Le centre-ville de Beyrouth le 12 janvier 2024. Photo Philippe HAGE BOUTROS/L'Orient-Le Jour
Les banques libanaises cherchent à désigner un conseiller en vue d’éventuelles discussions avec la Banque du Liban portant sur les 80 milliards de dollars de dépôts et autres créances qu’elles souhaitent récupérer, un dossier considéré comme l’un des principaux facteurs ayant provoqué la crise de 2019, dont le Liban peine toujours à sortir aujourd’hui.
L’Association des banques du Liban (ABL), qui regroupe 43 groupes bancaires selon les informations disponibles sur son site, étudie les offres d’au moins deux cabinets, selon des informations rapportées par Bloomberg et confirmées par une source proche de l’organisation contactée par L’Orient-Le Jour.
L’ABL a pris contact depuis plus d’un mois avec l’Américain Ankura Consulting Group – une information que nous avions publiée fin juin – et examine également une offre d’Alvarez & Marsal, un cabinet auquel le gouvernement avait fait appel pour réaliser l’audit juricomptable de la Banque du Liban.
Demande de la Banque du Liban
Selon notre source, l’ABL avait initialement approché Ankura Consulting Group à l’issue d’une sélection plus large qui avait débouché sur une courte liste d’acteurs aux profils compatibles, avant d’être à son tour sollicitée par Alvarez & Marsal.
La durée du contrat avec Ankura est de 18 mois, pour une facture d’environ 4 millions de dollars, selon une autre source proche du dossier que nous avons contactée. Elle ajoute que l’ABL aurait déjà fait son choix et que le contrat pourrait être approuvé lors de la réunion du conseil d’administration de l’ABL, prévue demain jeudi.
Dès 2020, certaines banques avaient déjà fait appel à des cabinets tels que Global Sovereign Advisory et Houlihan Lokey pour tenter de négocier avec les autorités, mais les discussions s’étaient enlisées, rappelle Bloomberg.
Toujours selon les sources de Bloomberg, la démarche de l'ABL répondrait à une demande de la Banque du Liban, qui, avec le gouvernement, envisagerait également de mandater ses propres conseillers. Plusieurs sources bancaires indiquent avoir entendu que la Banque centrale envisageait ou aurait déjà choisi Rothschild & Co – Global Advisory, mais aucune information concrète n’a jusqu’à présent été communiquée par son Conseil central.
Si la BDL et les banques se préparent à des négociations dont aucune date n’a encore été fixée, le gouvernement libanais prévoit, d’ici octobre, d’adopter une loi organisant la répartition de plusieurs dizaines de milliards de dollars de pertes ayant contribué à l’effondrement du secteur bancaire, de la livre libanaise et de l’État.
Les banques considèrent que le fait que la BDL ne soit pas en mesure de rétrocéder ces dépôts — rémunérés — qu'elle leur demandait d’effectuer, les exonère de l’essentiel, voire de toute responsabilité dans leur incapacité à rembourser les dépôts en dollars de leurs clients, soulignant la nature systémique de la crise et demandant à la BDL, et donc à l’État, de les renflouer. Depuis 2016, plusieurs banques libanaises avaient déposé des milliards à la Banque du Liban dans le cadre d’ingénieries financières visant à financer les dépenses publiques, en attirant les dépôts grâce à des taux d’intérêt élevés, un mécanisme qui a explosé en 2019 avec l’assèchement des flux financiers étrangers et l’effondrement de l’ancrage au dollar. Les banques reprochent également à l'État d'avoir fait défaut, en mars 2020, sur le remboursement de ses eurobonds, titres de dette en dollars dans lesquels elles avaient aussi investi.
Les opposants à l'ABL considèrent, de leur côté, que les signes avant-coureurs qui trahissaient les déséquilibres du système financier libanais étaient suffisamment visibles pour que les banques ne les ignorent pas au moment de placer les dépôist de leurs clients. Le Fonds monétaire international (FMI), que le Liban a approché pour obtenir une assistance financière conditionnée à la mise en œuvre de réformes — dont fait justement partie la loi sur la répartition des pertes — tient pour sa part au respect de la hiérarchie des responsabilités : celle-ci impose de faire payer en premier lieu les actionnaires des banques, mais considère que la taille du trou financier est trop importante pour exclure la contribution de l'État aux pertes.
Depuis l’élection du président Joseph Aoun et la formation du gouvernement de Nawaf Salam en début d'année, les dirigeants libanais tentent de convaincre le FMI, le Groupe d'action financière — qui a placé le Liban sur liste grise en 2024 — et leurs partenaires étrangers qu’ils sont capables de réformer le pays et de souscrire à un programme d’assistance du Fonds qui relancerait la confiance des investisseurs et bailleurs de fonds étrangers. Malgré quelques étapes réussies — modification de la loi aménageant le secret bancaire en avril, vote de la loi sur la résolution bancaire et de celle sur l’indépendance de la justice en juillet —, les dirigeants libanais ont encore beaucoup à accomplir avant les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale prévues en octobre, où ils espèrent marquer des points décisifs.



Il suffit d’interroger Salamé, non ?
16 h 56, le 07 août 2025