William Noun à l’issue de son interrogatoire, le 19 août 2025. Photo Claude Assaf
Convoqué par la police criminelle sur instruction de l’avocat général près la Cour de cassation, Sabbouh Sleiman, suite à une dénonciation judiciaire déposée par un avocat, Ali Hassan Ibrahim, William Noun, frère d’une victime de la double explosion au port de Beyrouth (4 août 2020), a été entendu mardi pendant deux heures, avant d’être relâché sous caution d’élection de domicile également sur ordre du juge Sleiman.
La demande d’ouverture d’une information judiciaire contenait des accusations portant sur « une empathie dangereuse avec l’ennemi israélien » que William Noun avait exprimée, selon le plaignant manifestement proche du Hezbollah, lors de son discours prononcé à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe du port. Dans une vidéo de ce discours, on voit M. Noun lancer à des participants à la commémoration qui scandaient « Le Hezbollah est terroriste » : « Il ne reste plus au Hezbollah le moindre informateur. » Un propos qui constitue, selon le texte de la plainte, « une allusion claire aux 5 000 martyrs de la résistance tombés lors de la guerre israélienne contre le Liban » et qui, toujours selon le plaignant, est de nature à « provoquer la base populaire de la résistance ».
« Tragi-comique »
William Noun est sorti de son interrogatoire souriant devant les journalistes ainsi que des dizaines de proches de victimes rassemblés devant le Palais de justice en signe de solidarité, dont certains scandaient : « Nous sommes tous William Noun ! »
Il a donné un aperçu de ses déclarations faites à la police criminelle, expliquant notamment que lorsqu’il a affirmé, dans son discours, qu’« il ne reste plus rien du Hezbollah », il faisait référence à « son volet militaire » qu’il considère aujourd’hui comme « quasi neutralisé ». « Celui-ci ne peut plus désormais faire pression sur l’enquête du port », a-t-il ajouté, se félicitant qu’« après cinq ans de lutte (des familles des victimes) », le Hezbollah n’a « pratiquement plus d’impact sur le cours de la justice ». Et d’ajouter : « Si certains pensent que mes propos sont provocateurs, alors nous continuerons à les provoquer tant qu’ils continueront, eux, à entraver la marche du dossier. » Interrogé par L’Orient-Le Jour, William Noun affirme que « la bataille est judiciaire avec le Hezbollah ». « Depuis le premier jour de la double explosion, il entrave le cours de l’enquête », déplore-t-il, notant qu’« une demande d’ouverture d’une information judiciaire est en préparation contre ceux qui ont tenté de bloquer le cours de la justice, notamment en faisant une incursion au Palais de justice et en menaçant le juge Tarek Bitar », en charge de l’instruction.
Pour sa part, l’avocat de William Noun, Ralph Tannous, qui l’accompagnait lors de l’interrogatoire, a qualifié la convocation de « tragi-comique », tout en affirmant que « l’interrogatoire était respectueux et civique ». À L’OLJ, Me Tannous a affirmé qu’« il n’a pas été demandé à (s)on client de s’engager à ne plus tenir des propos similaires à ceux qu’il avait prononcés dans son discours », assurant qu’« il ne sera pas convoqué à nouveau ».
« Résidus et soubresauts »
Pendant l’attente, les participants au sit-in affirmaient avec confiance que William Noun ne serait pas retenu. « Accuser de trahison les proches de victimes est le style (du Hezbollah), mais nous avons confiance dans le nouveau président, le ministre de la Justice, et dans les récentes nominations judiciaires », déclare à notre journal Rima Zahed, sœur d’un employé du port tué dans la double explosion, soulignant que « le chef de l’État Joseph Aoun a assuré que justice sera faite ». Les proches des victimes avaient été reçus, le 17 juillet, par M. Aoun.

Mme Zahed a également exprimé sa confiance dans le juge Bitar qui, selon elle, « rendra un acte d’accusation juste ». Pour Nazih el-Adem, père de Krystel, tuée à son domicile le 4 août 2020, ces pratiques d’« intimidation » à l’égard des parents de victimes émanent « des résidus de l’ancien pouvoir politique ». « Chaque fois que la justice tente de se rapprocher de la vérité, ils essaient de prendre en otages les proches des victimes », note-t-il, estimant que « ce sont désormais des soubresauts ».
Sabbouh Sleiman est le magistrat qui avait suspendu, en janvier 2024, l’exécution du mandat d’arrêt délivré par le juge Bitar, en septembre 2021, à l’encontre de l’ancien ministre des Travaux publics Youssef Fenianos, lequel avait refusé de comparaître à une audience. La décision de M. Sleiman avait suscité de vives critiques auprès de nombre de juristes, selon lesquels seul le juge d’instruction est habilité à suspendre un mandat d’arrêt.



Qu'on arrete de nous farçir le "public de la resistance". On n'y a rien a faire.. On a existé comme des citoyens de seconde zone dans notrr propre pays pour 40 ans. Ça suffit avec leur satané public de la resistance.
11 h 00, le 20 août 2025