Un véhicule militaire israélien est vu près de la frontière entre le plateau du Golan occupé par Israël et la Syrie, le 4 mai 2025. Photo Reuters / Shir Torem
Les Émirats arabes unis ont mis en place un canal indirect pour les pourparlers entre Israël et la Syrie, selon trois sources informées citées par Reuters, alors que les nouveaux dirigeants syriens sollicitent l'aide de la région pour gérer des relations de plus en plus hostiles avec leur voisin du Sud.
Ces contacts indirects, qui n'ont pas été rapportés précédemment, portent sur des questions de sécurité et de renseignement et sur l'instauration d'un climat de confiance entre deux États qui n'ont pas de relations officielles, a déclaré une personne ayant une connaissance directe de la question, une source de sécurité syrienne et un responsable des services de renseignement de la région.
La première source a décrit ces efforts, qui ont débuté quelques jours après la visite du président syrien Ahmad el-Chareh aux Émirats arabes unis le 13 avril, comme étant actuellement axés sur des « questions techniques », et a déclaré qu'il n'y avait pas de limite à ce qui pourrait être discuté par la suite. La source de sécurité syrienne de haut rang a indiqué à Reuters que le canal de communication se limitait strictement aux questions liées à la sécurité, en se concentrant sur plusieurs dossiers relatifs à la lutte contre le terrorisme. Elle a ajouté que les questions purement militaires, en particulier celles concernant les activités de l'armée israélienne en Syrie, n'entraient pas dans le champ d'application du canal actuel.
La source des renseignements a indiqué que des responsables de la sécurité des Émirats arabes unis, des responsables des services de renseignements syriens et d'anciens responsables des services de renseignements israéliens étaient notamment impliqués dans le mécanisme. Ces derniers ont parlé sous couvert d'anonymat en raison du caractère sensible de la situation. La présidence syrienne et le ministère des Affaires étrangères des Émirats n'ont pas répondu aux sollicitations de Reuters. Le bureau du Premier ministre israélien s'est refusé à tout commentaire.
L'effort de médiation a précédé les frappes israéliennes en Syrie la semaine dernière, dont une à seulement 500 mètres du palais présidentiel à Damas, et Reuters n'a pas pu établir si le mécanisme a été utilisé depuis les frappes. Israël a présenté ces frappes comme un message adressé aux nouveaux dirigeants syriens en réponse aux menaces pesant sur les Druzes de Syrie, une secte minoritaire qui est une ramification de l'islam et qui compte des fidèles en Syrie, au Liban et en Israël.
Une médiation informelle entre Israël et la Syrie visant à calmer la situation a eu lieu la semaine dernière par d'autres voies, selon l'une des sources et un diplomate régional. Ils n'ont pas souhaité donner plus de détails. Le gouvernement syrien a condamné les frappes israéliennes en les qualifiant d'escalade et d'ingérence étrangère, et affirme que le nouveau gouvernement de Damas s'efforce d'unifier le pays après 14 années d'effusion de sang.
Les craintes des minorités
Israël frappe en Syrie depuis des années dans le cadre d'une campagne clandestine visant à affaiblir l'Iran et ses alliés, notamment le Hezbollah, qui ont accru leur influence après être entrés dans la guerre civile du pays au côté de l'ancien président Bachar el-Assad. Les opérations militaires israéliennes se sont intensifiées depuis que les rebelles ont chassé Assad en décembre, affirmant qu'il ne tolérerait pas la présence de militants islamistes dans le sud de la Syrie. Israël a bombardé ce qu'il considère comme des cibles militaires dans tout le pays et des forces terrestres israéliennes sont entrées dans le sud-ouest de la Syrie.
Reuters a rapporté en février qu'Israël a fait pression sur les États-Unis pour que la Syrie reste décentralisée et isolée, en formulant son approche autour de la suspicion à l'égard de Chareh - qui a dirigé une branche d'el-Qaëda avant de renoncer à ses liens avec le groupe en 2016. Le gouvernement des Émirats arabes unis s'inquiète également de l'orientation islamiste des nouveaux dirigeants syriens, mais la rencontre de M. Chareh avec le président Mohammed bin Zayed al-Nahyan le mois dernier s'est très bien déroulée, ont indiqué les sources, ce qui a permis d'apaiser certaines des inquiétudes d'Abou Dhabi. Les sources ont noté que la réunion a duré plusieurs heures, ce qui a mis Chareh en retard pour un engagement ultérieur.
La voie détournée avec Israël a été établie quelques jours plus tard, ont indiqué les sources. Damas considère les liens entre les Émirats arabes unis et Israël, établis par un accord historique conclu en 2020 sous l'égide des États-Unis, comme un moyen essentiel d'aborder les questions avec Tel-Aviv, étant donné l'absence de relations directes entre les deux États. Les dernières frappes israéliennes en Syrie font suite à plusieurs jours d'affrontements entre des musulmans sunnites et des hommes armés druzes, déclenchés par un enregistrement vocal d'origine incertaine censé insulter le prophète Mahomet, qui a fait plus de deux douzaines de morts.
Le gouvernement syrien a depuis conclu un accord avec les factions druzes dans la région de Soueida, afin d'engager des forces de sécurité locales issues de leurs rangs, ce qui a permis d'apaiser les tensions jusqu'à présent. Les combats ont constitué le dernier défi en date pour M. Chareh, qui s'est engagé à plusieurs reprises à réunir toutes les forces armées syriennes sous une même structure et à gouverner le pays, fracturé par 14 années de guerre civile jusqu'au renversement d'Assad. Mais des incidents de violence sectaire, notamment le meurtre de centaines d'Alaouites pro-Assad en mars, ont renforcé les craintes des groupes minoritaires à l'égard des islamistes aujourd'hui dominants et ont suscité la condamnation des puissances mondiales.
*Cet article est une traduction d'une information de l'agence Reuters parue en anglais.



