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Agenda - Hommage

Sami Salman, l’empreinte indélébile

Il est des rencontres qui façonnent une vie. La mienne s’est sculptée il y a trente-cinq ans, un jour où je passais un entretien avec un homme dont je n’oublierai jamais la première impression. Une intelligence acérée, une vision claire, un humour éclatant, un charisme indéniable. Et ce rire… guttural, franc, qui résonnait comme un chant de ténor dans l’espace. En une fraction de seconde, j’ai su : je voulais travailler pour lui.

Sami ne m’a pas seulement offert un emploi. Il m’a donné quelque chose d’encore plus précieux : sa confiance. Ce coup de pouce discret mais essentiel dont on a besoin quand on est jeune, cette foi en soi que l’on bâtit peu à peu, pierre après pierre, grâce à un regard bienveillant posé sur nous. Il m’a ouvert des portes, il m’a tendu les clés, il m’a offert le terrain pour que je m’épanouisse, et il m’a laissé tracer ma propre route, sous son regard attentif mais jamais pesant.

Travailler avec Sami n’était pas une tâche, c’était un plaisir ineffable. Exécuter ce que sa vision dictait n’avait rien d’un devoir, c’était un honneur. On prenait notre travail au sérieux, mais le sérieux ne nous empêchait jamais de rire. Ces rires foudroyants qui explosaient au détour d’une phrase, ces moments où nos échanges se transformaient en scènes dignes de Louis de Funès, acteur dont nous partagions l’adoration. Avec lui, la rigueur et la légèreté n’étaient pas opposées, elles coexistaient, se nourrissaient l’une de l’autre.

Bien sûr, les années nous ont parfois opposés. Des différends sont venus se glisser entre nous, comme c’est inévitable entre deux esprits qui aiment débattre et défendre leurs idées. Mais jamais ces désaccords n’ont altéré l’affection profonde que nous nous portions. Avec la maturité du temps, nous avons su les effacer, car au-delà des divergences, il y avait toujours cette estime inextinguible, ce lien tissé d’admiration et de respect.

Sami était un négociateur hors pair. Un maître dans l’art subtil de déceler la faille et d’y glisser une solution. Il trouvait toujours l’alternative, le compromis gagnant. Un roi de l’équilibre, un funambule du possible. Mais si son charisme lui permettait de s’imposer sans effort, il n’en tirait aucune gloire. La lumière l’effleurait sans jamais l’attirer, et il préférait de loin le triomphe des idées à la vanité des honneurs.

Même après sa retraite, il était resté le mentor de nombreux cadors de Transmed, leur phare dans la tempête. Sami était bien plus qu’un patron ou un mentor. Il était un roc, une montagne. Un protecteur dont la présence était une évidence, un refuge. Il accourait quand j’étais malade, veillait sur moi avec cette sollicitude rare et précieuse. Il connaissait les arcanes de la loi sans être avocat, les secrets du soin sans être médecin. Il était un de ces esprits rares qui comprennent les mécanismes du monde, qu’ils soient matériels ou métaphysiques.

Avec le temps, je me suis souvent retrouvé dans des situations où son influence s’imposait à moi, presque malgré moi. Il m’arrivait d’argumenter comme lui, de négocier comme lui, d’analyser un problème avec ses méthodes, et même parfois de le plagier sans en avoir conscience. Son empreinte sur moi était si forte que certaines de mes décisions étaient traversées par son ombre, comme un fil d’or invisible mais inébranlable.

Ces dernières années, nos discussions s’étaient élevées. Nous parlions du divin, de l’intellect, de l’ordre caché dans l’univers. Sami y voyait une harmonie, une architecture rigoureuse et infinie. Dieu, disait-il, est l’intellect suprême, la source ultime de toute connaissance. Une vision néoplatonicienne teintée de spinozisme, où l’infini et la raison se rejoignent.

Sami n’a pas disparu. Il est là, quelque part, comme un sommet qui se confond avec le ciel, et dont la présence silencieuse continue d’inspirer ceux qui lèvent les yeux vers lui.

Il est des rencontres qui façonnent une vie. La mienne s’est sculptée il y a trente-cinq ans, un jour où je passais un entretien avec un homme dont je n’oublierai jamais la première impression. Une intelligence acérée, une vision claire, un humour éclatant, un charisme indéniable. Et ce rire… guttural, franc, qui résonnait comme un chant de ténor dans l’espace. En une fraction de seconde, j’ai su : je voulais travailler pour lui.Sami ne m’a pas seulement offert un emploi. Il m’a donné quelque chose d’encore plus précieux : sa confiance. Ce coup de pouce discret mais essentiel dont on a besoin quand on est jeune, cette foi en soi que l’on bâtit peu à peu, pierre après pierre, grâce à un regard bienveillant posé sur nous. Il m’a ouvert des portes, il m’a tendu les clés, il m’a offert le...