Le mufti jaarfarite, le cheikh Ahmad Kabalan. Photo ANI
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan a appelé dimanche à des « prises de positions nationales fortes » face à ce qu’il qualifie de « jeu dangereux de redécoupage régional », en référence aux récents propos de l'envoyé américain Tom Barrack, qui a mis en garde le Liban contre un retour à « Bilad el-Cham », c'est-à-dire la Grande Syrie, s'il ne désarmait pas le Hezbollah et ne lançait pas de réformes.
« C’est un moment historique et moral qui doit rassembler l’islam et le christianisme dans ce pays. Il ne s’agit plus de querelles politiciennes, mais de la survie du Liban en tant qu’entité unie », a-t-il affirmé dans une déclaration, tout en dénonçant ce qu'il a qualifié de « manipulations américaines » et de « marchés régionaux obscurs ». Sans plus de précision, le leader religieux chiite a évoqué les rumeurs ayant circulé ces dernières semaines sur un éventuel marchandage territorial qui consisterait à la cession d'une large partie du plateau du Golan syrien occupé à Israël, en contrepartie d'un rattachement de Tripoli, la grande ville sunnite du Liban-Nord, et de ses alentours, à la Syrie.
Mercredi, lors de sa visite à Damas, Tom Barrack a balayé ces informations en affirmant qu'elles n'avaient « aucun fondement » et qu'elles relevaient de la « caricature », tandis que le député de Tripoli, Achraf Rifi, avait estimé que ces informations étaient véhiculées par le Hezbollah pour justifier le maintien de son arsenal.
Samedi, l'émissaire américain a tenu à clarifier ses propos sur « Bilad el-Cham », assurant qu'il ne s'agissait pas d'une « menace » à l'encontre du pays du Cèdre, a-t-il écrit sur X.
« Projet de trahison stratégique »
Cela n'a pas empêché le cheikh Kabalan d'accuser Washington de nourrir un projet au profit d'Israël. « Chaque jour révèle un peu plus que Washington n’est rien d’autre qu’un projet de trahison stratégique. Et lorsque Tom Barrack a lancé des menaces avec la carte syrienne, c’est en réalité à la carte israélienne qu’il pensait », a-t-il estimé. S’inquiétant de ces possibles plans de fragmentation du pays, le mufti a averti que «le Liban n’est pas une proie facile».
« Tracer des cartes sur papier est une chose facile, mais les épopées menées dans les localités frontalières nous placent face à la force stratégique et existentielle du Liban », a-t-il ajouté, en se référant à la lutte menée par les combattants du Hezbollah pour s'opposer à la prise par l'armée israélienne de la ville de Khiam, au Liban-Sud, lors de la guerre de 13 mois entre le parti-milice chiite et Israël en 2023/24.
Il a ainsi salué le rôle de la « résistance » libanaise, la qualifiant de « colonne vertébrale » du pays. « La résistance n’est pas seulement la réserve stratégique du Liban, c’est sa colonne vertébrale, c’est par elle que le Liban tient debout et continue d’exister », a-t-il dit.
Le cheikh Kabalan a enfin critiqué les tentatives de division confessionnelle et qualifié la diplomatie actuelle de « jeu d’hypocrisie ». « Ceux qui sèment le poison finiront par le consommer », a-t-il lancé, avant de conclure que le Liban ne devrait pas devenir une « marchandise bradée dans le marché aux esclaves animé de Washington ».
Malgré la chute en décembre 2024 du régime Assad, les relations entre Damas et Beyrouth restent tendues, alors que la Syrie suit ces derniers mois la voie de la négociation avec Tel-Aviv en vue d'une éventuelle normalisation. Si, lors de sa dernière visite à Beyrouth M. Barrack avait évoqué la nécessité de procéder au désarmement du Hezbollah avant le mois de novembre, selon les informations de l'agence Reuters, il a finalement déclaré cette semaine que le Liban n’était contraint par les États-Unis par « aucun calendrier » concernant ce désarmement.
Audi appelle au respect de la Constitution
De son côté, le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Elias Audi, a appelé dans son homélie dominicale à respecter la Constitution, pour éviter d'être « en retard par rapport à notre entourage ». « Nous devons être unifiés sous la bannière de la Constitution, l'appliquer et aller de l'avant dans le pays (...) sinon nous serons en retard par rapport à notre entourage et perdants, parce que tout le monde avance très vite », a-t-il déclaré.
« L'État doit tenir ses promesses et mettre en place le changement, les législations et les nominations nécessaires. Il est temps pour l'État de faire preuve d'autorité, d'appliquer les lois et de mettre un terme au clientélisme et à la paralysie. Nous espérons que les prochaines semaines signaleront la fin de l'instabilité politique et économique ainsi que la mise en place des réformes nécessaires et la poursuite rapide des nominations pour donner un nouveau souffle à l'administration », a ajouté Mgr Audi.
Le gouvernement a décidé vendredi dernier une série de nominations, reconduisant notamment Wassim Manssouri en tant que vice-gouverneur de la Banque du Liban (BDL).




Rêve toujours. Aucune unité possible avec vous tant que votre culture est celle de la mort et que la nôtre est civilisation et paix
10 h 18, le 14 juillet 2025