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Lifestyle - La Mode

Entre armure et dentelle, Tony Ward joue avec l’ombre

Pour le couturier libanais Tony Ward, le vêtement est d’abord architecture. Sa collection automne-hiver 2025-26 réaffirme son penchant pour une haute couture théâtrale qui dit, au fond, « je ne suis pas celle que vous croyez ».

Entre armure et dentelle, Tony Ward joue avec l’ombre

La collection automne hiver 2025-26 de Tony Ward, théâtralité et expression de soi. Photos Tony Ward/ Montage Jaimee Haddad/ L'OLJ

Le lundi 7 juillet, à l’hôtel Pozzo di Borgo, vénérable demeure parisienne où flotte encore l’esprit de Karl Lagerfeld qui y a vécu et travaillé, le couturier libanais Tony Ward transformait, en pleine semaine de la haute couture, le grand salon en scène de théâtre. En ce début d’après-midi d’été parisien où le soleil s’invitait par les verrières, ajoutant au décor intérieur le romantisme du jardin arboré, les invités – presse internationale et fidèles de la maison – prenaient place dans le murmure feutré des grands rendez-vous.

La robe de mariée, simple et fraîche, fluide et ajourée. Photo Tony Ward
La robe de mariée, simple et fraîche, fluide et ajourée. Photo Tony Ward


Fleurs carnivores en 3D

Quand Tony Ward a donné le coup d’envoi, ce n’était pas sur un simple défilé couture de la saison automne-hiver 2025/26 mais un bal masqué contemporain, pensé comme un opéra. Les masques d’acier et bijoux de tête qu’arboraient les mannequins n’avaient rien de protecteur ou gratuitement ornemental. Le but du couturier n’était pas de dissimuler, mais au contraire de révéler. Les silhouettes semblaient créées pour capter la lumière : volumes insolents affrontant des transparences fragiles, corsetteries nettes arrimant la fluidité des drapés, broderies éclatantes hésitant entre armure et sublimation. Des appliqués 3D, façonnés à la main, jaillissaient des coutures comme des fleurs carnivores qui n’étaient pas sans rappeler certaines œuvres abstraites de Nabil Nahas. Les perles, loin des mièvreries attendues, s’entrechoquaient avec la structure métallique pour intensifier l’effet dramatique. Certaines pièces avaient nécessité jusqu’à 700 heures de travail minutieux dans les ateliers.

La palette où dominaient bleus froids et roses tendres, saturés d’énergie, était également traversée d’ambres incandescents, rouges profonds et nuances terreuses qui donnaient à l’idée du rêve une densité charnelle. Les mannequins avançaient comme des héroïnes de tragédie : peau lumineuse, pommettes sculptées, yeux bordés de tons chauds et bruns, cheveux lisses et moirés.

Un savoir-faire en développement continu depuis le milieu du XXe siècle

Le premier rang reflétait la constellation cosmopolite de la maison : Didi Stone, Maria Borges, Black M, Ariadna Gutiérrez, Esha Gupta, Dorra Zarrouk, Tayshia Adams. Tous réunis autour d’un créateur qui, depuis plus de trois décennies, n’a cessé de bâtir un langage où couture rime avec architecture, et où chaque collection est pensée comme un acte, dans le prolongement d’un savoir-faire en développement continu depuis le milieu du XXe siècle.

Né à Beyrouth le 27 mars 1970, Tony Ward grandit dans l’ombre de son père, Élie Ward, couturier et fondateur d’un atelier qui, depuis plus de soixante ans, tisse les désirs et les étoffes des clientes les plus exigeantes. À dix-huit ans, il quitte le Liban pour Paris et entre à l’École de la Chambre syndicale de la couture parisienne. Là, il s’immerge dans les grandes maisons : Claude Montana chez Lanvin, Gianfranco Ferré chez Dior, Karl Lagerfeld chez Chloé. Des années d’apprentissage qui lui vaudront plus tard, dans la presse italienne, le surnom d’« architecte du détail ».

En 1997, il rentre au Liban et fonde sa propre maison. La même année, il reçoit le premier prix de la Société des artistes et décorateurs. Dès lors, son nom circule sur les podiums et les tapis rouges : Moscou, Mercedes-Benz Fashion Week 2013 (Frozen Memories), une décennie de présentations à Rome avant le retour à Paris en 2014. Ses robes, portées par Whitney Houston ou Pink, entrent même au Grammy Museum, à Rome lors de Limited/Unlimited. Aujourd’hui, le siège de la maison, installé avenue de l’Hôtel-Dieu à Beyrouth, perpétue l’héritage Ward tout en affirmant une vision internationale.

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Un songe et son interprétation au présent

C’est tout cela qui palpite dans ses créations automne-hiver 2025/26. Une collection qui ne convoque pas le baroque pour s’y réfugier, mais pour le réinventer. La délicatesse de la dentelle joue avec les manches volumineuses, les couches métalliques et les broderies sculpturales. Les découpes en velours dévoré structurent le corps comme une armure précieuse. L’opulence, ici, n’est pas nostalgie : elle traduit la résurgence d’un songe et son interprétation au présent.

Et toujours, le masque fil rouge et miroir, clin d’œil à l’Italie et aux mystères de Venise. Dans cette mascarade moderne, le drame devient sincérité, le costume devient affirmation de soi. Les archétypes du théâtre, la muse, la guerrière, l’énigme, sont autant de visages d’une même quête : celle de l’expression sans filtre. Chez Ward, chaque pas sur le podium est un geste d’affirmation, chaque robe une conversation muette. Dans son univers, la couture n’est jamais art pour l’art. Elle est architecture portable, proclamation, forme visible d’une certaine idée du pouvoir féminin.

Le lundi 7 juillet, à l’hôtel Pozzo di Borgo, vénérable demeure parisienne où flotte encore l’esprit de Karl Lagerfeld qui y a vécu et travaillé, le couturier libanais Tony Ward transformait, en pleine semaine de la haute couture, le grand salon en scène de théâtre. En ce début d’après-midi d’été parisien où le soleil s’invitait par les verrières, ajoutant au décor intérieur le romantisme du jardin arboré, les invités – presse internationale et fidèles de la maison – prenaient place dans le murmure feutré des grands rendez-vous.La robe de mariée, simple et fraîche, fluide et ajourée. Photo Tony Ward Fleurs carnivores en 3DQuand Tony Ward a donné le coup d’envoi, ce n’était pas sur un simple défilé couture de la saison automne-hiver 2025/26 mais un bal masqué contemporain, pensé comme un...
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L'excellence Libanaise

sarraf antoine

10 h 38, le 14 août 2025

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Commentaires (1)

  • L'excellence Libanaise

    sarraf antoine

    10 h 38, le 14 août 2025

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