Le milliardaire palestino-américain Bachar Masri pose à Rawabi en Cisjordanie occupée, lors d'une interview avec Reuters, le 5 octobre 2020. Reuters/Rami Ayyub/File Photo
Des familles américaines de victimes des attentats du 7 octobre 2023 en Israël ont porté plainte contre un homme d'affaires américano-palestinien de premier plan, Bachar Masri, l'accusant d'avoir contribué à la construction d'infrastructures qui ont permis au Hamas de mener ses attaques meurtrières transfrontalières. Cette plainte, déposée lundi auprès du tribunal de district de Washington, est considérée comme le premier cas d'un citoyen américain accusé d'avoir apporté un soutien majeur aux incursions qui ont déclenché un conflit plus large au Moyen-Orient et bouleversé la région.
Le bureau de M. Masri a qualifié l'action en justice de « sans fondement ». Selon un communiqué annonçant les poursuites, les propriétés que Masri possédait, développait et contrôlait, y compris deux hôtels de luxe et la principale zone industrielle de Gaza, appelée Gaza Industrial Estate (GIE), « dissimulaient des tunnels en dessous et avaient des entrées de tunnel accessibles depuis l'intérieur des propriétés que le Hamas a utilisées dans des opérations terroristes avant, pendant et après le 7 octobre ».
« Les accusés ont facilité la construction et la dissimulation de ces tunnels et ont même construit des installations de panneaux solaires en surface qu'ils ont ensuite utilisées pour fournir au Hamas l'électricité nécessaire aux tunnels », poursuit le texte. Les attentats du 7 octobre ont coûté la vie à quelque 1 200 Israéliens, dont plus de 40 Américains, et ont déclenché des représailles israéliennes contre Gaza, qui ont depuis tué plus de 50 000 Palestiniens.
« Exposer ceux qui ont aidé le Hamas »
L'action en justice, qui vise Masri et ses sociétés, a été intentée au nom de près de 200 plaignants américains, dont des survivants et des parents de victimes. « Notre objectif est d'exposer ceux qui ont aidé et encouragé le Hamas et d'essayer de demander des comptes aux personnes et aux entreprises qui ont présenté une image légitime et modérée au monde occidental mais qui ont activement et sciemment aidé le Hamas », a déclaré Lee Wolosky du cabinet Willkie Farr & Gallagher LLP, l'avocat principal représentant les plaignants.
La GIE a été créée à l'origine avec l'aide de fonds du contribuable américain par l'intermédiaire de l'Agence américaine pour le développement international afin de promouvoir la croissance économique dans la région. M. Wolosky ajoute que « grâce à la tromperie des défendeurs », le réseau de tunnels du Hamas a été construit avec l'aide de projets d'infrastructure et d'énergie financés par des institutions internationales, notamment la Société financière internationale de la Banque mondiale.
Le bureau de M. Masri a qualifié de fausses les allégations portées contre lui et ses entreprises et a déclaré qu'il chercherait à les faire rejeter par la justice. Il a ajouté que M. Masri avait participé à des activités humanitaires et de développement au cours des dernières décennies et qu'il « s'opposait sans équivoque à toute forme de violence ». « Ni lui ni ces entités ne se sont jamais livrés à des activités illégales ou n'ont jamais apporté leur soutien à la violence et au militantisme », a déclaré l'organisation dans un communiqué.
La réalisation de grands projets à Gaza avant la guerre aurait nécessité l'approbation tacite des autorités du Hamas et un certain niveau de coopération avec elles. Le groupe a construit son vaste réseau de tunnels sur la quasi-totalité du territoire, y compris sous les maisons et les entreprises privées.
Un article paru le 10 mars dans le Jerusalem Post citait des sources diplomatiques anonymes selon lesquelles M. Masri avait été un proche conseiller d'Adam Boehler, l'envoyé du président américain Donald Trump pour obtenir la libération des otages détenus à Gaza, et avait voyagé dans le jet privé de M. Boehler lorsqu'il faisait la navette dans la région. L'article avait qualifié M. Masri d'« entrepreneur chevronné » qui « partage avec M. Trump une approche axée sur les affaires, ce qui fait de lui un partenaire naturel de la vision économique de l'administration pour la région ».
Le département d'État et la Maison-Blanche n'ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires sur l'article du Post. Dans une interview à Reuters en octobre 2020, alors qu'il était âgé de 59 ans, M. Masri s'est prononcé en faveur des liens entre les pays arabes du Golfe et Israël, condamnés par les dirigeants palestiniens, affirmant qu'ils pourraient être l'occasion d'exercer de nouvelles pressions pour mettre un terme à la colonisation juive dans les territoires occupés.
Lors d'un entretien avec Reuters en 2020, M. Masri a déclaré que les Palestiniens ne devaient pas perdre espoir. «Nos ennemis veulent que nous perdions espoir. Si nous perdons espoir, ils obtiendront exactement ce qu'ils veulent, et il n'y aura pas de Palestine, ni de peuple palestinien », a-t-il dit.
*Cet article est une traduction d'une information de l'agence Reuters parue en anglais.



