Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea. Photo ANI
Les réactions aux déclarations de l'émissaire américain Thomas Barrack à propos du Liban, qui pourrait revenir à «Bilad el-Cham», c'est-à-dire la Grande Syrie, s'il ne désarmait pas le Hezbollah et ne lançait pas de réformes, continuent de faire des remous, malgré les clarifications de M. Barrack samedi soir, qui a assuré qu'il ne s'agissait pas d'une «menace» à l'encontre du pays du Cèdre. Ainsi, le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, a appelé dimanche les autorités libanaises à « prendre en compte les propos de l'émissaire américain », mettant en garde contre la mise sous tutelle du Liban, à l'instar de la tutelle syrienne que le pays a vécue après la guerre civile (1975-1990). Le député du Hezbollah, Ibrahim Moussaoui, a dénoncé pour sa part un « projet américano-sioniste dessiné pour la région ».
« Au début des années 1990, lorsque la communauté internationale a constaté que l'État (mis en place par les accords) de Taëf après la guerre civile était défaillant, le Liban a été placé sous la tutelle de la Syrie d'Assad. Les autorités vont-elles pousser les politiques internationales et arabes à placer le Liban sous tutelle à nouveau à cause des lacunes dont elles font preuve ? », s'est demandé Samir Geagea dans un communiqué. « Nous vivons une période délicate et toute lacune pourrait nous ramener des dizaines d'années en arrière, si ce n'est pire (...) Il est clair que la politique internationale, forte d'un consensus arabe, est en train de réorganiser la région (...) Tout pays qui sera incapable de se prendre en main sera hors course », a ajouté le chef des FL.
Dans un entretien avec le média émirati The National publié samedi, Tom Barrack avait mis en garde une nouvelle fois le Liban contre la « menace existentielle » à laquelle il fait face selon lui, s'il ne procède pas au désarmement du Hezbollah, ajoutant que le pays pourrait revenir à « Bilad el-Cham », le cas échéant.
Il s'était ensuite justifié samedi sur X, assurant que ses propos « saluaient les avancées impressionnantes de la Syrie (et qu'ils) ne constituaient en aucun cas une menace pour le Liban ». « Je peux assurer que les dirigeants syriens souhaitent uniquement la coexistence et la prospérité mutuelle avec le Liban, et les États-Unis sont déterminés à soutenir cette relation entre deux voisins égaux et souverains, dans la paix et la prospérité », a ajouté M. Barrack qui est également émissaire américain à Damas et ambassadeur à Ankara.
« Projet américano-sioniste », selon Moussaoui
Le député du Hezbollah Ibrahim Moussaoui a, pour sa part, dénoncé «des déclarations bizarres, qui contredisent les règles les plus basiques de la logique, ainsi que les principes de la politique et de la diplomatie et les faits historiques». « Les propos de l'émissaire Tom Barrack, dans lesquels il a évoqué le retour du Liban dans le giron de « Bilad el-Cham » sont la preuve d'intentions dangereuses et montrent clairement le projet américano-sioniste dessiné pour la région, le Liban en particulier. Sauf que le Liban ne se soumet pas aux menaces et ne fait pas de compromis au sujet de sa souveraineté. Au contraire, c'est un pays de résistance, de fierté et de ténacité (...) Le Liban ne sera jamais soumis aux diktats américains, ni aux menaces israéliennes, ni soumis à un pays étranger, ni rattaché à lui ».
« Ces déclarations arrogantes nécessitent une réponse ferme de l'État libanais, aux niveaux politiques et diplomatiques. Elles exigent du ministère libanais des Affaires étrangères qu'il convoque immédiatement l'ambassadrice des États-Unis et l'informe de son rejet officiel de ces déclarations hostiles et éhontées. L'État libanais doit clairement demander à l'administration américaine de respecter la souveraineté, l'intégrité territoriale et la sécurité du Liban, de ne pas s'ingérer dans ses affaires intérieures et de remplir le rôle de garante de l'accord de cessez-le-feu avec l'ennemi israélien, conformément aux procédures exécutives de la résolution 1701 », a-t-il poursuivi.
De son côté, le député de Beyrouth Fouad Makhzoumi a estimé que les déclarations de Thomas Barrack « devraient servir de sonnette d'alarme pour l'État ». « Nous demandons à l'État de retirer les armes (du Hezbollah) et d'imposer sa souveraineté sur l'ensemble du territoire, de démanteler les infrastructures militaires et sécuritaires illégales, sinon le Liban sera mis de côté, aux niveaux politiques et économiques. Les Libanais attendent de l'État des décisions courageuses qui dépassent le fait de gagner du temps et la simple gestion de crise », a-t-il souligné dans un communiqué.
L'ancien président de la République, Michel Sleimane, a pour sa part pressé dimanche, dans un communiqué, les autorités libanaises « d'aborder avec sérieux les mises en garde de Thomas Barrack et de lui demander des clarifications sur ses propos concernant le retour du Liban dans le giron de Bilad el-Cham ». Il a également réclamé «une approche diplomatique avec la Syrie, la Ligue arabe avec en tête l'Arabie saoudite, ainsi que l'ONU et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ».
« Qu'il s'agisse d'une mauvaise blague ou d'une menace, le Liban ne fera pas partie de Bilad el-Cham ou de tout autre pays. Le Liban et son peuple sont unis et il s'agit d'un pays souverain », a réagi sur X le député de Jbeil Simon Abi Ramia.



Nous sommes toujours à la traîne misons toujours sur le temps ou pire, un miracle pour sortir notre pays de son marasme. Il nous faut un homme fort à la tête de ce pays qui prend des décisions sans trembler pour montrer au monde que le Liban n’a pas l’intention de troquer sa souveraineté contre l’or du monde et répondrait présent à toutes les éventualités, envers et contre tout. Assez de lâcheté sous forme d’évangélisme, alors que notre pays est en danger de disparition.
22 h 25, le 13 juillet 2025