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Société - Hommage

À Feyrouz, Em Ziad


À Feyrouz, Em Ziad

Feyrouz à côté de Ziad Rahbani au piano. Photo tirée des réseaux sociaux

Il est des scènes si émouvantes que tous les mots tremblent, hésitants. Il est des douleurs si amères que même le silence s’y perd, balbutiant. Que dire à Feyrouz ? À une femme qui affronte la vie ici-bas avec la grâce des cèdres, sans jamais plier l’échine, vêtue de dignité comme d’un chant sacré. Que dire à cette mère endeuillée dont rien n’égale la grandeur si ce n’est la profondeur de son chagrin. Et qui ne se lamente pas, ne pleure pas, mais dit, dans son silence majestueux, ce que les mots ne savent exprimer. Le piano s’est tu. À quoi bon parler ?

« Wa habibi, wa habibi... » Feyrouz, qui a porté dans sa voix la Passion du Christ, la voilà aujourd’hui au pied de la croix. Pour la deuxième fois. La vie lui a déjà arraché sa fille. Layal n’avait alors que 28 ans. Et elle vient de lui voler son Ziad, son autre. Son petit génie. Sa faiblesse inavouée. Le seul qui savait la faire rire et la faire pleurer. Celui à qui elle finissait toujours par pardonner. Celui pour lequel elle a brisé tous les « tabous ». Et pour lequel elle a franchi tous les murs… Pour un dernier adieu. Ziad appartenait à tout le Liban et Feyrouz le savait. Elle aurait certainement préféré l’inhumer dans l’intimité. Mais c’était sa façon de lui rendre hommage. Lui qui se rebellait contre tout, qui contestait tout, sauf l’amour qu’il avait pour sa mère. Lui qu’on disait athée, mais qui a composé des chants que même les anges auraient enviés. C’est peut-être cela, la foi sans religion : croire en la beauté, en la bonté, en la voix d’une femme qui fait frissonner les cieux.

Feyrouz a avancé au milieu de la foule, sobre et calme, comme portée par une prière muette. Belle comme un rayon de soleil en une journée de tempête. À 90 ans, elle s’est tenue toute droite. Telle une icône, impressionnante mais intouchable. Sur la tête, un voile noir brodé de ses blessures. Les yeux derrière des lunettes sombres cachant des larmes suspendues. Comment consoler celle qui a, des décennies durant, consolé un peuple entier ? Comment lui rendre le tiers de l’amour qu’elle a porté dans son cœur, comme une plaie, pour un Liban qui meurt chaque jour et ne renaît jamais ? Comment lui dire que sa douleur est celle d’une nation ? Qu’elle a perdu deux de ses enfants mais qu’il lui reste des millions d’autres ?

Feyrouz a regardé défiler devant ses yeux tout un pays venu faire ses adieux. Elle a prié, face à un cercueil en bois, et a vu son fils décoré à titre posthume, tradition libanaise oblige. Ziad Rahbani ne faisait pas l’unanimité, aux yeux des responsables, pour qu’un jour de deuil national soit décrété ou qu’au moins les drapeaux soient mis en berne. « T’ile el mazha hay... » Ce ne sera en tout cas pas la première ni la dernière fois qu’ils auront leur Liban et que Feyrouz aura le sien. Et nous autres, orphelins d’une époque, avons toujours Feyrouz. Em Ziad, notre mère à tous, aux pieds de qui nous venons poser une prière et quelques mots...

Il est des scènes si émouvantes que tous les mots tremblent, hésitants. Il est des douleurs si amères que même le silence s’y perd, balbutiant. Que dire à Feyrouz ? À une femme qui affronte la vie ici-bas avec la grâce des cèdres, sans jamais plier l’échine, vêtue de dignité comme d’un chant sacré. Que dire à cette mère endeuillée dont rien n’égale la grandeur si ce n’est la profondeur de son chagrin. Et qui ne se lamente pas, ne pleure pas, mais dit, dans son silence majestueux, ce que les mots ne savent exprimer. Le piano s’est tu. À quoi bon parler ?« Wa habibi, wa habibi... » Feyrouz, qui a porté dans sa voix la Passion du Christ, la voilà aujourd’hui au pied de la croix. Pour la deuxième fois. La vie lui a déjà arraché sa fille. Layal n’avait alors que 28 ans. Et elle vient de lui...
commentaires (11)

Magnifique et bouleversant hommage, merci Madame Sassine.

Saliba Patricia

19 h 11, le 29 juillet 2025

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Commentaires (11)

  • Magnifique et bouleversant hommage, merci Madame Sassine.

    Saliba Patricia

    19 h 11, le 29 juillet 2025

  • Super bel hommage.Merci

    M.Z

    12 h 53, le 29 juillet 2025

  • Merci madame Sassine pour ce touchant hommage. Tout est dans le titre. La diva libanaise a tellement enduré mais restée inébranlable, en un mot stoïque. Une "mère courage". Subir tant de calamités, dont un fils révolutionnaire, ‘’artiste touche-à-tout’’, intello des années 80… et garder la force malgré l’âge. ""…, mais dit dans son silence majestueux, ce que les mots ne savent exprimer. "" Veuves, orphelins, tant de mots pour désigner la perte d’un être cher, mais pas encore ce mot pour dire d’une maman qui a perdu son fils. Adieu l’artiste.

    nabil

    11 h 52, le 29 juillet 2025

  • Tres bel hommage

    Danielle Sara

    11 h 47, le 29 juillet 2025

  • Un très bel hommage, beau et combien juste. Merci Rita Sassine d’exprimer toute l’admiration et la gratitude que nous ressentons pour Ziad comme pour Feyrouz

    Audi Vivien

    10 h 20, le 29 juillet 2025

  • Bravo Rita Sassine. Article émouvant et style impressionnant

    Fallah Jean

    10 h 03, le 29 juillet 2025

  • Très touchant ?

    Abijaoudi Mireille

    09 h 47, le 29 juillet 2025

  • Super bel hommage Merci

    muriel.nassif@hotmail.com

    09 h 44, le 29 juillet 2025

  • Très très bel article, magnifiqueMerci beaucoup

    Dijoux Maylis-Thérèse

    09 h 34, le 29 juillet 2025

  • Elle a été digne dans la douleur qui la frappe

    AHMED ZORKOT

    07 h 54, le 29 juillet 2025

  • Feyrouz était bouleversante ❤️merci pour ce magnifique article

    Otayek Nada

    05 h 04, le 29 juillet 2025

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