Vue aérienne, prise le 17 août 2020, des silos de blé au port de Beyrouth, ravagés par la double explosion meurtrière du 4 août 2020. Karine Pierre et Hans Lucas/Photo d'archives AFP
À l’occasion du cinquième anniversaire de la double explosion meurtrière du port de Beyrouth, le 4 août 2020, Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l’armée israélienne, a publié lundi un message sur son compte X dans lequel il dénonce avec virulence le rôle du Hezbollah.
« Il y a cinq ans, nous avons été les premiers à tendre la main d’aide au peuple libanais, offrant une assistance humanitaire sincère (…) sans distinction de religion, de confession ou d’appartenance politique », a-t-il écrit. « Nous avons simplement vu un peuple en détresse, et nous avons répondu à l’appel de l’humanité. »
Le soir même du drame, Israël avait proposé une aide humanitaire au Liban, avec lequel il est techniquement en état de guerre. « Israël s'est tourné vers le Liban par l'intermédiaire de contacts sécuritaires et politiques internationaux pour offrir une aide humanitaire et médicale au gouvernement libanais », avaient alors annoncé les ministères israéliens des Affaires étrangères et de la Défense.
Pour Avichay Adraee, « déjà à cette époque, il était parfaitement clair qui (…) insistait pour entraîner le Liban en enfer ». « Le Hezbollah est la cause de la calamité du Liban », affirme-t-il, accusant le parti chiite d’avoir « joué un rôle central dans la cause de la catastrophe du port en stockant des matières explosives au cœur de la capitale ». Il a ajouté que le Hezbollah « s’est moqué de la main d’aide tendue au Liban, et a préféré se jeter dans les bras du régime iranien, comme d’habitude, même au détriment de son peuple ».
L'aéroport de Beyrouth et le port de Beyrouth sont considérés comme ayant servi de points de transit pour les armes et fonds du parti chiite pendant de longues années, qui a en outre largement perdu ses voies d’approvisionnement terrestre depuis la Syrie, à la suite de la chute de son allié, le président déchu Bachar el-Assad, en décembre dernier. Le Hezbollah a été pointé du doigt par ses détracteurs pour être responsable de l'acheminement et le stockage du nitrate d'ammonium qui a provoqué l'explosion meurtrière du 4 août 2020. Des accusations dont le parti chiite se défend, alors que l'enquête se poursuit, et que plusieurs responsables sécuritaires et politiques ont été inculpés par le juge Tarek Bitar, dont certains sont proches du parti.
Le porte-parole israélienne reproche également au groupe chiite de « tromper les gens avec des slogans de résistance », de « transformer le Liban en otage des mains de l’Iran », d’avoir « entraîné le pays dans des guerres, paralysé les institutions, appauvri les gens, chassé la jeunesse, contribué à l’explosion du port ».
« Nous lui avons coupé les mains et les jambes dans la dernière guerre, et avons dévoilé sa vérité devant le monde, et malgré cela il continue à persister dans la calamité des Libanais (…) comme si la destruction du Liban était son seul projet », a poursuivi le porte parole de l'armée israélienne. Ses propos interviennent alors que le Liban est sorti d'une guerre dévastatrice avec Israël qui a fortement affaibli la formation pro-iranienne. Malgré l’adoption d’un cessez-le-feu le 27 novembre 2024, l’armée israélienne continue d’occuper cinq positions le long de la Ligne bleue entre le Liban et Israël, et mène quasi-quotidiennement des frappes dans le sud du pays et à la Békaa.
M. Adraee conclut son message en disant : « Nous étions, et nous resterons avec le peuple libanais, mais le peuple libanais est-il avec lui-même ? »
Sa publication était accompagnée d'une capture d’écran d’un message qu’il avait déjà diffusé sur la même plateforme, daté du 4 août 2020, illustré par une photo des drapeaux libanais et israélien côte à côte. Il y écrivait : « Sur instructions des ministres de la Défense et des Affaires étrangères, Israël s’est adressé au Liban par le biais de canaux sécuritaires, politiques et internationaux, et a proposé une aide humanitaire et médicale. Israël possède une grande expertise dans ces domaines, comme en témoignent les nombreuses missions d’aide humanitaire qu’elle a menées à travers le monde ces dernières années. Il est temps de mettre de côté tous les conflits. »
Le 4 août 2020, l'une des plus grandes explosions non nucléaires de l'histoire a dévasté des quartiers entiers de la capitale libanaise, faisant 235 morts et 6 500 blessés. Cette catastrophe, devenue le symbole de la culture de l'impunité, a été déclenchée par un incendie dans un entrepôt où étaient stockées sans précaution des tonnes de nitrate d'ammonium servant d'engrais, malgré des avertissements répétés aux plus hauts responsables. Le président Joseph Aoun a déclaré lundi que l'Etat libanais était « engagé à dévoiler toute la vérité, peu importent les obstacles ou les positions élevées impliquées ».


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