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Nos lecteurs ont la parole

Mon cher Liban

Je t’écris d’une main tremblante, comme on le ferait à un être cher, absent, meurtri, mais toujours vivant. Point de colère, point de haine. Seulement un amour si vaste qu’il en devient douloureux. Tu es le seul pays que j’ai appris à chérir avant même de savoir lire. Tu es ma blessure la plus douce. Ma souffrance la plus loyale.

J’aurais voulu t’évoquer des choses légères, Liban. Mais comment le pourrais-je, alors que ton ciel demeure obscurci par la fumée et que tes rues résonnent encore des pas de ceux qui s’en vont ?

Tu es beau, Liban. D’une beauté presque insoutenable. Une beauté fanée, comme une photographie jaunie d’un passé révolu. Mais tu es aussi las, délabré, exsangue. Tu t’éteins, et moi, je reste là, témoin impuissant, parfois complice par mon silence, souvent désarmé par attachement.

Tu saignes encore. Et pourtant, tu chantes encore. Je t’ai entendu dans la voix de Feyrouz à l’aube, lorsque tout dort, sauf le cœur. Elle te berce comme une mère apaise son enfant fiévreux, avec douceur et ferveur. Je t’ai aperçu dans le sourire audacieux de Sabah, éclat fugace dans le chaos, comme une manière de dire : « Je suis encore là. » Et j’ai pleuré en entendant Wadih el-Safi chanter tes montagnes. C’était le battement de son cœur qui vibrait au creux des cèdres. Car eux aussi, parfois, pleurent en silence.

Tes chants sont devenus mes refuges. Car dehors, la réalité est implacable. Des visages marqués, des pharmacies désespérément vides, des rêves qui s’envolent avec les avions. Et moi, je demeure, le cœur oppressé, à t’aimer sans pouvoir te sauver.

Tu vois, Liban, tu m’as offert bien davantage que je ne saurais l’exprimer. Tu m’as transmis la chaleur d’un foyer où l’on parle avec passion et où l’on aime avec ferveur. Tu m’as enseigné la générosité, même dans la disette. Et tu m’as aussi appris à souffrir sans jamais renoncer à l’espérance.

Aujourd’hui, j’entends ceux qui affirment : « Le Liban est perdu. » Mais je ne peux me résoudre à les croire. Car dans chaque ruelle de Beyrouth, il reste un enfant qui rit. Dans chaque village, une vieille radio grésille un air de Melhem Barakat. Et dans chaque cœur lassé, il subsiste un espace, fût-il minuscule, pour rêver encore.

Je crois en toi, Liban. Non par naïveté. Ni par aveuglement. Mais avec un désespoir habité d’espérance. Je crois qu’un jour viendra où tu te relèveras. Que nous rebâtirons, non pas seulement des murs, mais la confiance. Que nous parviendrons enfin à nous asseoir ensemble non pas en adversaires méfiants, mais en frères réconciliés. Je crois que tes enfants reviendront. Changés, peut-être, mais porteurs d’un feu apaisé dans le regard.

Tu m’as appris à espérer au sein des ténèbres. Mais pourquoi m’as-tu aussi enseigné à redouter l’avenir ?

Je t’écris parce que je refuse de me taire. Je t’écris pour ne pas t’ensevelir vivant. Je t’écris parce que, malgré les larmes, malgré la honte, malgré l’épuisement, je crois encore en ta résurrection. Et si jamais tu t’effondres de nouveau, je t’aiderai à te relever par mes mots, par mes actes, par ma fidélité. Et s’il me faut pleurer mille fois ta douleur, je le ferai. Mais je ne cesserai jamais de te chanter. Car tu es ce chant inaltérable. Un chant plus fort que les bombes. Plus vrai que la peur.

Tu es mon pays, Liban. Et je ne veux pas seulement survivre à tes côtés. Je veux vivre pleinement avec toi. Je veux croire que mes enfants pourront un jour t’appeler « ma patrie » sans frissonner. Je veux que ton nom rime à nouveau avec culture, hospitalité, beauté et courage.

Et malgré tout, je t’aime. Oui, Liban, je t’aime. Et c’est pour cela que je pleure. Je t’aime comme on aime un être blessé que l’on refuse d’abandonner. Je t’aime car tu fais partie de moi, de mes silences et de mes élans. Et j’ai foi en toi. Je ne t’abandonnerai pas, même si tu m’as souvent déçu. Car je suis né de toi. Foi en un Liban qui guérira lentement peut-être, mais inéluctablement. En un Liban où l’on débat sans s’entredéchirer, où l’on rêve sans crainte. Un Liban qui panse ses plaies non par l’oubli, mais par la vérité.

J’espère te voir sourire à nouveau dans la voix d’un enfant, dans le calme d’un matin réconcilié. Mon amour pour toi est obstiné, Liban. Il ne connaît ni l’exil ni l’abandon. Il espère, même dans la nuit. Il persévère, debout. Et du fond de lui, il croit que tu renaîtras.

Un fils de tes terres blessées, porteur à la fois de tes cicatrices et de tes rêves, debout malgré les tempêtes, fidèle à ton âme éternelle.

Élève de seconde, Collège des Saints-Cœurs, Sioufi

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Je t’écris d’une main tremblante, comme on le ferait à un être cher, absent, meurtri, mais toujours vivant. Point de colère, point de haine. Seulement un amour si vaste qu’il en devient douloureux. Tu es le seul pays que j’ai appris à chérir avant même de savoir lire. Tu es ma blessure la plus douce. Ma souffrance la plus loyale.J’aurais voulu t’évoquer des choses légères, Liban. Mais comment le pourrais-je, alors que ton ciel demeure obscurci par la fumée et que tes rues résonnent encore des pas de ceux qui s’en vont ?Tu es beau, Liban. D’une beauté presque insoutenable. Une beauté fanée, comme une photographie jaunie d’un passé révolu. Mais tu es aussi las, délabré, exsangue. Tu t’éteins, et moi, je reste là, témoin impuissant, parfois complice par mon silence, souvent désarmé par...
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Des larmes aux yeux

Eleni Caridopoulou

03 h 40, le 17 juillet 2025

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  • Des larmes aux yeux

    Eleni Caridopoulou

    03 h 40, le 17 juillet 2025

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