Les spectateurs ont envahi la scène du MusicHall pour danser sur la musique de "Love and Revenge". Photo Liban Jazz
Certains artistes ont le talent d’enchanter les soirées comme si tout n’était que douceur de vivre. C’est le cas de Waël Kodeih, alias Rayess Bek, également nom de la formation qui le réunit depuis plus de dix ans avec Mehdi Habbab au oud électrique et Julien Perraudeau au clavier. Tandis qu’il joue lui-même le chef d’orchestre derrière son ordinateur et ses rythmes hip hop et électro-pop, il observe la vague de plaisir qui gagne le public baigné de sons joyeux, plongé dans cet âge d’or du film égyptien tout en images kitsch et récits à fleur de peau.
Certes, le lieu s’y prête. Le MusicHall Waterfront, récemment déplacé plus près de l’entrée du vaste complexe dédié au spectacle, sur le nouveau front de mer beyrouthin, est un îlot exquis sous fronton doré et velours rouge. La scène en plein air invite les étoiles et éteint les bruits environnants. Les banquettes en « U » se prêtent entre spectacle, boisson et en-cas, à une convivialité heureuse, alternative idéale à la rigidité des dîners au restaurant.

L’amour assimilé à un combat
Dans le cadre d’une soirée unique, Rayess Bek offrait le 17 juillet, en collaboration avec l’Institut français du Liban et soutenu par Mitsulift, son projet iconique Love and Revenge. Ce spectacle produit par Karim Ghattas (Liban Jazz) avec sa compagnie Turnfork, appuyé sur des bouts de films d’archives du midcentury arabe projetés sur écran géant, est à la fois découverte, ou redécouverte d’un style populaire autour d’une conception particulière du romantisme et de l’amour. Cette période flamboyante du film égyptien en particulier a lancé des idoles comme Abdelhalim Hafez, Farid el-Atrache, Asmahan, Abdel Wahab, Warda et tant d’autres. Le titre Love and Revenge, emprunté à un film iconique, Gharam wa intiqam, résume une idée de l’amour assimilé à un combat. La période est machiste, la femme est forcément objectifiée, mais l’audace des baisers à pleine bouche surprend, au cœur d’une époque pudibonde à laquelle elle offre au final un salutaire exutoire. Les jeux de regards et de séduction, la sensualité des caresses retenues, les gestuelles jubilatoires, les plages de sable et de palmiers, le kitsch des salles de spectacle parfois décorées d’une simple silhouette d’arbre orné de fleurs en alu, le tarab et la danse du ventre, les voix qui expirent des siècles de traditions en vibratos poignants… tout cela vous est ramené sur des rythmes hypnotiques.
C’est un public déchaîné après le temps nécessaire pour comprendre et adhérer à ce qui se passait sur la scène, qui a réagi aux encouragements de Rayess Bek en s’appropriant la musique. Chacun inventait sa danse, comme possédé par ce rap mâtiné de tarab ou l’inverse. Envahissant les planches à la fin du spectacle comme pour une party improvisée, les présents n’auraient pas une seconde imaginé cette communion électrique autour d’un tel hybride. L’amour s’était déversé de l’écran sur la scène, une joie convulsive avait remplacé les mélancoliques mélopées, révélant leur malice dans l’orchestration de Rayess Bek et les brillantes tirades du oud de Mehdi Habbab et du clavier de Julien Perraudeau. Un moment unique dont il ne faudra pas à tout prix manquer le retour.



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