Les émissaires américains Tom Barrack et Morgan Ortagus reçus par le président du Parlement, Nabih Berry, lundi 18 août 2025. Photo Mohammad Yassine
La visite des émissaires américains Tom Barrack et Morgan Ortagus à Beyrouth s’est articulée autour de trois axes. Le premier consiste à apporter le soutien à l’État libanais après sa décision de restaurer le monopole des armes et d’adopter la feuille de route américaine et prendre connaissance du mécanisme d’application prévu. Le deuxième a trait aux discussions sur le renouvellement du mandat de la Finul, d’autant plus qu’Ortagus sera directement concernée par ce dossier à partir de sa fonction au sein de la mission américaine auprès des Nations unies. Le troisième porte sur l’examen des moyens de faire pression sur Israël afin qu’il prenne des mesures qui correspondent au « premier pas » fait par le Liban.
Au vu des déclarations qu’il a faites après ses rencontres, M. Barrack s’est montré relativement satisfait et a transmis un message clair sur la nécessité pour Israël de s’engager à respecter les clauses du document et de commencer à mettre en œuvre des mesures en ce sens, étant donné que le Liban les avait acceptées et allait commencer leur application. « Il y a toujours une approche étape par étape. Je pense que le gouvernement libanais (...) a fait un premier pas », a-t-il déclaré à l'issue de sa réunion avec le président Joseph Aoun. « Ce qu'il nous faut maintenant, c'est qu'Israël ait un engagement réciproque », a-t-il ajouté. Interrogé à propos d'un retrait des troupes israéliennes du Liban et d'un arrêt des « violations » de l'accord, M. Barrack a affirmé qu'il s'agissait « exactement de la prochaine étape ». « Dans les semaines à venir, vous verrez des progrès de tous les côtés », a encore assuré l’émissaire américain, ajoutant que « cela signifie une vie meilleure pour les populations » dans la région. M. Barrack est d’ailleurs celui qui avait proposé le principe du « pas contre pas », alors que le Liban avait avancé le principe des « pas simultanés ». Dans l’équation arrêtée, le Liban a commencé par faire le premier pas, ce qui a conduit l’émissaire américain à adresser un signal explicite sur la nécessité pour Israël de répondre par une mesure correspondante.
La clé à Aïn el-Tiné
La phrase essentielle reste celle que Barrack a prononcée après sa rencontre avec le président du Parlement Nabih Berry : « Tout le monde avance dans la bonne direction et tout le monde bénéficiera de l’amélioration économique. » Depuis le palais de Baabda, il a dans le même cadre précisé que « les chiites profiteront du retrait des armes du Hezbollah ». Ce qu’il entend par bénéfice pour les chiites concerne le retrait d’Israël, l’arrêt des frappes et des assassinats, ainsi que l’entrée dans un processus de reconstruction et l’ouverture à de nombreux investissements au Liban, ce qui devrait, selon lui, avoir des retombées positives sur l’ensemble du peuple libanais.
Lors de son entretien avec l’émissaire américain, le président du Parlement a rappelé ce sur quoi les deux hommes s’étaient entendus, à savoir la nécessité pour Israël d’entreprendre des mesures sérieuses pour que le processus de monopole des armes progresse. Cette position était unifiée entre les trois présidents (de la République, du Parlement et du gouvernement), qui ont insisté sur l’importance d’exercer des pressions sur Israël pour l’amener à cesser ses opérations et à commencer un retrait, du moins progressif, quitte à ce que cette démarche soit poursuivie en parallèle à d’autres mesures prises par le Liban.
C’est à travers ce prisme qu’il faudrait lire les propos du président Aoun qui a affirmé à ses interlocuteurs américains que « ce qui est nécessaire aujourd'hui, c'est que les autres parties s'engagent à respecter le contenu » de l'accord de cessez-le-feu. Le chef de l’État a également appelé la communauté internationale, et notamment Washington et Paris, à « soutenir davantage l'armée libanaise et à accélérer les mesures requises au niveau international pour lancer le processus de reconstruction dans les zones touchées par les attaques israéliennes ». De son côté, le Premier ministre Nawaf Salam a souligné, lors de son entretien au Grand Sérail avec M. Barrack, que l'administration Trump devait désormais « assumer ses responsabilités en faisant pression sur Israël pour qu'il cesse ses attaques, se retire des cinq points (encore occupés au Liban-Sud, NDLR) et libère les prisonniers » libanais. Il a affirmé que les décisions du gouvernement avaient été prises dans « l'intérêt national » et a insisté sur la priorité de renforcer le soutien à l'armée, « financièrement et matériellement », afin qu'elle puisse accomplir les missions qui lui sont confiées.
Il reste que la phrase clé de cette visite est celle lancée par Tom Barrack à Aïn el-Tiné. Elle révèle une certaine convergence avec le président du Parlement, qui, au final, représente le Hezbollah dans les négociations. Cette déclaration intervient après que Nabih Berry eut affirmé que « personne au Liban ne veut de guerre civile », dans une réponse implicite mais claire aux déclarations du secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem. La position de M. Barrack, conjuguée à celle de M. Berry, se recoupe avec de nombreux indices diplomatiques laissant entendre qu’au sein du Hezbollah, certains sont désormais convaincus de la nécessité d’aller vers un monopole des armes par l’État.
Le Hezbollah conscient, mais attend l'Iran
Selon des sources diplomatiques, le Hezbollah hausse aujourd’hui le ton afin d’obtenir le maximum de gains, car il a pris conscience que la question de son arsenal est désormais posée sur la table des négociations. Les mêmes sources estiment que le parti pourrait être disposé à discuter de la question à condition d’intégrer ses armes dans la construction de la puissance libanaise, voire de s’inclure comme partie intégrante de cette force nationale placée sous le commandement de l’État et de l’armée libanaise. Toutefois, cette idée ne transparaît pas encore clairement dans le discours officiel du parti, surtout depuis la visite à Beyrouth du secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani. Cela ne peut s’inscrire que dans le cadre plus large des négociations irano-américaines au niveau régional et international.
Pour revenir aux résultats de la visite de Barrack, des sources proches du dossier affirment qu’il a insisté pour que le Liban poursuive la mise en œuvre du plan adopté par le gouvernement, en assurant aux responsables libanais qu’il se rendrait en Israël pour obtenir de sa part une réponse claire sur son engagement à appliquer les mesures prévues. Il a également indiqué qu’il reviendrait au Liban à la fin du mois, une fois le plan de l’armée finalisé et présenté au Conseil des ministres. Selon nos informations, ses questions se sont concentrées sur les étapes concrètes que l’armée devait entreprendre. En contrepartie, les responsables libanais ont insisté sur la nécessité de faire pression sur Israël afin qu’il respecte ses engagements et l’ont appelé à œuvrer en faveur de l’octroi d’aides à l’armée ainsi qu’à la préparation d’une conférence pour mobiliser des fonds destinés à la reconstruction.



Intégrer une milice étrangère dans une armée régulière est un "solution" plus littéraire que réaliste. De nombreux pays ont tenté cette "intégration" qui ne se réalise jamais quand la loyauté ne va pas à la hiérarchie militaire mais à une hiérarchie religieuse et/ou de surcroit étrangère. Il serait présomptueux de commenter plus avant alors que l'armée libanaise recherche une solution qui permette de suivre un vrai plan de paix que formellement le Hezbollah rejette avec arrogance. Ce rejet est bien entendu noté par un autre pays étranger qui est Israël. Et cela ne facilite rien.
18 h 19, le 19 août 2025