Entouré de ses deux avocats, Amine Salam apparaît détendu après l’audience tenue par le chef du parquet, Jamal Hajjar. Photo Claude Assaf
Au terme d’une heure trente d’interrogatoire, le procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, a laissé libre jeudi l’ancien ministre de l’Économie Amine Salam, sans toutefois clore l’enquête qui le vise dans une affaire de « falsification, détournement de fonds publics et chantage auprès des compagnies d’assurances ».
Ces faits sont reprochés à M. Salam par la commission parlementaire de l’Économie présidée par Farid Boustany, qui avait présenté, il y a deux mois, une demande d’ouverture d’une information judiciaire, l’accusant notamment d’avoir conclu des contrats avec des entreprises étrangères pour des montants exorbitants en comparaison des services rendus et d’avoir utilisé à des fins personnelles des fonds de la Caisse de cotisation des sociétés d’assurances, placée sous la tutelle du ministère.
Selon un source judiciaire interrogée par L’Orient-Le Jour, le chef du parquet prévoit de tenir prochainement des audiences pour entendre des personnes citées dans les conclusions assorties de pièces justificatives que Me Samer el-Hage, l’un des deux avocats de M. Salam avec Me Tony Frangié, avait présentées au procureur mardi. Ce jour-là, l’ancien ministre était assigné à comparaître, mais sa comparution a été remplacée par la présentation d’un mémoire de défense dans lequel les allégations de la commission parlementaire de l’Économie ont été réfutées. C’était pour étudier les éléments fournis que M. Hajjar avait reporté son audience à jeudi. Pour rappel, l’ancien ministre avait été interrogé une première fois le 20 mai, lors d’une séance de deux heures.
Le juge Hajjar entend d’ores et déjà confronter la version des faits présentée par M. Salam aux témoignages des personnes qu’il s’apprête à auditionner. Il pourrait procéder, de cette manière, à des recoupements afin de vérifier (ou pas) la véracité des faits.
Amine Salam apparaît détendu
Lors de l’audience de jeudi, le chef du parquet a toutefois levé l’interdiction de voyager qu’il avait imposée à M. Salam le 20 mars. Une mesure accueillie avec soulagement par l’ancien ministre et ses deux avocats, Mes Hage et Frangié, qui y voient un signe d’une reconnaissance de son innocence. À sa sortie du bureau du juge Hajjar, M. Salam est apparu, en effet, détendu, affirmant à L’OLJ avoir présenté « tous les documents juridiques, financiers et comptables » appuyant sa défense.
Parmi les actes pour lesquels il est accusé, l’ancien ministre évoque le contrat qu’il avait conclu avec une société malaisienne, pour lequel il est accusé d’avoir versé des centaines de milliers de dollars pour une formation technique d’une quinzaine de jours pour les employés du ministère. M. Salam déclare à L’OLJ que la société malaisienne a été chargée également de la mission de « mettre en œuvre la norme IFRS17 pour les exercices annuels des compagnies d’assurances », c’est-à-dire appliquer, pour ces exercices, les principes internationaux de comptabilisation, d’évaluation, de présentation et d’information relatifs aux contrats d’assurance.
Si, par ailleurs, l’ancien ministre reconnaît avoir utilisé les fonds provenant des cotisations des sociétés d’assurances, il rejette toute accusation d’utilisation à des fins personnelles. Il affirme que ces fonds « ont été affectés au paiement des salaires des employés du ministère», dans un contexte de crise financière à partir d’octobre 2019.
M. Salam dénonce, par ailleurs, « une campagne et une attaque » menées contre lui depuis que, peu après la double explosion au port de Beyrouth, survenue le 4 août 2020, il a décidé de suspendre des licences d’exploitation de certaines compagnies d’assurances. Ces dernières indemnisaient en livres libanaises des victimes de la catastrophe, alors qu’elles percevaient de leurs réassureurs des remboursements en dollars, indique-t-il. Selon l’ancien ministre, plusieurs de ces sociétés présentaient un déficit de plusieurs millions de dollars et étaient dans l’incapacité de déposer « une quelconque caution bancaire ou foncière ». Il affirme que, face à ces irrégularités, il avait ordonné un audit juricomptable, ce qui aurait déclenché, toujours selon lui, la vague d’accusations et d’hostilités dont il est la cible.




Est il vrai que notre pays, avec ses nouveaux gouvernants est en train d’écrire une nouvelle page où est ce une chimère comme une autre qu’ils essaient de nous vendre pour nous mener en bateau comme leurs prédécesseurs. On dirait que la deuxième possibilité est plus facile à croire. Un ministre accusé de détournements est relâché et la restriction de voyager levée avant même que son innocence ne soit prouvée, c’est de la justice libanaise tout crue.
10 h 19, le 30 mai 2025