Le député sunnite de Tripoli Achraf Rifi. Photo d'archives
Le député sunnite de Tripoli Achraf Rifi a affirmé dimanche que « le refus du Hezbollah de remettre ses armes n’est plus un différend politique, mais une déclaration explicite de coup d’État », ajoutant que « les Libanais vivent désormais dans la crainte face aux menaces du parti et à son arsenal ».
Le gouvernement de Nawaf Salam attend d’ici la fin août un plan de l’armée pour le désarmement des milices au Liban, en tête desquelles le Hezbollah, suite à une décision du Conseil des ministres. Cette mesure a suscité une levée de boucliers de la part de la formation pro-iranienne, alors que, depuis leur arrivée au pouvoir début 2025, le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont fait du monopole des armes aux mains de l’État un engagement central.
Dans une longue diatribe contre la formation chiite, sortie grandement affaiblie après treize mois de guerre contre Israël, l’ancien commandant des Forces de sécurité intérieure (FSI) a estimé que « l’arsenal du Hezbollah a pris l’État en otage, empêché l’armée libanaise d’assumer son rôle et placé le Liban au service de projets régionaux étrangers à son histoire et à son identité nationale ». Pour M. Rifi, « il ne peut y avoir d’État avec deux armes, l’une légitime et l’autre terroriste. L’État ne peut se construire qu’autour d’une armée nationale légale ».
« Les Libanais craignent votre trahison »
Le Hezbollah refuse de se plier aux décisions du gouvernement. Son secrétaire général Naïm Kassem avait multiplié les menaces, affirmant que sa formation était prête à l'affrontement si le désarmement lui était imposé. Le vice-président du conseil politique du Hezbollah, Mahmoud Comati, a assuré, par la suite, que le Hezbollah n'est pas « dans une confrontation interne libanaise ». Le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en Iran, Ali Larijani, a, lui, déclaré vendredi que son pays «continuera à soutenir le Hezbollah» et que celui-ci était en train de « se reconstruire ».
Achraf Rifi, qui avait déjà menacé d’appeler à « descendre dans la rue » pour contrer le Hezbollah, a également estimé qu’« il n’y a pas d’avenir pour le Liban tant que le parti tente de confisquer la décision de l’État au profit d’un projet régional illusoire. Ils disent porter les armes pour protéger le pays de l’ennemi et affirment craindre pour leur environnement l’agression. Mais les Libanais, eux, craignent votre trahison et vos armes. »
Ces déclarations ont été faites lors d’une cérémonie organisée au bureau de M. Rifi à Tripoli, à l’occasion du 12e anniversaire du double attentat contre les mosquées al-Taqwa et al-Salam, qui avait fait plus de 40 morts le 23 août 2013, dans un contexte de fortes tensions politiques exacerbées par la guerre en Syrie. « Nous n’oublierons pas les martyrs, nous ne négocierons pas sur leur sang, et nous ne céderons ni à l’hégémonie ni au terrorisme, quel que soit le temps que cela prendra », a-t-il insisté.
M. Rifi a en outre salué Joseph Aoun et Nawaf Salam, grâce auxquels « le Liban tente de sortir de l’une des étapes les plus dangereuses de son histoire, en raison de l’emprise du parti de l’Iran sur l’État (…) qui refuse de remettre ses armes et proclame ouvertement qu’il est au-dessus de l’État et au-dessus de la loi ».
Le Hezbollah maintient sa position
Face aux critiques formulées par ses opposants au Liban, le Hezbollah continue pour sa part de tenir le même discours et de rejeter tout projet de désarmement qui lui serait imposé. Le député et ancien ministre Hussein Hajj Hassan a ainsi estimé pendant une cérémonie à Baalbeck que le Liban et la région sont « face à un avenir où il n’y a pas de place pour les faibles, ni de place pour le droit s’il n’est pas protégé par une arme ».
Un autre député, Raëd Berro, a affirmé depuis Aïn el-Ghouaybé dans le caza de Jbeil que les déclarations faites il y a quelques jours par le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur le « Grand Israël » ne pouvaient être interprétées autrement que comme une « menace » pour le Liban et tous les pays de la région, appelant les Libanais et les peuples de la région à « y faire face ». L’expression « Grand Israël » renvoie aux frontières bibliques de l’époque du roi Salomon, englobant la Cisjordanie occupée et des territoires de pays voisins, et auxquelles certains ultranationalistes israéliens aspirent. Assimilant la décision prise le 5 août à une « humiliation » pour les Libanais et une « honte » pour le gouvernement, le parlementaire chiite a appelé « le gouvernement libanais à se réunir pour la retirer ».
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan a aussi commenté les propos du Premier ministre israélien sur le Grand Israël pour justifier « la résistance » comme « nécessité nationale suprême, car elle garantit la préservation du Liban par ses sacrifices ». « On ne peut accepter son démantèlement ou sa dispersion contre les promesses d’un prédateur insatiable. On ne peut compter sur Washington ni sur aucune garantie régionale ou internationale, car l’expérience nous a appris à ne pas nous faire piéger deux fois », a-t-il encore lancé.
Alors qu'il s'était distingué par ses critiques acerbes à l’encontre du patriarche maronite Béchara Raï, Ahmad Kabalan a conclu sa déclaration en démentant toute velléité contre la communauté chrétienne : « Le christianisme est pour nous une nécessité existentielle, spirituelle et morale (...) Le danger vient de l’extérieur, tandis que certaines voix internes cherchent la destruction du pays », a-t-il encore dit.



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Le refus du Hezbollah de céder son arsenal est une déclaration de « coup d’État » Peut-être pas tout à fait, mais une incitation à la révolte, certainement. Comment se fait-il que l’auteur de tels propos soit encore en liberté ?
07 h 40, le 25 août 2025