Des personnes se rassemblent près de la ligne de cessez-le-feu à Majdel Chams, le 17 juillet 2025. Photo Reuters / Ammar Awad.
La présidence syrienne a accusé jeudi soir les combattants druzes de Soueida de violer le cessez-le-feu qui a conduit au retrait des forces gouvernementales de la province, dans le sud du pays.
Dans une déclaration, la présidence a accusé les « forces hors-la-loi » – le terme utilisé par le gouvernement pour désigner les factions druzes de Soueida – de violer l'accord en se livrant à des « violences horribles » contre les civils, y compris des « crimes qui contreviennent complètement aux obligations de médiation, menacent directement la paix civile et poussent vers le chaos et l'effondrement de la sécurité ».
Et alors qu'Israël avait menacé mercredi d'intensifier ses frappes si les forces syriennes ne quittaient pas cette province du sud de la Syrie, où les combats ont fait près de 600 morts selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), l'agence officielle Sana a fait état jeudi soir d'un raid israélien près de Soueida, la premier depuis le retrait syrien.
Après les affrontements et le retrait des forces gouvernementales, les habitants de Soueida ont découvert une ville sinistrée. Un correspondant de l'AFP a compté 15 cadavres gisant dans le centre. Selon le bureau des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), « près de 2.000 familles ont été déplacées » en raison des violences à travers la province, qui ont éclaté dimanche entre tribus bédouines sunnites et combattants druzes.
Le pouvoir syrien, disant vouloir rétablir l'ordre, a déployé ses forces mardi à Soueida, jusque-là contrôlée par des combattants druzes. L'OSDH, des témoins et des groupes druzes ont toutefois accusé les forces syriennes d'avoir combattu au côté des tribus et d'avoir commis des exactions.
« Par la force »
Cette escalade ébranle davantage le pouvoir de Chareh, qui a renversé, à la tête d'une coalition de groupes rebelles islamistes le président Bachar al-Assad en décembre, dans un pays meurtri par près de 14 ans de guerre civile.
Des membres des forces gouvernementales ont affirmé à l'AFP qu'ils avaient reçu l'ordre de se retirer de la province de Soueida peu avant minuit mercredi et qu'ils avaient achevé leur retrait à l'aube. Dans un discours télévisé dans la nuit, M. Chareh avait annoncé le transfert « à des groupes locaux » et des dignitaires religieux druzes de la responsabilité du maintien de la sécurité à Soueida. « Nous avons donné la priorité à l'intérêt des Syriens plutôt qu'au chaos et à la destruction », avait-il déclaré, disant avoir voulu éviter « une guerre ouverte » avec Israël dont il a condamné l'intervention.
Mercredi, Israël a bombardé plusieurs cibles au coeur de Damas dont le QG de l'armée, faisant trois morts selon les autorités.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dit jeudi que le cessez-le-feu avait été obtenu « par la force ».
« Sauver la région »
M. Chareh a souligné que « l'intervention efficace de la médiation américaine, arabe et turque, a sauvé la région d'un sort inconnu ».
Les Etats-Unis, alliés d'Israël et qui affichent leur soutien au nouveau dirigeant syrien malgré son passé jihadiste, avaient annoncé mercredi un accord pour rétablir le calme en Syrie. Le département d'Etat, Tammy Bruce, avait dans le même temps appelé le pouvoir syrien à se retirer de la zone de conflit afin d'apaiser les tensions avec Israël. Washington « n'a pas soutenu les récentes frappes israéliennes », a déclaré M. Bruce jeudi. La Maison Blanche a elle mis en avant le rôle des Etats-Unis dans la désescalade, qui « semble continuer ».
Les ministres des Affaires étrangères des Emirats, de Jordanie, de Bahrein, de Turquie, d'Arabie Saoudite, d'Irak, d'Oman, du Qatar, de Koweit, du Liban et d'Egypte ont affirmé dans un communiqué conjoint leur « condamnation la plus ferme et leur rejet catégorique des attaques israéliennes répétées sur la Syrie qui sont une violation manifeste de la loi internationale et une attaque flagrante contre la souveraineté syrienne ».
« Exécutions sommaires »
Selon l'OSDH, les violences ont fait 594 morts : 300 druzes de Soueida, dont 154 civils y compris 83 « exécutés sommairement par des membres (des forces relevant) des ministères de la Défense et de l'Intérieur ».
Les combats ont également coûté la vie à 257 membres du gouvernement et 18 combattants bédouins sunnites, outre trois membres de tribus « exécutés sommairement par des combattants druzes », selon cette source.
Selon M. Chareh, les auteurs d'exactions contre « notre peuple druze, qui est sous la protection et la responsabilité de l'Etat », « rendront des comptes ».
Il avait fait la même promesse après le massacre de centaines de membres de la communauté alaouite, dont est issu M. Assad, début mars sur le littoral syrien. Mais une commission d'enquête sur ces massacres n'a jamais rendu ses conclusions.
Présente principalement à Soueida, la communauté druze de Syrie comptait avant la guerre civile quelque 700.000 personnes. Cette minorité ésotérique issue d'une branche de l'islam est aussi implantée au Liban et en Israël.





Israël n'a jamais réellement accepté, ni respecté, le moindre "cessez le feu", qui ne lui sert, lorsqu'il y est imposé par contrainte, qu'à se ressourcer provisoirement et se réarmer pour attaquer de plus fort.Aucune parole, et aucune solution possible.
14 h 33, le 18 juillet 2025