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Culture - Concert

« We will rock you »… mais en symphonique : le pari fou d’un maestro libanais

Le chef d’orchestre Harout Fazilian fusionne jeudi 29 mai rock légendaire et musique classique dans un concert symphonique audacieux au Casino du Liban, fidèle à l’esprit des cultissimes Queen, Radiohead et Pink Floyd.

« We will rock you »… mais en symphonique : le pari fou d’un maestro libanais

Le maestro Harout Fazlian en mode rockstar. Photo DR

La musique classique et le rock… Deux genres qui semblent éloignés, mais qui se croisent plus souvent qu’on ne le croit. Pour le maestro Harout Fazilian, la distinction est simple : « Le monde de la musique ne comprend que deux genres, le bon et le mauvais. » C’est ainsi qu’un chef d’orchestre reconnu pour ses interprétations classiques se lance dans un projet inédit. Un concert sous l’intitulé « We will rock you » jeudi 29 mai au Casino du Liban.

Pour le maestro libano-arménien, difficile de se ranger dans une seule case quand on vient d’une terre aux racines multiples. Très jeune, Harout Fazilian côtoie les frères Rahbani dans la fosse d’orchestre du théâtre Piccadilly à Beyrouth et s’imprègne de musique folklorique libanaise et arménienne. Son éducation au conservatoire – notamment celui de Erevan – consolide ses bases classiques. C’est au Canada, à l’adolescence, qu’il découvre le rock et la guitare électrique, formant alors son propre groupe. Aujourd’hui chef d’orchestre de renom dans la région, il excelle autant dans le répertoire classique qu’oriental – une prouesse en soi. Mais ce talent, il ne le doit pas seulement à une modestie bien ancrée, ni à son goût pour le défi, mais à la richesse de son identité : « Mon sang a la ferveur de la musique orientale, ma tête appartient à la musique classique, mon âme au rock. » 

Une « band », sinon rien !

Pour ce concert exceptionnel, le maestro a sélectionné 18 morceaux issus du panthéon du rock : The Beatles, Deep Purple, Pink Floyd, Queen, Radiohead, Led Zeppelin… Pour lui, la réussite d’un concert repose à 50 % sur le choix des morceaux et à 50 % sur leur interprétation. Mais comment capter l’âme du rock en la traduisant par la musique classique ? Harout Fazilian est clair : « Il ne s’agit absolument pas d’une version instrumentale des chansons. Le rock ne peut être vidé de son essence : le groupe. » D’où sa décision de faire appel à un groupe de talents multiples, dont Joy Fayyad et Omar Hage, accompagné d’un ensemble à cordes. Et surtout, il insiste : la chanson est primordiale. « On ne peut pas retransmettre un refrain vidé de ses mots ni répéter mécaniquement une mélodie. C’est pourquoi nous respectons les piliers du rock : la chanson, le groupe de chanteurs, et même une mise en scène influencée par l’univers rock. » La direction lumière, confiée à Jean Kisswany, promet des vagues visuelles pour une rock impression where you will see and hear, comme le dit le maestro : « Oui à l’interprétation, non aux artifices plaqués au nom de l’originalité. » 

« J’aime les ronces »

Quant à l’interprétation – l’autre moitié de la réussite –, le maestro Fazilian la compare à une palette de nuances : « Le chef d’orchestre a le droit d’accentuer ou non une teinte. » Pour lui, le rock est rouge foncé, presque noir. Il illustre sa vision par une métaphore florale : « Personne n’a le droit d’ajouter ou d’enlever pétales, tige, bourgeon ou ronces ; mais on peut choisir sur quoi se concentrer. Moi, dans le rock, j’accentue les ronces. » Comme les poètes maudits, il privilégie une interprétation intense, incisive, fidèle aux paroles sombres cachées derrière les riffs de guitare. « L’expérience artistique ne peut se limiter à l’émotion – bien qu’elle soit essentielle –, elle doit aussi interpeller l’esprit. » Car pour Harout Fazilian, « ces chansons iconiques sont le reflet même de l’art véritable, loin du divertissement facile et éphémère. Elles sollicitent plusieurs dimensions humaines et ne prennent pas une ride : seul le temps distingue l’art du divertissement. » 

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Un concert qui décoiffe

Dirigé et conçu par ce gardien de l’art en habit classique, mais au regard électrique, le concert rock-symphonique « We will rock you » promet une ascension vers une Stairway to heaven, pour mieux savourer les Good Times sans les Bad Times, dans une région où Nothing really matters sinon l’expérience esthétique. Where the wind blows, la musique vient frapper l’esprit et l’émotion, remplissant le vide de la banalité… Car The show must go on.

Bio express

Harout Fazilian, fils de Berge Fazilian, a étudié la musique à Beyrouth, Montréal et Erevan. Figure majeure du paysage musical moyen-oriental, il cumule plus de 30 ans de carrière, un doctorat en éducation musicale et une remarquable capacité à évoluer entre les genres. Il est actuellement maestro principal du Philharmonique du Conservatoire libanais et directeur artistique de l’orchestre Firdaus à Dubaï. 

Organisation

Organisé par le Rotary Beirut Cedars, présidé par Rodolphe Melki, ce concert bénéficie du soutien du Casino du Liban, qui offre la salle. Il répond à une double vocation, culturelle et caritative, comme l’explique Joëlle Hajjar, partenaire artistique du maestro et militante culturelle. Les recettes seront reversées à l’AFEL (Association du foyer de l’enfant libanais), qui vient en aide aux enfants négligés, maltraités ou issus de familles extrêmement vulnérables. L’AFEL offre repas, accompagnement scolaire et protection, y compris juridique, à des enfants parfois victimes d’abus graves. Elle prend aussi en charge ceux atteints de troubles du développement (dyslexie, troubles de l’attention, etc.), pour leur permettre d’être compris, accompagnés et orientés vers un métier adapté.

La musique classique et le rock… Deux genres qui semblent éloignés, mais qui se croisent plus souvent qu’on ne le croit. Pour le maestro Harout Fazilian, la distinction est simple : « Le monde de la musique ne comprend que deux genres, le bon et le mauvais. » C’est ainsi qu’un chef d’orchestre reconnu pour ses interprétations classiques se lance dans un projet inédit. Un concert sous l’intitulé « We will rock you » jeudi 29 mai au Casino du Liban.Pour le maestro libano-arménien, difficile de se ranger dans une seule case quand on vient d’une terre aux racines multiples. Très jeune, Harout Fazilian côtoie les frères Rahbani dans la fosse d’orchestre du théâtre Piccadilly à Beyrouth et s’imprègne de musique folklorique libanaise et arménienne. Son éducation au conservatoire – notamment celui de...
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