Rechercher
Rechercher

Politique - Double Explosion Au Port De Beyrouth

Cinq ans depuis le 4-Août : au Liban et au-delà, la justice et la vérité au cœur des hommages

Joseph Aoun s'est engagé à ce que justice soit rendue, peu importe les « rangs des personnes concernées », tandis que des personnalités proches du Hezbollah ont appelé à ne pas « politiser » l'affaire.

Cinq ans depuis le 4-Août : au Liban et au-delà, la justice et la vérité au cœur des hommages

Des familles et proches des pompiers tués le 4 août 2020, à la caserne de Beyrouth, le 4 août 2025. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour

Le besoin de justice pour la double explosion au port de Beyrouth, alors que le Liban attend toujours l'acte d'accusation du juge d'instruction Tarek Bitar, reste au coeur des réactions qui ont fusé tous azimuts lundi, au cinquième anniversaire de la catastrophe. Et face aux revendications claires de justice et vérité des proches des victimes, leaders religieux et partis, tout comme de la communauté internationale, les dirigeants libanais se sont engagés, une fois de plus, à assurer que les responsables ne resteront pas impunis.

Le président libanais Joseph Aoun a ainsi affirmé que l'État libanais et « toutes ses institutions » s'engagent à ce que la vérité soit faite sur la catastrophe « quels que soient les obstacles et peu importe le rang des personnes concernées ». « La justice ne connaît pas d’exceptions, et la loi s’applique à tous sans distinction », a-t-il écrit dans un communiqué. « Aujourd’hui, cinq ans après cette tragédie, nous nous tenons face aux âmes des martyrs, face aux blessés et à leurs familles, et face à tous les Libanais, pour affirmer que la justice ne mourra pas, et que les responsables devront rendre compte », a ajouté Joseph Aoun, rappelant que cette affaire est une « priorité absolue » de son mandat.

L'enquête menée par le juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, avait été relancée en janvier dernier après deux années d’entraves politico-judiciaires. Depuis qu'il est en charge de l'affaire, le magistrat a été la cible de nombreux recours et demandes de dessaisissement de la part d'anciens ministres et de responsables ou anciens responsables judiciaires et militaires mis en accusation, pour négligence ou manquement professionnel, notamment en ce qui concerne le déchargement et le stockage pendant plusieurs années de nitrate d'ammonium à l'origine de la déflagration. Ces derniers mois, le juge Bitar avait convoqué plusieurs de ces personnalités, dont certaines comme l'ancien procureur de la République Ghassan Oueidate, ne se sont pas présentées à l'audience. La double explosion au port de Beyrouth a provoqué la mort d'au moins 235 personnes, blessé des milliers d'autres dont certaines en portent encore les séquelles, et a détruit des quartiers entiers de la capitale libanaise.

Le ministre libanais de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, qui s’est rendu à la caserne des pompiers de Beyrouth, dans le secteur de la Quarantaine, où il a déposé une gerbe de fleurs devant le mémorial en hommage aux pompiers tués dans l’explosion du 4 août, a de son côté appelé à ce que « la vérité sur l’explosion du port soit révélée et que justice soit rendue dans les plus brefs délais », assurant que « la justice est totalement indépendante, que le gouvernement soutient ses décisions ».

« L’explosion du 4 août est un crime contre l’humanité, et l’obstruction de l’enquête pendant des années est un crime encore plus odieux, écrit sur son compte X le ministre de l'Energie Joe Saddi. Faire éclater la vérité et traduire les criminels en justice est une nécessité nationale, non seulement par fidélité aux âmes des victimes, à la douleur des blessés et à la souffrance de leurs proches, mais aussi pour raviver la foi en notre pays et en l’avenir de nos enfants. » Le ministre des Déplacés et ministre d'État chargé des Technologies et de l'Intelligence artificielle, Kamal Shehadi, a, lui, réaffirmé son « engagement à ne plus tolérer l'incurie et la corruption qui mettent en danger la vie des Libanais ».

Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a affirmé que l'engagement du gouvernement Salam dans le dossier du 4-Août était « sérieux, et nous croyons qu’il ne peut y avoir de justice sans vérité, ni de vérité sans l’indépendance de la justice », a ajouté le ministre. « Nous avons entamé une nouvelle démarche, qui consiste à établir un dialogue permanent avec les familles des victimes des explosions au port à la Bibliothèque nationale, et il est du devoir du gouvernement de les soutenir jusqu’à ce que justice soit faite », a-t-il souligné lors de la marche populaire des proches des victimes.

Les partis et personnalités politiques libanaises

Les Forces libanaises ont, elles, estimé qu' « une seule question revient inlassablement depuis cinq ans sur toutes les lèvres : où est la justice, celle qui fut un jour notre fierté ? Pourquoi l’enquête n’avance-t-elle pas ? ». Selon le parti, dans un communiqué du bureau de Beyrouth, « l’enquête n’avance pas parce que certaines parties ont décidé qu’il en serait ainsi, qu’il fallait étouffer la vérité », en allusion probable au Hezbollah.

« Le 4 août n’est pas un simple souvenir, mais une leçon pour nous rappeler l’importance et la nécessité d’un État souverain, maître de ses décisions, avec des institutions efficaces assumant pleinement la responsabilité de la vie des Libanais, écrit le chef du Parti socialiste progressiste Taymour Joumblatt sur X. Il faut poursuivre l’enquête jusqu’à son terme et laisser la justice suivre son cours naturel, en hommage à la vérité, aux âmes des martyrs, à la souffrance des blessés, des familles et des personnes affectées. »

Le chef des Kataëb Samy Gemayel a affirmé « poursuivre le combat pour parvenir à la justice » dans l'enquête sur le drame du 4-Août, estimant que le ministre de la Justice Adel Nassar a « réussi à réunir les conditions nécessaires pour permettre au juge Tarek Bitar de poursuivre son travail ». Il a ainsi espéré que l’acte d’accusation sera « bientôt rendu ».

Baha’ Hariri, fils aîné de Rafic Hariri, rentré à Beyrouth la semaine dernière avec l'intention de se relancer sur la scène politique libanaise, a estimé que « punir les responsables est un devoir national et moral qui ne peut être remis à plus tard. » Il a aussi insisté sur le fait que « les ports et les points d’entrée doivent être sous le contrôle exclusif de l’État, et qu’il est inacceptable de stocker des matières dangereuses qui mettent en danger la vie des Libanais et des résidents ».

Le député de Jbeil Simon Abi Ramia, ancien membre du Courant patriotique libre (CPL, aouniste), a indiqué de son côté, lors de sa participation à la messe en mémoire des victimes de l’explosion, qu’« après cinq années d’attente, il est temps que l’acte d’accusation soit rendu. Ce retard ne fait qu’accentuer la douleur des familles et approfondir la blessure nationale. Cette dernière ne pourra guérir qu’avec l’établissement de la justice et la révélation de la vérité ».

Du côté du Hezbollah, les hommages étaient eux portés sur des mises en garde contre les interférences extérieures. Le mufti jaafarite, Ahmad Kabalan, proche du tandem chiite, a ainsi a déclaré « le Liban est une patrie blessée, un partenariat tourmenté », et que « rien n'est plus important que de protéger le Liban du jeu des nations ». L’uléma chiite Ali Fadlallah a, lui, estimé que le souvenir de l'explosion au port est une « cause nationale et humaine qui concerne tous les Libanais », appelant à « ne pas la communautariser, la politiser, ni l'utiliser dans des jeux de pouvoir internes ». « Que tout le monde ait à cœur de parvenir à la justice et à la vérité, loin des atermoiements et des tergiversations, afin que ceux dont l'implication est prouvée soient punis et que cette tragédie ne se reproduise plus dans ce pays », a-t-il ajouté.

Les institutions libanaises

La Sûreté générale, représentée par son directeur Hassan Choucair, qui a déposé une couronne de fleurs devant la statue des martyrs de l'institution dans le port de Beyrouth, a appelé à une « enquête juste et totale sur ce crime odieux ». L'ancien directeur de la SG Abbas Ibrahim fait partie des personnes contre lesquelles le juge Tarek Bitar a engagé des poursuites. Dans un bref communiqué, la sécurité de l'État a rendu hommage aux victimes et affirmé qu'elle « reste engagée à protéger la nation, au-delà des douleurs ». L'ancien directeur de la sécurité de l'Etat, Tony Saliba, fait également partie des responsables qui ont été convoqués par le juge Bitar ces derniers mois.

Des membres de la Défense civile libanaise ont déposé une couronne de fleurs au mémorial des martyrs du port de Beyrouth, en hommage à leurs sacrifices. « Nous ne les oublierons jamais », a écrit la Défense civile sur son compte X.

La communauté internationale

La Coordinatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a, elle, estimé dans un communiqué que « des avancées dans le processus judiciaire » sont désormais indispensables pour faire justice. « Il est impératif que le gouvernement fasse tout ce qui est nécessaire pour accélérer les procédures judiciaires liées à l’explosion », a-t-elle plaidé, tout en félicitant le Parlement libanais pour l’adoption de la loi sur l’indépendance de la justice, jeudi dernier.

« Cinq ans après la terrible explosion du port de Beyrouth, les autorités libanaises n'ont toujours pas rendu justice aux victimes et à leurs familles », ont déploré dans un communiqué Amnesty International et Human Rights Watch. « Il est impératif de mener une enquête approfondie et sans entrave afin d'établir la chaîne complète des responsabilités », ont ajouté les deux organisations. « Malgré les appels répétés lancés au niveau national et international au cours des cinq dernières années pour que les responsables soient traduits en justice, les autorités libanaises n'ont pas mené d'enquête efficace, indépendante et impartiale sur l'explosion », ont détaillé HRW et Amnesty international.

L’ambassade du Royaume-Uni au Liban a annoncé sur X avoir mis son drapeau en berne et indiqué que « les familles des victimes méritent justice, vérité et responsabilité ». « La France salue les efforts menés pour que toute la lumière soit faite afin de rendre justice aux victimes et à tous ceux touchés par cette tragédie, peut-on lire sur le compte X de l’ambassade de France au Liban. Comme l’ont souligné les autorités libanaises, mettre fin à l’impunité est essentiel au redressement du Liban, car sans justice, il n’y a pas d’État de droit possible. » « Nous nous tenons aux côtés du peuple libanais dans son appel à la responsabilité », peut-on lire sur le compte X de l’ambassade américaine à Beyrouth. « Le Liban mérite un système judiciaire indépendant et impartial, qui rende justice aux victimes au lieu de protéger les élites. » « Les États-Unis restent engagés en faveur d’un Liban souverain, stable et prospère, façonné par son peuple, et non par des forces extérieures », est-il également ajouté.

Lors d’une veillée de prière organisée dimanche soir à Beyrouth, un message du pape Léon XIV a été lu en hommage aux victimes. Des oliviers plantés en leur mémoire ont également été bénis. Dans son message adressé aux fidèles libanais, le souverain pontife a exprimé sa « compassion à tous ceux qui ont le cœur meurtri », à ceux « qui souffrent de la perte de leurs proches » ainsi qu’aux personnes « blessées ou ayant tout perdu à la suite de cette catastrophe ». « J’implore le Père miséricordieux d’accueillir, auprès de lui, dans sa Maison de repos, de lumière et de paix, tous ceux qui ont perdu la vie », a déclaré le pape, affirmant que « le Liban bien-aimé et souffrant demeure au cœur de [ses] prières ». Il a confié les Libanais à la protection de la Vierge Marie, de saint Charbel et des saints du pays, avant d’accorder sa bénédiction apostolique « en gage de réconfort »

Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l’armée israélienne, a encore publié un message sur son compte X dans lequel il dénonce avec virulence le rôle du Hezbollah.

Le besoin de justice pour la double explosion au port de Beyrouth, alors que le Liban attend toujours l'acte d'accusation du juge d'instruction Tarek Bitar, reste au coeur des réactions qui ont fusé tous azimuts lundi, au cinquième anniversaire de la catastrophe. Et face aux revendications claires de justice et vérité des proches des victimes, leaders religieux et partis, tout comme de la communauté internationale, les dirigeants libanais se sont engagés, une fois de plus, à assurer que les responsables ne resteront pas impunis.Le président libanais Joseph Aoun a ainsi affirmé que l'État libanais et « toutes ses institutions » s'engagent à ce que la vérité soit faite sur la catastrophe « quels que soient les obstacles et peu importe le rang des personnes concernées ». « La justice ne connaît pas d’exceptions, et la...
commentaires (2)

Avichay dénonce le crime du 4 août commis par son pays. Comme dit le proverbe libanais : tuer quelqu’un puis assister à la lérémonie funéraire

Hitti arlette

20 h 49, le 04 août 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Avichay dénonce le crime du 4 août commis par son pays. Comme dit le proverbe libanais : tuer quelqu’un puis assister à la lérémonie funéraire

    Hitti arlette

    20 h 49, le 04 août 2025

  • Aujourd’hui, j’étais au rassemblement du 4 août à la caserne de pompiers à karantina et puis cortège vers le port pour rencontrer l’autre cortège venant de la place des martyrs. Et puis discours de circonstance. Très émouvant. Mais l’émotion cinq ans après n’est que le miroir d’un désespoir. J’ai interpelé un des ministres présents et il m’a répondu que justice sera faite et qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Merci Monsieur le Ministre, mais 5 ans après, l’on ne peut plus parler ni de vitesse, ni de précipitation, mais d’urgence absolue.

    PPZZ58

    19 h 44, le 04 août 2025

Retour en haut