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Nos lecteurs ont la parole

Quelle république ?

Depuis Platon, nous avons une conception originale sur la vie sociale à l’intérieur d’une cité idéale. Dans cette république, les gouvernants sont sages, ils gouvernent pour le bénéfice de ceux dirigés et non pour eux-mêmes. Ils cultivent la vertu, la règle de droit et d’éthique. La cité pour être juste doit respecter les principes de modération, de justice, de sagesse et de courage. En réalité, il existe différents modèles de république. Quelle république vivons-nous au Liban ? Il y a la république des responsables qui sont honnêtes, actifs, ayant le sens du bien commun. Ils sont intègres et compétents. Il y a la république déviante où les responsables baignent dans la corruption toutes catégories. Dans l’inconscient du peuple, il y a toujours une république rêvée qu’il retrouve décrite par les idéologues, chantée par les artistes, imaginée par les philosophes et dessinée par les poètes. Cette république est présente par son peuple, son armée et ses dirigeants avec une dynamique constructive.Comment retrouver notre pays et dans quelle catégorie peut-on le situer ? Qu’en est-il de la probité et de la morale publique ? Il est de notoriété flagrante que le régime de copinage a gangrené tous les pouvoirs. L’État est déconstruit et y domine l’abus de pouvoir dans la majorité des postes de l’administration. La corruption est institutionnalisée, ce qui a facilité au peuple d’y plonger la tête en premier. Quand on dit que l’État est en faillite, c’est le fait des personnes responsables qui sont corrompues. Il y règne la tricherie, le bluff, l’imposture et la dissimulation.

Le Liban vit la faillite du siècle par détournement des fonds publics, abus de confiance et blanchiment d’argent. Qui peut établir les preuves et les sanctions ? C’est l’omerta et la connivence à tous les niveaux de l’État. Si le magistrat ou fonctionnaire commence à se poser la question de son intérêt ou accepter sa soumission au politique, il perd le principe de sa fonction et il plonge dans la corruption. De plus, il y a le moyen de l’intimidation qui peut conduire à la corruption. En fait, le magistrat doit agir sans crainte de représailles et sans espoir de récompense. On a tendance à faire porter à la politique du confessionnalisme tous nos malheurs. C’est en fait la corruption des responsables déviants qui instrumentalisent les religions tout en clamant leur innocence. Ce sont toujours les responsables qui ont noyé le pays après la période du mandat dans les courants nassériens, la vague palestinienne, la domination syrienne et l’emprise iranienne. Nous sommes actuellement tiraillés par les courants régionaux et les rapports de force. Un courant, combatif, continue et insiste pour lutter malgré le décalage qu’il y a dans les armes en faveur de l’ennemi. Cela ressemble à la légendaire citadelle de Massada quand des rebelles juifs assiégés par les Romains décident un suicide collectif pour éviter l’arrestation, le viol des femmes et l’esclavage des enfants. C’est une détermination fondamentaliste, religieuse, préférant le suicide à la reddition. Face à l’entêtement combatif et un argumentaire excessif et une suspicion irraisonnée, il y a le choix de la diplomatie et la politique du possible. Une voie rationnelle pour faire aboutir les objectifs de sauvetage du pays, sans tomber dans la déviance.

Il y a comme un dévoiement émotionnel qui altère tout dialogue rationnel et surtout national. Les liaisons dangereuses d’un groupe au Liban avec une force extérieure vont dérégler le logiciel national. Tout dialogue habillé d’un voile sacré ne peut qu’aboutir à la violence, à la mort et à la destruction.

Nos responsables se rendent-ils compte du consensus international qui œuvre pour la paix ?

Nos responsables se rendent-ils compte du rapport de force existant dans la région ?

Nos responsables se rendent-ils compte que le pays aspire à la paix ?

Nos responsables se rendent-ils compte qu’il y a moyen de travailler avec les États-Unis et aboutir à une paix raisonnable par une diplomatie active ?

Partant du principe que la politique n’est rien d’autre que l’art de la réalité, le président, le gouvernement et l’armée font face à l’hubris et l’arrogance de l’ennemi extérieur. À l’intérieur du pays, un grand chantier devait commencer depuis des mois. Il faut corriger l’administration et la sortir du gouffre de la corruption. Au niveau social, il faut aider le Libanais à émerger de la trappe de l’égoïsme.

Un égoïsme qui consiste à faire son bonheur sur le malheur de tous. Le même Libanais vivant dans l’incertitude n’aspire qu’à faire fortune, certains à exhiber leur voiture et passer maître dans l’art des apparences. Il faut l’aider au besoin à sortir de sa puérilité, son impulsivité, le mépris des conventions, le goût de séduire et la volonté de se distinguer. Le Libanais ne sait pas que désirer, il cherche à imiter les autres ou à rivaliser avec eux. Il faut le rassurer et le réconcilier avec la loi et les grands principes.

Il y a à réveiller le Libanais et à se révolter face aux responsables corrompus, il y a de la place pour un élan national et une culture du bien commun bénéfique pour tous. Tous doivent comprendre qu’une paix certaine vaut beaucoup mieux qu’une victoire espérée. On peut allier l’amour de soi et l’amour de Dieu.

Une lecture des évènements nous aidera à sortir du bourbier régional. Des personnes capables, audacieuses, doivent s’exprimer. Un sursaut des magistrats est indispensable pour la recherche de la vérité et l’application de la justice. Dévoiler le crime de l’explosion du port du 4 août 2020 est toujours en attente. Le Libanais est corrigible et il est capable de participer à la relève du pays. Les déviances majoritaires sont traitables pas des responsables intègres et audacieux. Nos jeunes générations retrouveront l’espoir, la sécurité et pourront faire valoir leurs compétences intellectuelles et techniques. Avec nos jeunes créatifs, nos universités et des enseignants réellement qualifiés, le Liban peut se relever en collaborant avec la dynamique de la diaspora et retrouver une république vivante et apaisée.

Psychiatre, psychanalyste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Depuis Platon, nous avons une conception originale sur la vie sociale à l’intérieur d’une cité idéale. Dans cette république, les gouvernants sont sages, ils gouvernent pour le bénéfice de ceux dirigés et non pour eux-mêmes. Ils cultivent la vertu, la règle de droit et d’éthique. La cité pour être juste doit respecter les principes de modération, de justice, de sagesse et de courage. En réalité, il existe différents modèles de république. Quelle république vivons-nous au Liban ? Il y a la république des responsables qui sont honnêtes, actifs, ayant le sens du bien commun. Ils sont intègres et compétents. Il y a la république déviante où les responsables baignent dans la corruption toutes catégories. Dans l’inconscient du peuple, il y a toujours une république rêvée qu’il retrouve décrite par les...
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