Zena Assi devant la façade du bâtiment où se tient la Summer Exhibition. Photo fournie par l'artiste
Quelle que soit la saison à Londres, l’art ne chôme pas. En été, la capitale britannique propose de grandes rétrospectives muséales (Yoshitomo Nara à la Hayward Gallery, Grayson Perry à la Wallace Collection ou encore Marwan Kassab-Bachi chez Christie’s* ), ainsi que des confrontations artistiques innovantes (Kiefer et Van Gogh à la Royal Academy of Arts) et des installations immersives (Leigh Bowery à la Tate Modern). Sans oublier les grandes expositions collectives. À l’instar de la fameuse « Summer Exhibition » de la Royal Academy of Arts, quasiment une institution dans le paysage artistique britannique organisée depuis 1769 chaque été sans discontinuer. Ou encore la « London Biennale » qui, depuis son lancement en 1998, se caractérise par la diversité des médiums présentés, allant de la peinture et de la sculpture à l'art numérique, la photographie, la vidéo et les performances… offrant ainsi une plateforme pour une multitude de voix et de perspectives.
Deux rendez-vous incontournables des amateurs d’art contemporain. Deux événements qui ont en commun le fait de rassembler et faire se côtoyer, le plus démocratiquement du monde, des œuvres de nouveaux talents avec celles d’artistes de renom… Dans une sélection basée exclusivement sur la qualité des travaux reçus par appel à candidature ouvert à tous les postulants des quatre coins de la planète, précisent leurs sites respectifs.
Beyrouth et son chaos… à la Summer Exhibition
Parmi les 1000 artistes choisis – après une double sélection – sur les 18 000 candidats à la Summer Exhibition de cette année, la Libanaise Zena Assi n’est pas une inconnue. Elle est même une habituée de cette manifestation à laquelle elle participe pour la quatrième fois et dont elle avait remporté le Sunny Dupree Family Award (femme artiste) en 2020.

L’exposition estivale de la Royal Academy, qui a débuté le 17 juin et s'achèvera le 17 août à la Burlington House, à proximité de Picadilly Circus, a retenu cette fois deux de ses pièces en céramique façonnées à la main avec émaillage et transferts, qui avaient été montrées à Beyrouth dans une exposition que lui avait consacré la galerie Tanit en 2023. Des pièces uniques (édition 1/1 chacune) dont les motifs reflètent les obsessions de l’artiste. À savoir sa réflexion sur les villes contemporaines, la capitale libanaise en premier, avec son mélange dense de mémoire, de chaos, de migration et de structures urbaines en mutation. Un duo de céramiques à l’allure fuselée qu’elle a baptisées It’s a bird, it’s a plane… It’s superman, dans une nette référence « à la nostalgie de l’enfance, qui fait écho à une réalité bien différente au Liban, où les bruits des drones et des bangs soniques font désormais partie de la vie quotidienne », explique-t-elle dans sa note d’intention.
Prix spécial du Jury du Salon d’Automne du musée Sursock en 2009, Zena Assi est une signature désormais reconnue en dehors des frontières de sa terre natale. Installée à Londres depuis une dizaine d’années, ses œuvres sont régulièrement vendues chez Christie’s, Sotheby’s, Bonhams et Phillips. Elles sont également incluses dans d’importantes collections muséales, celles notamment de l’Institut du monde arabe à Paris et de la Barjeel Art Foundation de Sharjah.

Pour cette artiste libanaise au talent confirmé, participer à cette exposition est une expérience « aussi plaisante que passionnante qui donne un véritable aperçu de ce qui se passe actuellement sur la scène artistique internationale. J'apprécie particulièrement son caractère démocratique : ce mélange éclectique d'artistes établis et émergents exposés côte à côte, sans aucune distinction entre eux », déclare-t-elle à L’Orient-Le Jour « C’est un véritable privilège de contribuer à cette exposition qui a plus de 250 ans d'histoire. D’autant que l'architecte Farshid Moussavi (membre de la Royal Academy), qui préside cette année le comité de sélection, a choisi comme thème de sa curation « Le dialogue, le vivre-ensemble et la sensibilisation aux préoccupations sociétales et écologiques ».
Signalons que plusieurs artistes contemporains célèbres ont participé ces dernières années à la Summer Exhibition de la Royal Academy of Arts, parmi lesquels on peut citer : David Hockney, Wolfgang Tillmans, Anish Kapoor, Bruce Nauman, Wim Wenders, le duo Gilbert & George ou encore Tracey Emin, qui revient d’ailleurs dans cette édition 2025 avec de nouvelles peintures…
Et une « Place de la Révolution » à la London Biennale
Plus réduite en nombre d’œuvres et dans le temps, la London Art Biennale, qui se tient seulement du 16 au 20 juillet au Chelsea Old Town Hall, suit elle aussi le même principe.

Si elle présente des œuvres de personnalités artistiques connues, cette exposition londonienne d’art international contemporain offre également une plateforme à des artistes qui valent la peine d'être découverts. Unique Libanaise a s’être glissée dans sa rigoureuse sélection cette année – les participants y sont retenus sur la seule qualité de leurs œuvres, indique son site web – Émilie Haddad y présente une huile sur toile tout en pointillisme coloré intitulée Revolution Square.
Formée en audiovisuel, cette Libanaise installée à Dubaï depuis près d’une décennie, où elle dirige sa propre boîte de production de films publicitaires, est une artiste autodidacte. «J’ai toujours dessiné et peint de manière spontanée, mais ce n’est que ces dernières années que je m’y suis plongée de manière plus assidue. En fait, tout est parti de la toile qui a été choisie par la London Biennale, et qui représente une vue plongeante des foules colorées qui envahissaient les places de Beyrouth lors des manifestations de la révolte en 2019-2020. C’est elle qui a redéclenché chez moi l’envie de peindre », confie-t-elle. À partir de cette huile sur toile dans laquelle elle a réussi à capturer l'énergie et l'intensité émotionnelle d'un moment fort de l'histoire récente du Liban, la jeune femme va se remettre de manière assidue à la peinture, pour donner libre cours à ses émotions dans des toiles évoquant des instants fugaces capturés au moyen de touches pointillistes devenues sa signature.
« Le fait que ma toile ait été retenue dans cette biennale, qui a sélectionné 331 pièces d’artistes parmi les milliers de propositions reçues, est pour moi une sorte de validation de ma technique picturale et un encouragement à pousser plus loin dans la voie de l’art », indique Émilie Haddad qui a mis dans sa Revolution Square tout son espoir d’un avenir d’artiste confirmée.
Voilà deux artistes aux parcours et statuts différents, dont la présence dans ces expositions londoniennes incarne, chacune à sa manière – à la force du poignet pour la première et du point pour la seconde pourrait-on dire – une voix collective, une mémoire fragmentée et une résilience créative issues du pays du Cèdre. À découvrir si vous êtes à Londres.
* « Marwan: A Soul in Exile » chez Christie’s Londres (King Street) est une rétrospective consacrée à Marwan Kassab-Bachi dans le cadre de sa programmation estivale à but non lucratif. Elle présente du 16 juillet au 22 août 150 œuvres de cet artiste syrien majeur, qui a vécu soixante ans à Berlin, prêtées par des institutions et de collections prestigieuses d’Europe et du Moyen-Orient.

