Roberto Helou alias « Explorob ». Photo DR
Dans sa tenue de sport, un peu sa tenue de ville et de vie, prêt à (re)partir à l’aventure, Roberto Helou déborde d’énergie. Son regard pétillant exprime une belle folie, ses mots s’enchaînent avec vivacité, témoignant d’une curiosité insatiable. À 25 ans, ce passionné originaire de Beyrouth, connu sous le pseudonyme d’« Explorob », brouille les frontières : ni aventurier ni journaliste, il capte l’essence des lieux et des êtres. « Ma curiosité est tellement vaste, c’est dur de se définir en une phrase. » C’est ainsi qu’il crée son propre format : le « vlogumentary », fusion entre vlog et documentaire, alliant authenticité et rigueur cinématographique.
Après s’être fait connaître avec son périple à vélo du Caire au Cap, il prépare une série documentaire sur la Syrie post-Assad. À travers ses vidéos, il mêle géopolitique, culture populaire, mémoire collective et rencontres brutes, tout en restant conscient de la subjectivité de son regard.

La vidéo, un langage
Avant de devenir réalisateur, Roberto Helou était un enfant curieux, il mémorisait cartes, capitales et drapeaux comme d’autres collectionnent des jouets. Très jeune, muni d’un iPad, il réalise des courts-métrages avec ses amis, cherchant à s’échapper d’un cadre familial et scolaire oppressant au Liban. « J’étais obsédé par le film », avoue-t-il. La vidéo devient son exutoire créatif. Cette soif de liberté, doublée d’une ambition plus vaste que ce que l’université pouvait lui offrir, le pousse à quitter ses études au bout d’un an, convaincu qu’il apprendra davantage sur le terrain.
Pendant la pandémie, Roberto Helou sillonne le Liban caméra à la main. « C’est là que j’ai appris à aimer le Liban, à le comprendre. » Mais une question le hantait : « Si je mourais aujourd’hui, aurais-je accompli quelque chose de significatif ? » En contemplant une carte, il imagine un projet fou : traverser l’Afrique du nord au sud à vélo.
Son voyage de 12 000 kilomètres sur 18 mois, de janvier 2023 à avril 2024, devient un manifeste. « La plupart des gens passent d’un point A à un point B sans voir ce qu’il y a entre les deux. Le vélo impose de traverser chaque étape, même imprévue », explique-t-il. Sur deux roues, Roberto Helou découvre une autre temporalité, une autre géographie, une autre humanité.
« À vélo, on ne doit rien à personne et personne ne nous doit rien. Ce sont des rencontres pures, sans obligation. Chaque coup de pédale est une forme de méritocratie. Lorsqu’on arrive dans un village après 50 kilomètres de désert, les gens ouvrent leurs bras parce qu’ils voient l’effort physique, pas l’argent. »
Explorer pour comprendre, filmer pour transmettre
Pour Roberto Helou, le documentaire est un outil de compréhension et de transmission. « Ce que j’apprends, je peux le transformer, l’analyser et le partager. »
Au fil de ses voyages et de ses films, un constat s’impose : « Les gens accordent trop d’importance à des futilités. En réalité, peu de choses comptent vraiment : l’accès à l’eau, la nourriture, la sécurité. » Cette vérité, il l’a touchée du doigt sur le terrain. « Sortir de sa zone de confort, c’est là qu’on vit les meilleurs moments, les connexions les plus profondes, qu’on grandit mentalement, physiquement et culturellement. »
« L’expérience africaine m’a appris à prendre mon temps, à m’ouvrir à l’inattendu. » Il confronte les préjugés à une réalité complexe. « Ça s’appelle “Project Africa” parce que c’est le projet, mais aussi parce qu’il s’agit de projeter l’Afrique, tant aux Africains qu’au reste du monde, en montrant ce qu’ils ont d’unique, parfois invisible à leurs yeux. »
« Une partie du monde parle d’intelligence artificielle, une autre lutte encore pour l’accès à l’eau et à l’électricité », ajoute-t-il.

Une curiosité éthique
Que ce soit en Afrique ou en Syrie, sa démarche reste la même : mieux comprendre la condition humaine, guidé par l’aventure et la curiosité.
Critique du fonctionnement des réseaux sociaux, Roberto Helou reconnaît tout de même leur pouvoir. « De nos jours, une caméra suffit pour créer quelque chose d’aussi percutant qu’un film. La vraie liberté, c’est de tout remettre en question, même ce qu’on a cru vrai toute notre vie. »
Aujourd’hui, le jeune homme se consacre donc à une série documentaire sur la Syrie post-Assad, un territoire longtemps fantasmé depuis les montagnes du Liban. Fort de ses expériences, il voit chaque aventure comme une chance de dépasser les idées préconçues et s’ouvrir à de nouvelles expériences de vie. Parallèlement, il songe à l’écriture d’un livre sur l’identité dans un monde où l’excès d’informations étouffe parfois la curiosité. « Mon but est de rendre les gens non curieux encore plus curieux », déclare-t-il. Un objectif qu’il poursuit, inlassablement, à travers chaque projet.
YouTube : https://www.youtube.com/robertohelou
Instagram : https://www.instagram.com/explorob


