Les participants à une conférence de presse organisée à Hamra le 17 juillet 2025 ont exposé les difficultés des hôpitaux privés au Liban. Photo L'Orient-Le Jour
Plusieurs représentants du secteur hospitalier privé libanais ont appelé jeudi l'État à soutenir des établissements qu’ils décrivent comme à bout de souffle, après six années de crise et de guerre, également marquées par l'explosion meurtrière qui a soufflé une grande partie de Beyrouth et son port le 4 août 2020, ainsi que par la pandémie de Covid-19.
« Il n’y a pas que les restaurants et les hôtels qui souffrent, comme on l’entend dans les médias (...). Si un restaurant ferme, dix autres ouvrent dans la foulée. Mais si un hôpital ferme, ce sont 400 personnes qui sont renvoyées chez elles, et aucun autre hôpital n’ouvre à sa place », a lancé de but en blanc Rima Bikhazi, directrice du Bikhazi Medical Group.
C’est dans cet établissement situé quartier Hamra que le président de l’Ordre des médecins Elias Chlela, le président du syndicat des propriétaires d’hôpitaux Pierre Yared, et Abir Kurdi, présidente de l’Ordre des infirmiers et infirmières, ont présenté les difficultés et doléances du secteur. Le directeur médical du Bikhazi Medical Group a également partagé son témoignage.
« Nous appelons l’État (...) à penser à nous », a insisté Rima Bikhazi, demandant l’élaboration d’un plan de soutien global pour les hôpitaux privés, afin de « protéger un système médical libanais en danger ».
Outre le coût des destructions provoquées par les bombardements israéliens au Liban-Sud, dans la Békaa mais aussi dans certaines parties de Beyrouth, et par l’explosion du port, ont été cités : le prix de l’énergie, la hausse des prix du matériel médical et des médicaments, ou encore la fuite d’une partie des effectifs médicaux hors du pays.
« Ce sont des problèmes qui durent depuis des années », a acquiescé Pierre Yared, élu il y a quelques semaines à la tête du syndicat.
Les participants ont tous dressé le même constat. Ils affirment que, « contrairement à une idée reçue », selon les termes de Pierre Yared, les hôpitaux font face à des coûts de plus en plus élevés, ce qui menace leur capacité à investir dans des équipements de qualité, à garder les membres de leur personnel les plus compétents, et à remplacer ceux qui ont été débauchés à l’étranger au cours des dernières années, des médecins et des infirmières, comme l’ont rappelé Elias Chlela et Abir Kurdi.
Elias Chlela a souligné à ce sujet que la crise avait favorisé l’apparition de déserts médicaux et a alerté sur le fait que certains médecins habitant dans les zones rurales avaient également lourdement pâti des conséquences de la crise et de la guerre.
Abir Kurdi, pour sa part, a expliqué que le départ des infirmières les plus expérimentées avait également affecté la capacité des hôpitaux à former leurs remplaçantes potentielles. « Les infirmières qui sont parties n’ont pas été remplacées », a-t-elle ajouté.
Les assureurs ont été particulièrement pointés du doigt, en raison de « retards de paiement » de plusieurs mois sur les prestations couvertes par les polices de leurs clients, ce qui déséquilibre les finances.
Contacté par L’Orient-Le Jour, le président de l’Association des compagnies d’assurance du Liban (ACAL), Assad Mirza, a affirmé que ce problème n’était pas systémique et ne concernait que certaines compagnies, avec lesquelles les hôpitaux sont libres de rompre leurs liens.
Pierre Yared a souligné que son syndicat veut prendre la situation à bras-le-corps et a entamé une tournée des responsables, qui a commencé à Baabda par une visite au président Joseph Aoun, lequel a apporté son soutien. Il a également pressé le ministre de l’Économie, Amer Bsat, de renforcer le contrôle sur les assureurs, la Commission de contrôle des assurances étant rattachée à ce ministère.
Des canaux de discussion ont également été ouverts avec la direction de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour réétudier les tarifs d’hospitalisation, afin d’obtenir une base de données uniforme et à jour, ce qui éviterait les différends avec les compagnies d’assurance sur certains tarifs et leur prise en charge.
Les participants ont également demandé à l’État de subventionner le prix de l’énergie pour les hôpitaux, qu’il s’agisse des factures de carburant consommé par les générateurs privés ou de l’électricité payée à Électricité du Liban (EDL), de subventionner aussi les fournitures médicales et les médicaments, notamment en allégeant les droits de douane, et d'ouvrir des possibilités d’accès à des prêts subventionnés pour permettre aux hôpitaux de renouveler leur matériel médical.



Trop triste. Pauvre Liban
07 h 56, le 18 juillet 2025