Le mufti jaafarite Ahmed Kabalan. Photo ANI
Le mufti jaafarite Ahmed Kabalan, considéré comme proche du tandem chiite, a répondu vertement mercredi au patriarche maronite Béchara Raï, lui assénant qu’« aucune force sur terre ne peut enlever au Hezbollah ses armes car ses armes et celles du mouvement Amal sont les armes de Dieu ».
Le communiqué du dignitaire chiite a été publié au lendemain d’une diatribe virulente de Mgr Raï contre le parti chiite. « Le Hezbollah a vidé la résistance de son véritable sens ; la résistance ne consiste pas à se soumettre aux diktats de l’Iran », avait martelé mardi le chef de l’Église maronite dans un entretien sur Al-Arabiya, invitant « le Hezbollah à penser à sa « libanité ».
« Nous-mêmes, notre existence et toutes nos capacités sont mobilisés pour défendre le Liban. Nous sommes une force que Dieu a dotée de sacrifices historiques et de victoires nationales malgré les coups portés », a écrit Ahmad Kabalan, qui a souligné que le Hezbollah « n'a pas été vaincu et ne sera jamais vaincu », en référence à la récente guerre de la milice chiite contre Israël.
Déclenché le 8 octobre 2023 en soutien au Hamas à Gaza, le conflit, d'abord larvé, a pris une tournure ouverte à l'automne 2024, l'armée israélienne bombardant massivement le Liban-Sud, la banlieue sud de Beyrouth et la Békaa, éliminant des cadres supérieurs du parti chiite et surtout son secrétaire général, Hassan Nasrallah, et détruisant en grande partie son arsenal. Malgré un cessez-le-feu, le 27 novembre 2024, l’État hébreu continue de mener des assassinats ciblés au Liban-Sud, fauchant au passage, des vies civiles.
La communauté chiite en a assez de la capitulation
Poursuivant sur sa lancée, l'uléma proche du Hezbollah a déclaré que « le monopole des armes aux mains de l'État est mort-né tout comme la proposition américaine (dont les objectifs ont été approuvés lors du Conseil des ministres du 7 août, NDLR) qui ne fait qu'exposer le Liban et son peuple alors que l'État, faible, ne fait que compter les frappes israéliennes », a-t-il encore dit.
« Si le Liban moderne est doté d’un héritage historique, c'est bien celui que lui ont légué le mouvement Amal, le Hezbollah et les autres forces de résistance qui ont vaincu Israël et arraché l'État libanais, ses institutions et ses différents secteurs aux griffes d'Israël le jour où celui-ci l'a occupé », a insisté Ahmed Kabalan, faisant allusion à l'occupation israélienne du Liban-Sud entre 1978 et 2000. Le mufti a ainsi assuré que le Hezbollah « ne permettra pas au sionisme de réoccuper le Liban » car « la communauté chiite en a assez de la capitulation, de la trahison et des faux témoignages ». Et de lancer : « Celui qui veut Israël peut y aller »...
« C’est l'Iran qui a anéanti le projet du Moyen-Orient et brisé les espoirs de Washington et Tel-Aviv, qui vivent du terrorisme, de l'occupation et de la destruction, et qui a fait échouer le rêve de Washington et Tel-Aviv d'un Grand Israël », a encore affirmé le dignitaire. « Ce que nous avons accompli dans cette guerre dépasse les capacités de toute une armée », a enfin indiqué Ahmed Kabalan, estimant que « la décision de paix ou de guerre est une question de souveraineté nationale ».
Les internautes se sont invités dans la joute verbale liée à l’arsenal du Hezbollah entre le patriarche maronite Béchara Raï et l’uléma jaafarite proche du parti chiite, Ahmad Kabalan.
A l’issue d’une publication particulièrement insultante envers le chef de l’Église maronite sur le réseau social Tik Tok, l’accusant notamment « de trahison et de sioniste » au même titre que le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, un autre a interpellé ce qu'il a nommé les « porte-voix du Hezbollah » : « Raï réclame un État avec le monopole des armes. Et vous le traitez de traître ? »
A son tour, le chargé de presse des FL, Charles Jabbour, s’est demandé sur X « comment il est possible de gérer, voire de coexister avec un religieux, Ahmad Kabalan, qui considère les armes du Hezbollah comme venant de Dieu ». Et de marteler : « C’est du blasphème, une déformation de l’image du Seigneur, de le présenter comme une milice qui tue, assassine, détruit et déplace. Il est honteux d’utiliser le nom de Dieu dans les guerres sataniques. »



Entre ce guignol et quelques lecteurs lectrices (toujours les mêmes) qui s’attaquent au patriarche, je ne vois pas d’issue pour le Liban.
08 h 24, le 22 août 2025