Visite d’une délégation du Groupe de travail américain sur le Liban au Grand Sérail, le 7 avril 2025. Photo tirée du compte X de ce dernier
Le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé lundi, lors de la visite d’une délégation de la Task force américaine pour le Liban (American Task Force for Lebanon, ATFL), au Grand Sérail, que son gouvernement est résolu à mettre en œuvre son plan de réformes et à poursuivre ses efforts pour « concentrer les armes entre les mains de l’État », tout en « étendant » son autorité sur l’ensemble du territoire.
Le chef du gouvernement libanais a réaffirmé l’engagement de son cabinet à « limiter les armes aux seules mains de l’État », en ligne avec la déclaration ministérielle, et a insisté sur la nécessité de « renforcer la souveraineté nationale », conformément à l’accord de Taëf et à la mise en œuvre de la résolution 1701 des Nations unies, rapporte le Grand Sérail dans une publication sur X. Ces propos ont été tenus en présence de l’ambassadrice américaine Lisa Johnson et du président de l'ATFL Edward Gabriel.
Quant aux réformes financières, Nawaf Salam a indiqué que celles-ci ont « débuté avec l’introduction de projets de loi sur la levée du secret bancaire et la réforme du secteur bancaire », ainsi que « l’adoption d’un mécanisme de nominations administratives, déjà mis en œuvre avec l’ouverture des candidatures pour le poste de président du Conseil pour le développement et la reconstruction ».
Le Premier ministre a également insisté sur la nécessité pour le Parlement de « continuer à approuver les lois réformatrices qui lui seront soumises par le gouvernement » et a révélé que son cabinet travaille actuellement sur « un projet de loi visant à garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire ».
Les autorités libanaises doivent par ailleurs mener des réformes réclamées par les bailleurs internationaux afin de débloquer des fonds, après cinq ans de crise liée à une mauvaise gestion et à la corruption. Le pays fait face également au coût élevé de la reconstruction après la guerre entre Israël et le Hezbollah. Une réunion entre des représentants libanais et ceux du Fond monétaire international (FMI) est prévue pendant les réunions de printemps organisées par l'institution avec la Banque mondiale à Washington, du 21 au 26 avril. Le Liban est en crise depuis fin 2019, mais n’a toujours pas lancé les réformes nécessaires pour assainir son secteur financier et relancer son économie, malgré les appels pressants de ses partenaires étrangers.
De son côté, Edward Gabriel a exprimé le souhait que « le Parlement agisse rapidement afin d'envoyer un message fort au monde, démontrant ainsi que le Liban fait un grand pas en avant dans le domaine économique » et a souligné que les discussions ont également porté sur « l’importance de lier le processus économique à la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu » entré en vigueur le 27 novembre 2024, afin de mettre un terme à la guerre entre Israël et le Hezbollah.
Plus tôt dans la journée la délégation de l'ATFL a été reçue par le président de la République, Joseph Aoun au palais de Baabda. C'est dans ce contexte que M. Gabriel a indiqué que le chef de l'Etat et le Premier ministre sont « conscients » qu’il est essentiel « de prendre des mesures concrètes pour stabiliser le cessez-le-feu et que l'armée libanaise, avec l'aide des États-Unis, continue son travail ».
L’accord de cessez-le-feu stipulait un retrait israélien progressif des villages occupés au Liban-Sud, afin que l’armée libanaise puisse se déployer dans des zones autrefois sous l’influence du Hezbollah. Toutefois, même après la fin de la période transitoire le 18 février, l’armée israélienne a maintenu sa présence dans cinq points qu'elle a jugé « stratégiques » au Liban-Sud, et poursuit ses opérations quasiment quotidiennes contre des membres ou des sites présumés du Hezbollah. La résolution 1701, adoptée par le Conseil de sécurité pour mettre fin à la guerre entre le Hezbollah et Israël en 2006, a constitué le socle de l’accord de cessez-le-feu entre les deux parties en 2024. Elle stipule, entre autres, le désarmement des groupes armés, notamment le Hezbollah. Lors de sa visite au Liban le week-end dernier, l'émissaire américaine Morgan Ortagus avait réitéré la position de Washington selon laquelle le désarmement de la formation pro-iranienne devrait avoir lieu « dès que possible », sans toutefois imposer de calendrier.

