Un drapeau iranien sur un site industriel dans le sud de l'Iran. Photo Atta Kenare/AFP
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé que Téhéran défendrait ses droits nucléaires, y compris celui à l’enrichissement de l’uranium, lors des discussions prévues vendredi en Turquie avec la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne (E3), ont rapporté des médias d'État iraniens.
« Les positions de Téhéran resteront fermes et l’enrichissement se poursuivra », a-t-il ajouté. La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne tiendront vendredi à Istanbul avec l’Iran une première cession de pourparlers depuis la guerre de 12 jours du mois de juin, marquées par les frappes israéliennes et américaines contre des sites nucléaires iraniens.
« Surtout après la récente guerre (avec Israël, NDLR), il était important qu'ils (les Européens) sachent que les positions de l'Iran demeurent inébranlables et que notre enrichissement se poursuivra », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, cité par l'agence de presse Tasnim.
« Sonder Téhéran »
Le but de ces pourparlers sera de sonder la « volonté de compromis de Téhéran » afin d’éviter de nouvelles sanctions, selon des diplomates cités par Reuters. Ces trois pays européens, ainsi que la Chine et la Russie, sont les derniers signataires de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, duquel les États-Unis se sont retirés en 2018 sur décision de Donald Trump, qui avait levé les sanctions contre Téhéran en échange de restrictions sur son programme nucléaire.
Les États-Unis avaient mené cinq cycles de discussions avec l’Iran avant leurs frappes aériennes de juin, lesquelles, selon le président Donald Trump, ont « anéanti » un programme que Washington et son allié israélien accusent de viser l’acquisition de l’arme nucléaire. L’Iran nie vouloir se doter d’une telle arme.
Diplomates européens et iraniens affirment qu’aucune reprise des discussions directes avec Washington n’est envisagée à ce stade. Mais les Européens insistent sur la nécessité de relancer les négociations, dans un contexte d’arrêt des inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et à l’approche du 18 octobre, date limite pour l’expiration de l’accord de 2015.
Ils souhaitent également des réponses sur le sort de 400 kg d’uranium hautement enrichi, proche du seuil militaire, dont la localisation reste inconnue depuis les frappes du mois dernier. « Nous sommes déterminés à tout faire pour parvenir à une solution diplomatique », a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, lors d’une conférence de presse à Paris le 18 juillet.
Snapback ou prolongation ?
Selon les termes de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU entérinant l’accord de 2015, les sanctions onusiennes pourraient être rétablies avant son expiration, via un mécanisme dit de « snapback », qui s’enclencherait en 30 jours environ.
Le groupe E3, soucieux de ne pas perdre leur levier diplomatique en laissant expirer l’accord, a averti que sans nouvel accord nucléaire, il enclencherait ce mécanisme, rétablissant toutes les sanctions onusiennes antérieures à l’encontre de l’Iran, y compris dans les secteurs pétrolier, bancaire et militaire. Alors que la Russie, alliée de l’Iran, prendra la présidence tournante du Conseil de sécurité en octobre, les Européens estiment que la dernière fenêtre pour relancer les sanctions serait la fin août.
Trois diplomates européens, un diplomate régional et un diplomate iranien ont indiqué que la réunion d’Istanbul porterait principalement sur cette question du mécanisme de snapback. Le groupe E3 devrait proposer à l’Iran une prolongation du mécanisme de six mois maximum. En échange, Téhéran devrait s’engager sur plusieurs points clés : ouverture à des discussions ultérieures avec les États-Unis, pleine coopération avec l’AIEA, et transparence sur son stock d’uranium hautement enrichi.
S’adressant mercredi à des journalistes aux Nations unies, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi — qui participera à la réunion d’Istanbul — a indiqué que l’Iran avait accepté la visite prochaine d’une équipe technique de l’AIEA. Il a mis en garde contre un déclenchement du snapback, affirmant qu’une telle mesure entraînerait une réponse ferme de Téhéran. L’Iran a déjà menacé de se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) à ce sujet.
Gharibabadi a par ailleurs confirmé avoir entendu parler d’une éventuelle extension. « Il est encore trop tôt pour parler d’une prolongation. Il nous reste environ trois mois, jusqu’à la date du 18 octobre », a-t-il dit.
Un responsable de l’administration Trump, sous couvert d’anonymat, a affirmé que les États-Unis étaient « en coordination » avec les Européens sur cette question, sans donner plus de détails.
Le ministre israélien des Affaires stratégiques, Ron Dermer, était à Paris jeudi pour rencontrer des responsables français et aborder, entre autres sujets, la question iranienne, selon quatre sources.
Cet article est une traduction d'une dépêche de l'agence Reuters.




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