

    Goraieb Nada

    06 h 01, le 25 août 2025

  • Pas la peine de lire l’article. Le titre de l’article est suffisamment explicite pour comprendre qu’il vient appuyer les dires de Bassil qui aborde ce même thème. Sachant que durant le mandat de son beau papa, RIEN N’A ETE FAIT… excepté le MA KHALLOUNA….Au moins, ici Le président actuel et le premier ministre non seulement : ils « abordent le sujet haut et fort » mais ils l’imposent et ont commencé à l’appliquer… Que ce soit suffisant ou non? Au moins, ils ont fait quelque chose …. EUX !!!

    LE FRANCOPHONE

    02 h 04, le 25 août 2025

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