Le gouvernement Salam lors de la séance de débat de politique générale au Parlement, le 15 juillet 2025. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
C’est une première depuis 2017. Réuni mardi au grand complet (ou presque) place de l’Étoile, le Parlement a tenu un débat de politique générale, cinq mois après la formation du gouvernement de Nawaf Salam.
Certes, la démarche a de quoi rendre au pouvoir législatif son rôle en matière de contrôle de l’action de l’exécutif. Il n’empêche que la (rare) réunion parlementaire de mardi était une véritable épreuve politique pour le cabinet, appelé à donner des réponses claires sur plusieurs défis, à commencer bien entendu par le désarmement du Hezbollah, à l’heure où les pressions locales et internationales, notamment américaines, s’accentuent sur le duo Joseph Aoun-Nawaf Salam pour régler ce problème une bonne fois pour toutes.
Sauf que sur ce plan, le Parlement a été le théâtre d’un dialogue de sourds. Car face à un camp qui presse pour désarmer la milice chiite pro-iranienne afin de préserver la stabilité du Liban, le parti chiite s’est montré plus que jamais attaché à son arsenal, refusant même d’y voir un des problèmes majeurs du pays. « Votre logique ne laisse pas de place à un dialogue avec vous », a lancé Ali Fayad, député du parti chiite, à l’adresse de ses détracteurs. Aucune percée n’est donc à attendre dans un avenir proche… Sauf si le chef du gouvernement en décide autrement à l’issue du débat qui devrait se poursuivre mercredi à partir de 11 heures.
Le gouvernement Salam a semblé orphelin mardi à la Chambre pour sa toute première épreuve de redevabilité. Et pour cause : dans une volonté de se faire le porte-voix de ce qu’ils estiment être une déception populaire presque généralisée à l’égard du mandat de Joseph Aoun, et du cabinet Nawaf Salam, l’écrasante majorité des blocs parlementaires, y compris ceux qui sont majoritaires au sein du gouvernement, ont profité de la séance (retransmise en direct) pour s’en prendre au pouvoir exécutif. Même si plusieurs députés ont pris le soin de louer l’intégrité du Premier ministre et de se féliciter de certains accomplissements à l’actif de son équipe.
Gemayel s’en prend au Hezbollah
De son côté, le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a évité de critiquer l’équipe Salam. Il a en revanche souligné, en substance, que le gouvernement ne peut rien faire sans avoir les moyens matériels suffisants. « Mais les fonds ne pourront être obtenus sans le désarmement du Hezbollah », a déclaré le député du Metn, avant de poursuivre : « 90 % du Parlement est favorable au désarmement du Hezbollah. Nous ne pouvons donc pas être pris en otages par les 10 % restants. »
Le leader des Kataëb s’est ensuite adressé au parti chiite en ces termes : « Personne ne veut une confrontation avec vous, non pas parce qu’on en a peur, mais plutôt parce que nous craignons pour le pays (…). Nous vous tiendrons responsables de l’échec des efforts de redressement du pays et de la reprise de la guerre. » De quoi susciter la colère de plusieurs parlementaires du Hezbollah.
« Parlez au moins de l’occupation israélienne », lui a ainsi lancé Ibrahim Moussaoui, juste avant l’allocution de son collègue Ali Fayad. Ce dernier a, lui, tracé les grandes lignes de la position officielle de son parti : « Il est intolérable de cerner tous les problèmes du pays à la seule question des armes », a lancé le parlementaire, soulignant que son parti « n’a jamais disputé à l’État sa souveraineté ».
Il a ainsi rappelé que le Hezbollah a respecté le cessez-le-feu avalisé par le gouvernement Mikati (dont le tandem chiite était le principal parrain), « contrairement à Israël qui l’a violé plus de 3 000 fois », affirmant que le Hezb exige des garanties avant de donner son approbation au « nouvel accord » proposé par l’émissaire américain, Thomas Barrack. Cette attitude du parti chiite a de quoi compliquer la tâche au président et au Premier ministre.
Ce dernier s’est retrouvé, comme prévu, sous le feu des Forces libanaises. Si ce parti avait brandi, il y a quelques jours, la menace de retirer la confiance au gouvernement, celle-ci est restée lettre morte. En effet, dans son intervention mardi place de l’Étoile, le numéro deux des FL, Georges Adwan, a évité de jouer cette carte. Il a toutefois accusé le gouvernement de manquer à son devoir en matière de recouvrement de la souveraineté de l’État et du monopole de la décision de paix et de guerre.
« L’opinion publique en a assez des tergiversations », a dit le député du Chouf, avant de s’adresser à Nawaf Salam en ces termes : « Nous vous appelons à établir un calendrier clair pour le monopole du port des armes et le démantèlement des infrastructures militaires et sécuritaires relatives à des entités non étatiques », se faisant l’écho de plusieurs députés qui ont également appelé à ce que le désarmement du parti de Naïm Kassem soit discuté en Conseil des ministres et non entre les trois pôles du pouvoir.
Bassil noyé dans les contradictions
En face, le leader du CPL, Gebran Bassil, veut jouer à fond la carte de son nouveau positionnement de fer de lance de l’opposition au gouvernement. Il a donc consacré son intervention à tacler le cabinet sur plusieurs questions, notamment celle des migrants et réfugiés syriens au Liban, principal cheval de bataille des aounistes depuis des années.
« Il est temps de régler ce problème, ainsi que celui des réfugiés palestiniens au Liban », a-t-il dit, sans nécessairement établir de lien entre les deux dossiers, comme il a tenu à le souligner. « Le gouvernement n’agit pas » sur ce plan, a déploré le chef du CPL, avant d’évoquer le désarmement de son ancien allié chiite. Il a commencé par affirmer que « le Hezbollah devrait remettre ses armes à l’État ». « Mais nous ne voulons pas de surenchères qui nous mèneraient vers la guerre civile », a-t-il nuancé, dans une pique évidente adressée aux FL.
Il a donc donné l’impression de se montrer compréhensif de l’approche du président Joseph Aoun à ce sujet. Mais un peu plus tard, le même Gebran Bassil a toutefois lancé : « Le gouvernement ne prend pas l’initiative (...). Il attend un accord régional entre Israël et l’Iran. » Et le chef du CPL d’ajouter : « Nous sommes pour le dialogue à ce sujet. Mais nous sommes pour un dialogue sérieux. » Une flèche évidente décochée en direction de Baabda que plusieurs protagonistes pressent de passer aux choses concrètes en matière de monopole des armes.




Nous demandons radicalement l’élimination du Hezbollah afin que le Liban puisse revivre normalement et redevenir la perle de l’orient. Est-ce trop demander à ce gouvernement d’activer les réformes rapidement et de sortir de son ambiguïté pour se libérer de ses entraves étrangères??
13 h 23, le 16 juillet 2025