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Culture - En Librairie

Armand Pharès à la recherche du sens perdu

Roman à trois temps, « La dérive des sens » s’apparente à un voyage initiatique de l’entre-deux, où l’être est ballotté entre chute et rédemption, ombre et lumière. 

Armand Pharès à la recherche du sens perdu

Armand Pharès, figure du monde des affaires et auteur. Photo DR

C’est une quête qui débute par un simple appel, une voix surgie du passé qui vient bousculer le présent. Jérôme, personnage central de La dérive des sens (éditions Antoine), se laisse happer par cette conversation inattendue avec Diego, une vieille connaissance, et plonge dans un voyage introspectif. Avec Jérôme, Armand Pharès oscille entre mémoire et désir, pesanteur et grâce, et trace le portrait d’un homme pris dans le tourbillon de son existence. 

Pharès, qui n’en est pas à son premier ouvrage, a publié en 2018 Au « non » de Dieu (Édition Jana Tamer), un essai en langue française qui revient sur son expérience de neuf ans dans la vie religieuse jésuite et sur sa quête de sens, qu’il prolonge avec La dérive des sens. Une fiction autobiographique qui explore les contradictions d’une existence tiraillée entre élévation spirituelle et abandon aux plaisirs éphémères. La dérive des sens s’apparente à un voyage initiatique de l’entre-deux, où l’être est ballotté entre chute et rédemption, ombre et lumière. 

Un roman en trois temps

Le roman se déploie en trois volets distincts. Le premier pose les bases du récit et introduit les personnages. Le deuxième est une chronique de la guerre civile, inspirée des souvenirs de l’auteur, où les épisodes relatés prennent une résonance particulière pour ceux qui ont traversé cette période tourmentée. On y trouve notamment un passage marquant : l’enlèvement de Jérôme, calqué sur une expérience vécue par Armand Pharès, qui se termine de façon inattendue et cocasse, en écho aux absurdités de la guerre. La troisième partie du livre, qui se déroule sur 48 heures, voit défiler des personnages féminins hauts en couleur et aux mœurs débridées. La cadence de l’écriture s’accélère alors que Jérôme pense enfin avoir trouvé Inès, la femme qui va arrêter son glissement vers l’éphémère. Sauf que la tentation va revenir le hanter à travers Diego, personnage à voile et à vapeur, qui l’entraîne dans un univers libertin où il découvre un monde à la fois fascinant et vertigineux. Toutefois, l’auteur ne condamne jamais, car pour lui, toutes les dérives ont un sens : « L’essentiel étant que le cap soit assuré. » Derrière cette apparente errance, Armand Pharès questionne des notions plus vastes : le rapport au corps, la frontière entre plaisir et vacuité, et cette fameuse tension entre pesanteur et grâce. « C’est un combat qu’il faut assumer dans son aspect constructif, et non le contraire », explique l’auteur, évoquant une lutte intérieure où chacun doit trouver son propre équilibre. 

Loin d’un simple récit de débauche, La dérive des sens interroge les paradoxes de l’être humain. Peut-on embrasser ses pulsions sans renoncer à son aspiration au dépassement ? Comment concilier l’instant fugace et l’éternité ? Pour Jérôme, ces questions ne sont pas théoriques, mais ancrées dans le quotidien. Il les sonde entre raison et désir, entre besoin d’aimer et fuite vers des plaisirs immédiats. 

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La dérive des sens est, au-delà du récit personnel, une exploration des désirs et des dilemmes universels, un miroir tendu à ceux qui, comme Jérôme, cherchent à réconcilier l’éphémère et l’infini. 

Le livre ne se limite pas à une simple dialectique entre élévation et chute. Il porte un regard sur le monde, sur cette quête incessante d’un sens qui semble toujours se dérober. « Si l’être humain peut vivre une utopie et la partager avec les autres, il peut changer le monde », avance Armand Pharès, offrant ainsi une réflexion sur la nature même de la vérité. Une vérité qu’il ne conçoit pas comme absolue, mais comme une quête permanente, une tension entre ce que nous percevons et ce qui nous échappe. 

Accepter l’éphémère pour accéder à de grandes choses est la leçon que Diego donne au personnage central Jérôme, qui continuera de balancer entre pesanteur et grâce, jusqu’au jour où il rencontrera ce que l’auteur qualifie de non-être absolu. « Une idée qui n’est pas philosophique pour moi mais bien concrète », explique Armand Pharès. « Dans ce que nous appréhendons dans la vie courante avec les êtres humains, mais aussi la science, le savoir, la technologie, il y a toujours une limite que nous ne pouvons pas atteindre. Cette limite, pour moi, c’est le non-être. »

Une notion ontologique qui, des penseurs présocratiques à Leibniz ou Heidegger, entre autres, renvoie souvent au nihilisme, que réfute Armand Pharès. « L’altérité absolue, c’est la seule qui est Dieu, car Dieu n’existe pas. C’est pourquoi je crois en Lui ; Il est inaccessible, mais à l’origine et à la fin ultime de l’être », poursuit-il.  

Et de conclure : « Pour moi, la vérité n’existe pas de façon absolue. Les religions n’ont qu’un espoir : celui de pouvoir donner de la valeur à la vie sans imposer aux autres leur vision. » À méditer… 


Bio Express Armand Pharès, figure du monde des affaires et détenteur d’un doctorat en mathématiques ainsi que d’un MBA de l’Insead, a dirigé plusieurs entreprises du secteur de la santé au sein du Groupe Cavalier depuis 1977, notamment Pharaon Healthcare, jusqu’en juin 2022. Il est également le cofondateur du Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais (RDCL) en 1986, qu’il présidera pendant neuf ans. Il a dirigé l’Association des importateurs de médicaments du Liban de 1988 à 2019 et occupe, depuis l’an 2000, le poste de vice-président du comité national du Forum francophone des affaires (FFA). Son implication dans la francophonie lui a d’ailleurs valu le « Prix de la francophonie économique » en 2003. 
C’est une quête qui débute par un simple appel, une voix surgie du passé qui vient bousculer le présent. Jérôme, personnage central de La dérive des sens (éditions Antoine), se laisse happer par cette conversation inattendue avec Diego, une vieille connaissance, et plonge dans un voyage introspectif. Avec Jérôme, Armand Pharès oscille entre mémoire et désir, pesanteur et grâce, et trace le portrait d’un homme pris dans le tourbillon de son existence. Pharès, qui n’en est pas à son premier ouvrage, a publié en 2018 Au « non » de Dieu (Édition Jana Tamer), un essai en langue française qui revient sur son expérience de neuf ans dans la vie religieuse jésuite et sur sa quête de sens, qu’il prolonge avec La dérive des sens. Une fiction autobiographique qui explore les contradictions d’une existence...
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En tout cas cet article donne envie de lire le livre !

JJAA

17 h 45, le 06 avril 2025

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  • En tout cas cet article donne envie de lire le livre !

    JJAA

    17 h 45, le 06 avril 2025

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