Course d’ânes à Roum, dans le sud du Liban, en août 2025. Photo circulant sur les réseaux sociaux
L'été libanais est bien plus qu'une saison : c'est un retour aux sources. Dans les villages, les places se remplissent de musique, de prières, de rires et d'effluves de plats faits maison. Les familles, venues des villes et de l’étranger, s'y retrouvent. Les traditions ancestrales reprennent vie à travers des festivals ancrés dans la terre, la foi et la mémoire, qui font aussi tourner l'économie locale. Tour d'horizon.
La cueillette des cerises à Hammana
En juin, le village montagnard de Hammana, dans le Mont-Liban, se pare des couleurs rouge, noir et or des cerises arrivées à maturité pour son Festival de la cerise, qui attire des visiteurs de tout le pays.

La fête, sur une journée, mêle cueillette, spectacles musicaux, mets traditionnels et expositions culturelles. Les étals débordent de cerises fraîches, confitures, desserts, jus et autres spécialités. Les artisans locaux présentent leur savoir-faire, tandis que les enfants profitent d'activités ludiques et que les familles se rassemblent autour de danses folkloriques.

Certains opérateurs touristiques proposent des formules combinant cueillette, randonnée et découverte du patrimoine de Hammana.
La course d’ânes à Roum
Dans le village de Roum, dans les montagnes verdoyantes de Jezzine au Liban-Sud, la course d'ânes a fait son retour début août après 10 ans d'absence, « en raison de crises internes au sein de la municipalité, dont plus de trois ans sans maire », explique Johnny Haddad, le nouvel élu. Le festival commence par une foire agricole présentant poteries, olives, huiles d'olive et raisins, ainsi que des pièces de théâtre pour enfants et diverses animations sur trois jours.

L’événement estival attire des habitants de Jezzine, Saïda, Nabatiyé, et même Beyrouth. Des ânes parés de rubans colorés s'élancent pour un sprint de 220 mètres sur la place du village, accompagnés de douze cavaliers et d’une foule enthousiaste. La musique traditionnelle résonne, tandis que les villageois rient, applaudissent et encouragent leurs favoris.

Les ânes portent souvent des noms amusants comme Neswanjé (coureur de jupons), Chayef Halo (frimeur), Mkarkab (désordonné), Jahlen (amoureux sur le tard), ou encore Ghannoujet Bayya (fille à papa). Après la course, « les participants se retrouvent pour une veillée populaire », poursuit le maire.
La fête de la Figue à Majdal el-Meouch
Perché dans le Chouf, Majdal el-Meouch est connu pour ses figues, au point que certains vendeurs étiquettent leurs produits « figues de Meouch ».

Pour mettre en valeur cette spécialité, le village organise chaque été la fête de la Figue : une foire où agriculteurs et familles exposent leur récolte. « Tous les agriculteurs de la région sont invités à partager leur production », explique Georgina Merhej, employée municipale.

Les rues et les places se transforment en marché à ciel ouvert avec confitures, figues séchées, gâteaux, jus, mais aussi plats traditionnels du Chouf.

Tout au long de la journée, les visiteurs déambulent, échangent avec les producteurs et dégustent les spécialités. Les enfants courent entre les stands une barbe à papa à la main, pendant que les anciens retrouvent proches et voisins. Le soir, musique et danse prennent le relais sur la place du village.
Dans la Békaa, les festivals de saints
Dans les villages chrétiens du Liban, l’été est rythmé par des célébrations religieuses alliant cuisine, prières et convivialité. Au-delà de leur dimension religieuse, ces fêtes « permettent de soutenir l’économie locale », explique Michel Daoud, journaliste local, habitué de ces traditions. « Beaucoup de gens vendent leurs produits faits maison, et l’on y voit des Libanais de tous horizons réunis, pas seulement des chrétiens. »
Le 15 août, l'eïd el-Saydeh (fête de la Vierge Marie) est l’un des temps forts. Les villageois se rassemblent autour de l’église pour cuisiner et offrir la hrissé, un plat de blé et de viande. À Rachaya, le festival prend une teinte rurale. « Les gens vendent des gâteaux, des feuilles de vigne farcies, du riz au poulet, du taboulé, des brochettes au profit de l'église », explique Michel Daoud. « On offre toujours des raisins et des figues aux invités. » À Deir el-Ahmar, la fête rassemble tout le quartier : « Devant chaque maison, on trouve à boire et à manger pour les visiteurs », poursuit-il.
Plus au sud, c'est la fête de Mar Élias, le 21 juillet, qui met Kfarmechki en effervescence. Ce village prévoit processions religieuses, jeux pour enfants, musique et stands proposant des provisions traditionnelles (mouné) et des articles liés à l’église. À Beit Lahiya, elle se traduit par un dîner champêtre avec pain saj et jus frais, accompagné de dabké et de prières. Le 14 septembre, l'Exaltation de la Sainte-Croix se fête avec des rues bordées de stands proposant guimauves, maïs grillé, oignons et barbe à papa face aux maisons et aux églises.


Bravo d’avoir ressuscité des anciennes traditions
18 h 31, le 16 août 2025