Le gouvernement libanais réuni au palais présidentiel de Baabda, le 7 août 2025. Photo L'Orient-Le Jour/Mohammad Yassine
Deux jours après une décision gouvernementale ambitionnant de parvenir à récupérer le monopole des armes, y compris en démantelant l'arsenal du Hezbollah d'ici la fin de l'année, le gouvernement libanais, à nouveau réuni jeudi au palais présidentiel de Baabda, a adopté la proposition de l’émissaire américain Tom Barrack. Ce dernier a salué sur X « une décision historique, courageuse et juste » et dit soutenir « le peuple libanais », a réagi l’émissaire américain Tom Barrack sur X.
Avant le Conseil des ministres, le président Joseph Aoun avait affirmé, dans un entretien à la presse, que le gouvernement de Nawaf Salam, allait « finaliser » les décisions concernant la reprise du monopole des armes aux mains de l'État. Cependant, vers 18h30, soit environ trois heures après le début de la réunion, l’ensemble des ministres chiites ont quitté la séance du gouvernement qui a donc été levée vers 19h.
A sa sortie du Conseil des ministres, Paul Morcos, ministre de l'Information a donné lecture des « objectifs » adoptés :
1- Que le Liban s’engage à mettre en œuvre l’Accord de Taëf, ainsi que la Constitution libanaise et les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, en particulier la résolution 1701 (2006), et qu’il prenne les mesures nécessaires pour étendre sa pleine souveraineté sur l’ensemble de son territoire, dans le but de renforcer le rôle des institutions légitimes, de consacrer le monopole de la décision de guerre et de paix à l’État, et de garantir le monopole des armes aux mains de l'Etat sur l’ensemble du territoire libanais.
2- Garantir la pérennité du cessez-le-feu, y compris la fin de toutes les violations terrestres, aériennes et maritimes, à travers des étapes organisées menant à une solution durable, globale et garantie.
3- Mettre progressivement fin à la présence armée de toutes les faction non étatiques, y compris le Hezbollah, sur l’ensemble du territoire libanais, et cela au sud et au nord du fleuve Litani, tout en fournissant un soutien approprié à l’armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure.
4 - Déployer des unités de l’armée libanaise dans les zones frontalières et les régions intérieures clés, avec un soutien adéquat pour l’armée et les forces de sécurité intérieure.
5- Retrait d’Israël des « cinq points », et engagement pour résoudre les questions frontalières et celles des prisonniers par des négociations indirectes et des moyens diplomatiques.
6- Assurer le retour des habitants des villages et localités frontalières.
7 - Garantir le retrait complet d’Israël du territoire libanais, et l’arrêt de toutes les hostilités, y compris les violations terrestres, aériennes et maritimes.
8 - Délimitation permanente et visible de la frontière internationale entre le Liban et Israël.
9 - Délimitation et définition permanente de la frontière entre le Liban et la Syrie.
10 - Organisation d’une conférence économique avec la participation des États-Unis, de la France, de l’Arabie saoudite, du Qatar et des autres amis du Liban, en soutien à la reconstruction de l’économie libanaise, et en application de la vision du président Donald Trump visant à faire du Liban un pays prospère.
11 - Fournir un soutien international supplémentaire aux forces de sécurité libanaises, en particulier à l’armée libanaise, en leur fournissant les moyens militaires nécessaires à la mise en œuvre de cette initiative, de manière à garantir la protection du Liban.
La sortie des ministres chiite
M. Morcos a aussi indiqué lors de sa conférence de presse que la question de la conformité au Pacte national de la décision adoptée lors de la réunion ne devrait pas se poser, malgré le retrait des ministres chiites. « Ils ont participé à la séance et au débat et ne se sont retirés qu’avant le vote », a-t-il argué.
Ce sont d'abord les trois ministres Tamara Elzein (Amal), Mohammad Haïdar (Hezbollah), et Rakan Nassereddine (Hezbollah) qui ont quitté la réunion. Le ministre Yassine Jaber (Amal) était absent, tout comme lors de la réunion du mardi. Les trois ministres ont été suivis par le cinquième ministre chiite Fadi Makki (non affilié au tandem). Contacté par L'Orient-Le Jour à sa sortie, M. Makki a tenu à préciser qu’il n’est pas sorti du Conseil des ministres en même temps que les trois autres ministres chiites. « Je ne suis pas affilié au tandem », a-t-il insisté. Et d’ajouter: « J’ai simplement senti que je ne pourrai pas assumer seul la responsabilité d'une telle décision ».
Dans le même sens, il a justifié sa décision sur X en affirmant qu'il ne pouvait pas « assumer la responsabilité de prendre une décision d’une telle ampleur en l’absence d’un partie essentielle au débat ». « J’ai essayé dès le début de travailler à réduire les écarts et à rapprocher les points de vue entre toutes les parties, mais je n’ai pas réussi », a-t-il ajouté.
Il a toutefois indiqué « maintenir (sa) position selon laquelle toute objection ou réserve doit être exprimée dans les cadres constitutionnels, autour de la table du Conseil des ministres ». Il a aussi appelé à un retour « à la table du dialogue, afin de poursuivre la discussion avec la participation de toutes les parties, dans un esprit de consensus national et de responsabilité partagée ».
A L'Orient-Le Jour également, le ministre du Travail, Mohammad Haïdar (Hezbollah), a déclaré que le retrait des ministres chiites de la séance gouvernementale ne les mènera pas à démissionner du gouvernement. « Nous voulions marquer notre opposition à la volonté du gouvernement d'avaliser la totalité de la proposition de l'émissaire (américain) Tom Barrack, mais nous serons présents lors des prochaines séances », a-t-il dit.
Lors du Conseil des ministres, le ministre du Travail, Mohammad Haïdar qui était absent lors de la séance précédente, s’est prononcé contre tout désarmement du parti chiite tant que l’armée israélienne n’aura pas mis fin à ses attaques et son occupation de certains points au Liban-Sud. « Je suis un fils de ce peuple. Comment pourrais-je faire face à la mère d’un martyr, à un père toujours installé dans une tente, ou à un jeune qui vit chaque jour dans une angoisse existentielle, et lui dire qu’il doit se soumettre et renoncer à la seule garantie qui le protège ? », a-t-il lancé. Et de poursuivre : « On ne peut parler du désarmement de la résistance tant que l’ennemi ne s’est pas retiré, que nos prisonniers ne sont pas revenus, que les agressions ne cessent pas et que la reconstruction n’a pas commencé. Dans le cas contraire, je suis désolé, je ne peux pas assumer la responsabilité d’une décision injuste envers mon peuple, et je n’accepterai jamais que l’État abandonne les siens ».
Un « service gratuit » rendu à Israël
De son côté, le bloc parlementaire du Hezbollah, appelé « Fidélité à la résistance », a publié un communiqué en parallèle de la séance du Conseil des ministres, dans lequel il a décrit la décision du gouvernement sur le retrait des armes du parti chiite comme un « service gratuit » rendu à Israël. « Nous appelons le gouvernement libanais à corriger la situation dans laquelle il a mis le Liban, en se pliant aux exigences américaines qui servent les intérêts de l’ennemi », a-t-il estimé.
Mercredi déjà , le Hezbollah avait dénoncé un « péché grave » du gouvernement sur la décision de le désarmer, tandis que son allié Amal avait reproché à l'exécutif de « faire davantage de concessions gratuites à l’ennemi » au lieu de « concentrer ses efforts sur la consolidation du cessez-le-feu et de mettre fin à la machine de mort israélienne ». Les ministres Tamara Elzein et Rakan Nassereddine avaient quitté mardi la réunion gouvernementale au moment des discussions sur le désarmement alors que Fadi Makki était resté.
Pour sa part, le ministre des Déplacés Kamal Shehadi avait assuré avant la réunion que « le gouvernement libanais maintient sa décision de réaliser le monopole des armes aux mains de l’Etat » et « ne reviendra pas sur sa décision ». Dans un entretien avec la chaîne panarabe saoudienne al-Arabiya, il a assuré que le tandem chiite « est le seul à protester contre cette mesure, faisant désormais face à une majorité de Libanais qui l’approuve ».


Ah il y a eu vote malgré le retrait des ministres partisans des armes illégales, ça change quand-même la perception qu’on pouvait avoir au début. Donc mon parallèle plus bas avec les séances présidentielles avortées est à côté de la plaque, et tant mieux. Reste à voir le « plan de l’armée » et comment le gouvernement va l’adopter. Sans énorme pression de l’Amérique MAGA, il y a tout à penser que nos bonnes vieilles habitudes de procrastination reprendront le dessus.
06 h 58, le 08 août 2025