Une femme sur le lieu d'une des frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth, le 6 juin 2025. Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
« À chaque fois, c’est le même scénario, mais cette fois, les frappes étaient si puissantes qu'elles nous ont rappelés les épisodes noirs de la guerre » de l'automne dernier, lorsque l'armée israélienne pilonnait presque chaque nuit la banlieue sud, affirme Nour, une étudiante en droit qui a fui jeudi soir avant les bombardements israéliens.
La banlieue-sud de Beyrouth a été jeudi soir pour la quatrième fois victime d'au moins huit bombardements israéliens depuis l’entrée en vigueur, le 27 novembre 2024, de l’accord de cessez-le feu entre le Hezbollah et Israël, après 13 mois d’une guerre qui a fait plus de 4 000 morts au Liban. Un accord qui ne cesse d’être violé par Israël.
Attendre sur le bord de l'autoroute
À 20h30 jeudi, lorsque l'armée israélienne a diffusé plusieurs appels ordonnant l'évacuation de bâtiments des quartiers de Bourj el-Brajné, Haret Hreik et Hadath, Nour, qui n'a pas souhaité donné son nom de famille, a fui les lieux avec sa famille, comme des milliers d'autres. Elle a passé la soirée avec sa famille le long de l’autoroute de Baabda qui surplombe Beyrouth et sa banlieue, là où étaient rangées quelques dizaines de voitures. Ils y sont restés jusqu’aux alentours de minuit. « À notre retour, l’odeur de la poudre flottait encore dans l’air, et le quartier perdait peu à peu son âme », déplore-t-elle à L'Orient-Le Jour.
Adham aussi a préféré fuir le quartier de Mokdad, où il habite. « Des messages d'avertissements ont commencé à circuler sur des groupes WhatsApp, je n'y ai pas réfléchi à deux fois », explique ce jeune homme, qui est parti en mobylette avec sa femme et son enfant de sept mois, avant qu'Israël ne rouvre le feu sur les quartiers menacés. Adham, qui avait déjà perdu son restaurant pendant la récente guerre, et plus spécifiquement le jour de l’assassinat de l’ancien secrétaire général du parti chiite Hassan Nasrallah le 27 septembre 2024, dînait chez ses parents avec sa famille à Haret Hreik, à la veille de la fête de l'Adha. Ils avaient prévu de célébrer la fête vendredi à Kfar Remmane, un village voisin de Nabatiyé au Liban-Sud. Mais il a été « pris de panique » par les avis d'évacuation : « J'ai immédiatement pris ma femme et mon bébé et fui chez ma belle-famille à Ouzaï », un peu plus au sud. « La sécurité de notre fils est la priorité », confie-t-il. « L’embouteillage était fou, un chaos total. Des motos qui circulent dans tous les sens, les gens fuyaient, le quartier s’est vidé ».
Par « précaution », lui et sa famille ont renoncé à se rendre au Liban-Sud pour l'Adha, quasi-quotidiennement sous le feu israélien, malgré la trêve. Ces violations ont fait plus de 170 morts selon le décompte de L'Orient-Le-Jour. « On a décidé de passer l'Adha à la maison. On est juste tristes, ce n’est pas la fête qu’on a toujours connue... » regrette-t-il. « Ma maison n’a pas été touchée, mais le quartier est déstabilisé, mes voisins et mes proches sont apeurés ».
« Juste envie de serrer les pierres dans mes bras »
Parmi ces habitants durement touchés par les frappes, Sara Assi, une influenceuse culinaire suivie par plus de 400 000 abonnés sur Instagram, qui a annoncé sur le même réseau avoir perdu sa maison. « La maison est une bénédiction. J’ai juste envie de serrer les pierres dans mes bras, c’est tout », a-t-elle écrit. « Chaque maison est le reflet de ses habitants, a-t-elle ajouté, avec leur générosité et leur avarice, avec leur affection et leur antipathie. Certaines maisons débordent de tendresse et de douceur, d’autres sont oppressantes et glaciales. Les êtres humains, eux, sont les âmes de Beyrouth. »
Une commission liée au Hezbollah se disant « pour la reconstruction » a fait état de neuf bâtiments totalement rasés par les bombardements de la veille dans les différents quartiers touchés, représentant une centaine « d'unités résidentielles ». Ce sont autant de familles qui se retrouvent sans maison. Batoul Saleh, une tatoueuse fait partie de ces habitants qui ont perdu leur domicile. « Ce n’est pas une simple alerte, c’est l’assassinat de la fête avant même la prière », s'est-elle insurgée sur Instagram. « Dieu merci, nous sommes sains et saufs. Les maisons, on peut toujours les rebâtir. L’essentiel, c’est que nous avons pu fuir », a-t-elle ajouté.
« Ce matin, le soleil s’est levé et ses rayons ont frappé nos fenêtres, nos murs, les rebords rouges de nos balcons. La lumière, fissurée en fils colorés, n’a trouvé que le vide », a écrit la journaliste Mariam el-Bassam sur son compte X. « Pour les habitants de ces quartiers, c’est une vie qui s’enfonce sous terre, des souvenirs réduits en gravats. Tu vois les murs qui t’avaient autrefois protégé chercher à leur tour un protecteur. Les balcons s’effondrent, et avec eux tous les espoirs de la vie, avec le café et les attentes qu’il accompagnait. » « L’ennemi ne connaît pas le sens de la maison, ni ses secrets, ni sa chaleur. Les flammes des avions de guerre ignorent l’existence de ces caves, où s’accumulent des jours et des rêves, et de ces galeries d’histoires racontées encore et encore au fil des ans », a-t-elle conclu.



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Ils ne veulent pas rendre les armes car c’est la résistance à l’oppresseur!Nous ne vous demandons pas de défendre le Liban mais défendez au moins votre population qui vous a soutenu envers et contre tout! Si vous ne pouvez défendre votre peuple comment pouvez vous prétendre défendre le Liban?Alors de grâce en toute logique laissez la place à la paix à la reconstruction et au droit de chacun de vivre et de décider lui même de son destin!
06 h 30, le 09 juin 2025