Des réfugiés syriens au Liban rentrent dans leur pays le 9 décembre 2024, suite à la chute du régime de Bachar el-Assad. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Des milliers de réfugiés syriens doivent rentrer cette semaine du Liban vers leur pays, dans le cadre du premier programme soutenu par l’ONU offrant des incitations financières au retour. Cette annonce intervient alors que les nouvelles autorités syriennes, au pouvoir depuis la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre, affirment que « tous les citoyens (syriens) sont les bienvenus » malgré l’ampleur des destructions dans de nombreuses régions du pays et les inquiétudes persistantes concernant la situation sécuritaire.
« Un bon début »
Selon la ministre libanaise des Affaires sociales, Hanine Sayyed, chaque famille syrienne recevra 100 dollars au moment de son départ du Liban, puis 400 dollars une fois arrivée en Syrie. Le transport sera également pris en charge tandis que les autorités aux frontières ont levé les frais de passage, a-t-elle précisé.
« Je pense que c’est un bon début. Nous avons discuté et coordonné avec nos homologues syriens, et je pense que les chiffres vont augmenter dans les semaines à venir », a déclaré Mme Sayyed dans un entretien avec l’agence Reuters. Le ministre syrien de l’Intérieur, Ali Keda, n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Près de 11 000 personnes se sont déjà inscrites pour effectuer leur retour cette semaine, alors que le gouvernement libanais vise « entre 200 000 et 400 000 retours » d’ici à la fin de l’année, selon la ministre.
Plus de six millions de Syriens ont fui leur pays depuis le début du conflit en 2011, principalement vers la Turquie, le Liban et la Jordanie. Le Liban, qui accueille environ 1,5 million de Syriens pour une population de quelque 4 millions de Libanais, est le pays comptant le plus de réfugiés par habitant au monde.
Les autorités libanaises se concentrent notamment sur les campements informels, où vivent près de 200 000 réfugiés. Le gouvernement envisage par ailleurs d’accorder des permis de travail dans des secteurs comme l’agriculture ou le bâtiment aux « chefs de famille syriens qui resteraient au Liban, si leurs proches repartent en Syrie », a précisé la ministre.
« Beaucoup veulent rentrer, mais restent hésitants »
Jusqu’à récemment, les agences onusiennes considéraient que la Syrie n’offrait pas des conditions sûres pour des retours massifs, notamment en raison des risques de persécutions sous l’ancien régime d’Assad, qui emprisonnait systématiquement les hommes n’ayant pas effectué leur service militaire.
Mais depuis leur arrivée au pouvoir, les nouvelles autorités syriennes, dirigées par une coalition islamiste, affirment que tous les Syriens peuvent rentrer. Une enquête menée par l’ONU en début d’année a révélé que près de 30 % des réfugiés syriens vivant dans les pays voisins souhaitent désormais retourner dans leur pays d’origine, contre seulement 2 % sous le régime déchu.
« Bien que la situation en Syrie continue d’évoluer rapidement, le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) considère que le contexte actuel représente une opportunité positive pour un retour plus large des réfugiés syriens, ou au moins pour commencer à l’envisager de manière réaliste et durable », a déclaré Ivo Freijsen, représentant de l’agence onusienne au Liban, à Reuters. Fin juin, le HCR estimait que plus de 628 000 Syriens étaient déjà rentrés depuis les pays voisins depuis le 8 décembre 2024, dont environ 191 000 depuis le Liban.
Ces dernières années, la pression sur les réfugiés syriens s’est fortement accrue au Liban, frappé par une guerre de plusieurs mois avec Israël en 2024, et plongé depuis des années dans une crise économique aiguë, alimentant un sentiment antisyrien croissant. Une vague de violences anti-syriennes avait également éclaté au Liban l’année dernière à la suite du meurtre d’un responsable local du parti chrétien des Forces libanaises, Pascal Sleiman.
Mais en Syrie, de vastes zones restent détruites, avec des infrastructures publiques en ruine — centrales électriques, écoles, réseaux d’eau — et des millions de personnes sans-abri. Selon l’ONU, plus de 7 millions de Syriens sont toujours déplacés à l’intérieur du pays. « De nombreux réfugiés expriment leur volonté de rentrer, mais restent hésitants face à l’incertitude des conditions à court et long terme en Syrie », souligne Ivo Freijsen.
Malgré les retours enregistrés cette année, plus de 106 000 Syriens sont par ailleurs arrivés au Liban depuis le début de l’année. Pour la plupart issus de la minorité alaouite, celle de la famille Assad, beaucoup ont fui les massacres perpétrés en mars sur le littoral syrien, qui a occasionné l’ouverture d’une commission d’enquête par les autorités de Damas, et dont les résultats doivent être rendus publics cette semaine.
Cet article est une traduction d’un article publié en anglais par l’agence Reuters.





Allez ouste,all out!
08 h 19, le 10 juillet 2025