Il écrivait Beyrouth dans le souffle des nuits,
Jazz mêlé de satire aux encens du théâtre,
Ses mots étaient des lames, ses notes, des ennuis
Pour les rois et les saints qui pourrissent l’ancêtre.
Son art fut rébellion, tendresse, confession,
Un peuple dans sa voix, la rue dans sa cadence,
Le chaos oriental chanté sans concession,
Fleur d’ironie noire, d’amour et de démence.
Et puis l’heure a sonné, le silence a mordu.
Le cœur, las de lutter, s’est figé sans vacarme.
Beyrouth a retenu son souffle éperdu,
Et ses rires se sont éteints sous une larme.
L’ombre a pris le piano, l’encre, le microphone,
Et l’homme a déserté sa dernière antiphone.
Feyrouz, étoile veuve, a vu son fils mourir,
Et l’on vit dans ses yeux le calvaire du monde.
La Madone aux cheveux d’azur s’est tue sans dire,
Comme Marie debout sous la croix qui s’effondre.
Elle porte le deuil d’un Liban crucifié,
D’un fils prophète, doux, ivre d’éternité.
Ô Liban ! Il rêvait ton rire sans canon,
Un peuple sans seigneur, un chant sans confession.
Tu n’as su garder ton poète hérétique,
Ni sa fièvre, ni sa foi, ni sa langue mystique.
Mais son verbe est vivant – et dans l’ombre, soudain,
Ziad redevient flamme au détour d’un refrain.
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