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Nos lecteurs ont la parole

Les conseils municipaux dissous ou le Libanais et la chose publique !

Le temps est-il venu pour une autocritique libanaise généralisée, après l’accord du Caire de1969 et ses séquelles, puis un accord du Caire revisité du 6/2/2006 et le désastre, en ce qui concerne nos rapports avec la chose publique par essence transcommunautaire ?

Des études, des débats et des palabres versent depuis des décennies sur le pacte, la Constitution, les législations, alors que le fond du dilemme réside dans des structures mentales libanaises incompatibles avec la complexité du Liban, son rôle régional arabe, sa vocation de message face à des mutations et effets pervers du mondialisme et d’un développement exclusivement technologique.

1. Incapacité libanaise à gérer la chose publique locale ! Des travaux sur la décentralisation administrative se bornent sur des perspectives légales et financières, alors que sur un total de 1 064 conseils municipaux au Liban, il y a près de 300 conseils municipaux dissous à cause de dissensions internes entre les membres ! Quand le problème est soulevé, des légalistes répondent que le caïmacam assume la subsidiarité. Le fond du problème n’est pas là, mais dans l’incapacité mentale de Libanais à gérer l’intérêt général du village, la municipalité restreinte !

2. Omnipotence des zizanies familiales ! Dans un programme de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente qui a couvert plus de cinquante municipalités dans les années 2002-2013 dans tout le Liban, des habitants nous ont dit : Vous êtes les seuls capables de nous réunir ! C’est dire que les habitants vivent dans des rapports de pouvoir et de subordination, et non dans la citoyenneté participative et constructrice d’État.

Quand un fonctionnaire municipal triche avec le débit d’eau dans un village, il ne s’agit pas d’un fait mineur. Il est subordonné à un conseil municipal, lequel est aussi subordonné à un réseau clientéliste. Quand une école publique est fermée dans un village, alors que des enseignants touchent avec régularité leurs salaires, ce n’est pas un problème mineur. Pourquoi la population locale observe le mutisme face à cette gestion de l’argent public ? Quand un fonctionnaire de la 5e catégorie est le protégé d’un zaïm, cela n’est pas un fait mineur.

Dans le programme « La gouvernance locale », il s’est avéré impossible de réunir les gens à propos d’une crevasse sur la chaussée, les canalisations d’eau, l’état d’une école publique… Si vous conviez à un échange public, des familles boycottent, bien que l’affaire soit commune dans le pays du vivre-ensemble.

Le Libanais ignore-t-il ce que signifie chose publique ? L’amélioration de la qualité de vie dans un quartier se répercute positivement sur le prix des terrains et sur chaque citoyen local (A. Messarra, La gouvernance locale, Fondation libanaise pour la paix civile permanente, vol. 16, 18, 21, Librairie orientale, 2002-2004, et vol. 21, 2013).

Dans un village à Mont-Pèlerin en Suisse, vous méditez sur la beauté du paysage. Aucune négligence ! Ni fenêtre brisée, ni porte délabrée, ni arbre délaissé, ni sac de poubelle abandonné !… Le conseil communal n’a pas engagé une police municipale dans ce but, mais la population locale est imprégnée du sens de la chose publique. Le Liban forme une solide unité d’intérêts partagés. On avait semé partout dans les années 1975-1990 des barricades et démarcations dans le but, sans aucun succès, de briser les rapports intercommunautaires. Quand le Libanais sera-t-il conscient des intérêts vitaux communs, quotidiens et partagés ? Des présidents de conseils municipaux réalisent des performances inouïes, mais la population locale souvent dénigre et abîme ces réalisations !

Des intellectuels en chambre et des idéologues rétorquent que nos problèmes cruciaux ne portent pas sur la crevasse sur la chaussée, mais sur le « confessionnalisme » et sur la situation régionale et internationale. Quand le Libanais se comportera avec sérieux avec la crevasse sur la chaussée du village, les déchets dans le quartier et les faits quotidiens, il sera alors plus sérieux dans ses rapports avec l’État et la souveraineté.

Le Libanais jouit de qualités

extraordinaires de culture, de créativité, de convivialité, de résistance nationale, mais sans culture de la chose publique. La conclusion du rapport socio-

économique de la mission Irfed dirigée par le père Louis-Joseph Lebret, à la demande du président Fouad Chéhab dans les années 1960, porte sur l’exigence de changement de mentalité. On attribue à Ralph Nader, américain d’origine libanaise, ces propos : « Un Libanais vaut cent Américains, mais cent Libanais ne valent rien ! »

3. Quel indicateur de changement électoral municipal ? Il y a au Liban plus de 300 conseils municipaux dissous en raison de divergences internes entre les membres. Or il n’est pas permis à un conseil municipal élu, en charge de la chose publique locale, de se démettre de ses fonctions. Il s’agit là d’un abandon de poste !

L’ancien gouvernement démissionnaire du président Nagib Mikati, et tous les ministres, avaient le devoir d’assurer la continuité, sauf en cas de décès ou de maladie grave. On entend de la part de membres de conseils municipaux dissous des autojustifications et autodéfenses ! Si des électeurs municipaux en mai 2025 réélisent l’un ou l’autre des membres de conseils municipaux dissous, il faut désespérer de tout renouveau en profondeur au Liban, malgré la ferme volonté et l’espoir qui renaissent au sommet de l’État et du gouvernement.

Antoine MESSARRA

Chaire Unesco – USJ

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Le temps est-il venu pour une autocritique libanaise généralisée, après l’accord du Caire de1969 et ses séquelles, puis un accord du Caire revisité du 6/2/2006 et le désastre, en ce qui concerne nos rapports avec la chose publique par essence transcommunautaire ? Des études, des débats et des palabres versent depuis des décennies sur le pacte, la Constitution, les législations, alors que le fond du dilemme réside dans des structures mentales libanaises incompatibles avec la complexité du Liban, son rôle régional arabe, sa vocation de message face à des mutations et effets pervers du mondialisme et d’un développement exclusivement technologique. 1. Incapacité libanaise à gérer la chose publique locale ! Des travaux sur la décentralisation administrative se bornent sur des perspectives légales et financières,...
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