Ziad Rahbani lors d'un concert à Saïda, le 9 octobre 2014. Photo d'archives REUTERS/Ali Hashisho/File Photo
Au lendemain de l'annonce de la mort du grand artiste libanais Ziad Rahbani, dont le monde politique et artistique ont salué depuis samedi la vision, le côté novateur, la critique, l'ironie et le génie, de nouvelles réactions ont afflué sur les réseaux sociaux et dans les médias. Parmi ces hommages tous azimuts qui ont réussi à fédérer autour d'un même personnage des parties que rien ne semblait pouvoir concilier, l'un d'entre eux sonne comme une note discordante : celui qui a été fait au compositeur, musicien, dramaturge par le porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Avichay Adraee. Ziad Rahbani était notoirement opposé à l'occupation israélienne, voire gravitait dans des cercles de gauche prônant la résistance face à l'État hébreu. Le Hezbollah lui a d'ailleurs rendu hommage samedi, dans la foulée de quasiment tous les autres partis du spectre politique libanais.
« Le Liban fait ses adieux au grand artiste Ziad Rahbani, un phénomène à la nature libre dans un pays qui a toujours été prisonnier de la parole et de la vérité », a écrit Avichay Adraee en arabe sur le réseau X. Il a rendu hommage à l'artiste qui « disait la vérité quand tout le monde se taisait » et déploré la « perte d'une icône » et « la voix d’une conscience libre, le pouls de la rue et la moquerie d’un intellectuel qui n’avait pas peur de la vérité ».
Israël était son « ennemi numéro un »
Sous la publication, une centaine de commentaires ont fleuri, rappelant entre autres au porte-parole que le disparu se considérait comme un « résistant » et qu'Israël était son « ennemi numéro un ».
« N'oublions pas les déclarations célèbres de Ziad Rahbani sur la résistance à Israël dont tu essaies de passer outre », a accusé un internaute, dénonçant une volonté de se « rapprocher » du peuple libanais en utilisant une figure aussi fédératrice que le chanteur. Avec son message, il a publié une phrase qui aurait été prononcée par l'artiste et selon laquelle il est impossible de « construire un État avec Israël aux portes » : « Tu ne peux pas avoir de liberté et de justice alors qu'ils te font choisir entre ta sécurité et ta dignité », aurait-il ajouté.
Cette phrase, dont l'origine n'était pas immédiatement claire, a d'ailleurs été citée à de très nombreuses reprises sur les réseaux et comptes pro-résistance pour rendre hommage à Ziad Rahbani depuis samedi matin.
Des réparties devenues « proverbes populaires »
Par ailleurs, d'autres hommages ont été rendus au défunt, notamment celui de l'ancien président de la République Michel Aoun, qui a évoqué le « départ douloureux d'un créateur qui a transformé notre souffrance en éclats de rire, notre amère réalité en une scène où résonnaient les rires des Libanais face à la dure vérité. « Ton langage est entré dans la mémoire collective et il s'est transformé en proverbes populaires valables à travers les époques », a-t-il ajouté sur X.
L'ancien ministre français de la Culture et actuel président de l'Institut du monde arabe, Jack Lang, s'est de son côté rappelé du « fils de la légendaire Feyrouz », qui a « porté sur le monde un regard tendre et tranchant, mêlant satire, poésie et désenchantement » et « donné une voix aux silences et une musique aux colères. »




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13 h 38, le 30 juillet 2025