Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Stand-Up Comedy

Sam Ghazal sur scène : humour, sincérité et un irrésistible accent de Bécharré

À seulement 24 ans, Sam Ghazal se fait une place sur la scène comique libanaise, des soirées stand-up à la dernière pièce de théâtre de Zeina Daccache, « Ly chabakna ykhalessna », insufflant du rire même dans les histoires les plus graves, avec une pointe d’accent qui lui va bien.

Sam Ghazal sur scène : humour, sincérité et un irrésistible accent de Bécharré

Sam Ghazal, de l'humour avec un petit plus, son accent irrésistible. Photo Awk.ward

La salle était comble le dernier soir de la représentation de Ly chabakna ykhalessna. Le théâtre Monnot affichait complet et les conversations se murmuraient tandis que les retardataires s'installaient. La scène, empreinte d'un calme mêlé à une attente, donnait le ton des histoires à venir, entre rire et absurdité.

Youssef Chankar, ancien prisonnier et conteur de 57 ans, qui joue ici son propre rôle, apparaît sur scène et prend la parole en premier. D'une voix mesurée mais douce, il partage avec pudeur et sincérité ses trente années derrière les barreaux et sa capacité à endurer le pire dans ce cruel univers carcéral. Puis Zeina Daccache, metteuse en scène, comédienne et psychologue, s'avance, ses mots retraçant les six dernières années de troubles au Liban : la mort de ses parents, son mariage avec un Jordanien, sa maternité et les défis incessants qui ont façonné sa vie et son art. Des thèmes lourds, des cœurs lourds. Puis vient Sam Ghazal.

À 24 ans, seul sur scène, ce jeune homme originaire de Bécharré débarque avec, dans ses bagages, un accent prononcé et assumé, et une aisance qui a immédiatement illuminé la salle. Après la lourdeur qui régnait dans la salle quelques instants auparavant, la présence de Sam a insufflé une bouffée d'air frais venue de sa montagne : légère et pleine d'esprit. Sans faire oublier le poids et l’importance des histoires racontées, il a toujours choisi le rire pour leur donner leur place dans une approche qui lui ressemble..

« Mes histoires sont personnelles et j'essaie de les raconter de manière réaliste », déclare-t-il à L'Orient-Le jour. « Mon personnage me ressemble et j’exprime mon vécu à travers le stand-up. »

Lire aussi

Zeina Daccache, dramaturge, et Joseph Jules, ex-détenu, hors les murs

De clown de classe à habitué du KED

Le parcours qui l’a mené à la comédie n'a pas été rapide. À l’école, déjà, ce garçon cancre mais drôle amusait les élèves de l'école Antonine, où, clairement, il détestait étudier mais adorait faire rire les autres. « J'étais un voyou et je ne supportais pas l'école, alors je suis devenu le clown de la classe », avoue-t-il avec un sourire presque fier. Une pièce de théâtre scolaire lui donne un avant-goût de la scène : un rôle principal comique qui lui allait déjà comme un gant et dans lequel il s’est vite senti à sa place. Malgré des études de musicologie à l’université Antonine, et un amour pour la musique et le qanoun, il est de plus en plus attiré par la comédie.

Mais ce n'est qu'avec le confinement lié au Covid-19 en 2020, alors que le monde était à l'arrêt, que Sam commence à sérieusement travailler son humour. N'ayant plus rien à regarder sur Netflix, comme il le confie simplement, il est attiré par l’univers du stand-up sur YouTube, en particulier celui de la scène d’Awk.ward au Liban.

« J'ai commencé à écrire des blagues, puis je me suis inscrit à une scène ouverte avec Awk.ward », se souvient-il. « Le premier soir, j'ai fait cinq minutes devant trente personnes, et elles ont ri. Cette sensation m'a rendu accro. »

Depuis cette première soirée, il n'a cessé de remonter sur scène, devenu un habitué des spectacles d'Awk.ward à KED Beyrouth, où son esprit vif, son style et ses histoires tendres et sincères lui ont valu un nombre croissant de fans.

Son humour qui mêle souvent des sujets sociaux à des anecdotes personnelles le rend particulièrement attachant. L’acteur aime montrer le Liban tel qu'il est vraiment : à la fois chaotique, compliqué, mais aussi magnifique que frustrant.

L'accent qui reste

L'une des caractéristiques les plus frappantes du jeune homme, sur scène et dans la vie, est son fort accent de Bécharré, comme une appartenance qu’il revendique et affiche sans complexes. À Beyrouth, cette spécificité a suscité surprises, sourires, mais aussi moqueries, notamment sur les réseaux sociaux. Mais pour Sam, son accent n'est pas négociable. « Je n'ai jamais pensé à le changer », annonce-t-il, déterminé. « C'est qui je suis. Même mon oncle, qui vit au Canada depuis trente ans, parle toujours comme nous. »

Sans rancune, le comédien aime raconter, en riant, comment son accent provoque parfois une certaine confusion. « Dans l’univers du comique, certaines personnes ont du mal à me comprendre au début. Elles ont besoin d'un moment pour saisir mon rythme et mes mots. » Mais plutôt que de le rejeter, Sam l'assume comme faisant partie de son charme et de son identité.

Un charme palpable lorsqu'à la fin du spectacle, un spectateur s'est approché de lui en plaisantant : « J'ai compris deux mots de ce que tu nous as dit ! » La salle a éclaté de rire, y compris Sam. Ce sont des moments comme ceux-ci qui montrent à quel point sa voix – au sens propre comme au figuré – est intégrée à son travail, faisant le pont entre humour et héritage.

Équilibre entre comédie et réalité

Sa récente collaboration avec Zeina Daccache dans Ly chabakna ykhalessna lui a fait découvrir un autre genre de scène et de problématiques. Car ici, la pièce aborde les thèmes du traumatisme, de la santé mentale et des fractures de la société libanaise, en s'inspirant d'histoires réelles, notamment celle de Youssef, qui a passé plusieurs décennies en prison.

Pour Sam Ghazal, se lancer dans ce répertoire représente une nouvelle expérience et un nouveau défi. Ce rôle créé sur mesure, celui d’une jeune homme timide, spontané, réfléchi, l'a profondément touché. « C'est principalement du drame, mais nous avons ajouté de la comédie pour alléger le ton », explique-t-il. « Zeina, Youssef et moi avons continué à écrire ensemble, en intégrant de l'humour dans l'histoire, afin que le public puisse respirer un peu. » Zeina Daccache décrit à son tour leur collaboration comme essentielle : « Nous avions besoin de quelqu'un d'une autre génération, quelqu'un qui ait de l'espoir. Il a insufflé une énergie et une légèreté qui ont équilibré le poids des histoires. » Bien que le théâtre élargisse son horizon artistique, le stand-up reste sa véritable vocation, l'espace où sa voix se sent le plus libre.

Seul sur scène

Lorsque Sam Ghazal se produit en solo, sa belle interaction avec le public permet d’apprécier sa présence naturelle mais électrisante. Il observe la salle, ajuste son énergie et fait rire grâce à un mélange d'autodérision, d'observations pertinentes et de moments de sincérité et de vulnérabilité. « Je suis toujours nerveux avant chaque spectacle, surtout dix minutes avant d'entrer en scène », confie-t-il. « Mais une fois que je suis sur scène, ça disparaît. »

Son humour n'esquive pas les difficultés du Liban, il les embrasse. À travers ses blagues, il invite le public à rire de leurs frustrations et contradictions communes, les aidant ainsi à trouver du réconfort dans cette absurdité collective. Pourtant, comme pour tout acteur, « certaines remarques de spectateurs qui ne comprennent pas mon humour peuvent blesser. Mais c'est ma vie, ma passion. J'adore être sur scène », précise-t-il. Les ambitions de Sam Ghazal sont réalistes mais courageuses. Il rêve de monter plusieurs spectacles solo d'une heure et de développer une sitcom centrée sur la vie à Bécharré – un projet qui lui tient à cœur et qui permettrait de faire connaître sa voix et sa culture sur une plateforme plus large. « Je voudrais que les gens se souviennent de mes histoires et de mon accent, pas seulement en riant d'eux, mais avec eux », dit-il.

À la fin de cette dernière représentation de Ly chabakna ykhalessna, le public ce soir-là est reparti bouleversé, mais le cœur plus léger, comme s'il emportait avec lui le cadeau du rire après avoir assisté à tant de gravité. En attendant de retrouver Sam Ghazal le 16 août à Bécharré avec Rodrigue Ghosn mais surtout le 30 août à Awk.ward* où il offrira, avec Headline, une prestation de 45 minutes seul sur scène. À ne pas rater.

Instagram : samghazall

« Headline » à Awk.ward Ked, La Quarantaine, le 30 août.

Réservations au +961 81 450 492

La salle était comble le dernier soir de la représentation de Ly chabakna ykhalessna. Le théâtre Monnot affichait complet et les conversations se murmuraient tandis que les retardataires s'installaient. La scène, empreinte d'un calme mêlé à une attente, donnait le ton des histoires à venir, entre rire et absurdité.Youssef Chankar, ancien prisonnier et conteur de 57 ans, qui joue ici son propre rôle, apparaît sur scène et prend la parole en premier. D'une voix mesurée mais douce, il partage avec pudeur et sincérité ses trente années derrière les barreaux et sa capacité à endurer le pire dans ce cruel univers carcéral. Puis Zeina Daccache, metteuse en scène, comédienne et psychologue, s'avance, ses mots retraçant les six dernières années de troubles au Liban : la mort de ses parents, son mariage avec un Jordanien,...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut