Le mufti de la République, Abdellatif Deriane (g.), et le cheikh akl druze, Sami Abi el-Mona. Photo d'archives ANI
Les chefs spirituels des communautés sunnite et druze au Liban, Abdellatif Deriane et Sami Abi el-Mona, ont appelé vendredi, lors d'un appel téléphonique, à « éviter de tomber dans le piège de la sédition », alors que les affrontements dans la région de Soueida dans le sud de la Syrie, entre des forces druzes et bédouines, après une intervention des autorités syriennes, font craindre des tensions communautaires au Liban.
Dans ce cadre, le chef de l'État Joseph Aoun a présidé une réunion sur la « situation sécuritaire » dans le pays, tandis que le leader druze et ancien chef du Parti socialiste progressiste (PSP) Walid Joumblatt a exhorté à la mise sur pied d'un « plan pour absorber les combattants druzes » dans les forces étatiques syriennes.
Contre les « actes provocateurs et les interventions étrangères »
Dans un communiqué, le bureau de presse du cheikh akl druze libanais Sami Abi el-Mona a indiqué qu'il a reçu un appel du mufti de la République, Abdellatif Deriane, au cours duquel les deux hommes ont insisté sur la « fraternité islamique et nationale qui unit leurs deux communautés ». Commentant la situation à Soueida, où les combats ont repris entre tribus bédouines et combattants druzes vendredi matin, ils ont exprimé leur « chagrin et profonde douleur », et appelé à « ne pas se laisser entraîner par des discours d'incitation à la haine et éviter tout acte provocateur susceptible d'alimenter les tensions ». Il faut « éviter de tomber dans le piège de la sédition, voulue par les ennemis », ont-ils ajouté, disant « rejeter toute ingérence et agression extérieure qui vise à déstabiliser l'unité et les relations historiques entre les deux communautés », alors qu'Israël a bombardé les forces gouvernementales syriennes, dans la région de Soueida et à Damas, affirmant vouloir protéger les druzes.
Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont également appelé le cheikh Akl. M. Salam a salué le « rôle responsable » de l'institution druze pour « mettre un terme aux dissensions et préserver la paix civile ». Les deux responsables ont souligné l'importance de « préserver l'unité de la Syrie, rejeter toute tentative de semer la division au sein de sa population et d'insister sur le fait que ce qu'il se passe à l'extérieur des frontières du Liban ne doit pas alimenter les conflits internes ». De son côté, Joseph Aoun a remercié le cheikh Akl pour ses « prises de position » et sa volonté de résoudre la crise « avec raison ».
Les forces du nouveau régime sont principalement issues de groupes islamistes, et sont menées par Ahmad el-Chareh, qui était, avant de devenir président par intérim, chef du groupe jihadiste Hay'at Tahrir el-Cham, issu du front al-Nosra, la branche syrienne d'el-Qaëda. Les deux dignitaires ont encore appelé l'État syrien et toutes les parties concernées, ainsi que les autorités religieuses, à « œuvrer à l'arrêt immédiat des violences » et à « expulser les extrémistes » Le cheikh Deriane s'était rendu à Damas le 6 juillet et avait rencontré M. Chareh.
Les affrontements à Soueida font craindre des tensions ou débordements sécuritaires au Liban, où des altercations et polémiques ont eu lieu de manière sporadique entre membres des différentes communautés. La mobilisation des druzes libanais, sur fond d'exactions contre leurs coreligionnaires de Soueida, et le fait que des sunnites de Tripoli ont exprimé leur soutien au président Chareh ont notamment fait craindre une contagion du conflit au Liban. Pour éviter tout débordement, certaines municipalités, notamment celle de Aley, dans une région de la montagne dont la population est majoritairement druze, ont imposé un couvre-feu nocturne aux ressortissants syriens.
Joumblatt, cessez-le-feu et dialogue
De son côté, l'ancien chef du PSP a souligné, dans un entretien à la chaîne de télévision France 24, « la nécessité d'avoir un cessez-le-feu à Soueida, puis d'entamer un dialogue entre toutes les composantes religieuses, politiques et sectaires avec l'État syrien ». Il a appelé à « un plan clair pour établir la sécurité et ensuite absorber les éléments armés druzes dans la police ou l'armée syrienne. » M. Joumblatt a en outre dénoncé les frappes israéliennes sur la Syrie qui « mettent de l'huile sur le feu et mettent les druzes en confrontation avec toutes les composantes de la société syrienne ».
La situation sécuritaire a d'ailleurs fait l'objet d'une réunion au palais de Baabda, présidée par le chef de l'État, en présence des chefs des différents organes sécuritaires et de plusieurs ministres, dont ceux de l'Intérieur, Ahmad Hajjar, de la Défense, Michel Menassa, et de la Justice, Adel Nassar.
La réunion a également porté, a indiqué la présidence, sur la question de la surpopulation carcérale et des détenus syriens, qui était revenue sur le devant de la scène, alors que des informations, ensuite démenties par les autorités syriennes, faisaient état de la volonté d'Ahmad el-Chareh de préparer des mesures de rétorsion contre le Liban si la question des détenus syriens dans les prisons libanaises n'était pas rapidement résolue.
D'autre part, durant la journée de vendredi, des rumeurs partagées dans certains médias locaux ont fait état de menaces reçues par le ministre des Travaux publics et des Transports, Fayez Rassamny, issu de la communauté druze, au cours de sa tournée dans le port de Tripoli. M. Rassamny a lui-même démenti ces informations à L’Orient-Le Jour, assurant qu’elles sont « sans fondement », et qu’il a « terminé sa visite au port de Tripoli comme prévu ».




Pourquoi certains libanais se définissent par leur religion et jamais par leur nationalité. C’est à se demander s’ils ont une fibre de patriotisme.
19 h 38, le 18 juillet 2025