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« L’Orient des écrivains » : Écrire la guerre - L'Orient des Écrivains 2025

« La guerre pour les nuls »

Saigon, Gaza, Beyrouth, Kiev, l’écrivaine et journaliste française d’origine vietnamienne Doan Bui dont les parents ont fui le Vietnam s’interroge sur son rapport à la guerre.

« La guerre pour les nuls »

Photo de famille du père de Doan Bui. Son père porte la casquette. Hanoï 1953.

WhatsApp Famille Bui. 3 octobre 2024

Mamanbui Papa est très perturbé par les attaques d’Israël sur le Liban. Il m’en parle toute la journée.

J’ai une centaine de messages par jour sur mon WhatsApp familial, mais celui-là, je l’ai forwardé à Nabil, un ami libanais, en soulignant : « Il m’en parle toute la journée. » Mon père est aphasique depuis un AVC subi en 2005. Il était un sans-pays, il est devenu un sans-mots. Un peu comme lorsqu’il est arrivé du Vietnam à Paris, à 21 ans, en 1961, pour faire ses études de médecine, échappant de peu à la mobilisation générale : il ne parlait alors pas français. Mon père a toujours pensé qu’il reviendrait chez lui. Mais le 30 avril 1975, les tanks de l’armée nord-vietnamienne sont rentrés dans Saïgon. Mon père a vu les images à la télévision, mort d’angoisse pour sa famille restée là-bas. Enfin, je suppose. De tout cela, nous n’avons jamais parlé. Je suppose aussi que les bombes au Liban lui donnent l’impression de remonter le temps. Il revoit 1975. L’année zéro, pour les Libanais, comme pour les Vietnamiens.

L’histoire, ce cycle de machine à laver

J’ai toujours entendu parler de « la chute de Saïgon », comme on dit chez les Vietnamiens de la diaspora. Les Vietnamiens du Vietnam, eux, disent « la libération ». Mes parents sont du côté des perdants de l’histoire. De leur pays, le Sud-Vietnam, son drapeau, son dialecte, ses noms de rue, sa capitale Saïgon rebaptisée Hô Chi Minh-Ville, tout a été effacé. Il faudrait expliquer la guerre du Vietnam, qui a divisé le pays, les familles parfois, en deux camps ennemis mais peut-on résumer la guerre au Liban en trois lignes ? Le Vietnam, c’est pareil. Rien que ces termes, « guerre du Liban », ou « guerre du Vietnam » sont étranges. En France, on ne dit jamais « guerre de France ». Pour les Vietnamiens, la « guerre du Vietnam », qui succède à la « guerre d’Indochine », c’est la guerre tout court. La guerre est relative, comme les dates. 1975, pour Nabil, c’est le 13 avril 1975, l’attaque du bus à Beyrouth. Pour mon amie Jenny, sino-cambodgienne, c’est le 17 avril, quand les Khmers rouges sont rentrés dans Phnom Penh. Moi, le 30. Nous sommes français par hasard, suite à cet accident de l’histoire survenu en avril 1975. Des produits dérivés de la guerre. Nous avons grandi en nous faufilant parmi les silences. Jenny ignore combien de frères et sœurs son père avait, disparus pendant le génocide, il n’en a jamais parlé. Chez nous, la mémoire ressemble à un Kleenex oublié dans les poches d’un pantalon avant de le passer à la machine. Quand on le ressort du tambour, une petite neige a tout contaminé. On a beau gratter, secouer, les fantômes du mouchoir déchiqueté s’accrochent à l’étoffe. George Perec parlait de la grande hache de l’histoire. Moi, je trouve que l’histoire, ça ressemble à un cycle de machine à laver. Rinçage/Lavage/Essorage.

Après l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022, ma mère nous implore sur WhatsApp. « Les enfants, il y a une guerre qui se profile, il faut que vous ayez vos passeports à jour ! » Elle envoie des messages à mes filles : « Revenez chez moi avec votre mère, j’ai fait des stocks de conserves, avec mon jardin, on pourra avoir des légumes frais. » Je pars en Ukraine pour Le Nouvel Obs, mon journal. J’ai peur de l’avouer à ma mère. Sur le groupe WhatsApp, je dis que je suis en Pologne. Mais j’ai oublié de désactiver mon partage de position, visible sur Google Maps. « Tu as une famille ! À quoi ça sert d’aller là-bas, tu crois que tu vas faire peur à Poutine ? » Ma mère est née en 1946 pendant la guerre d’Indochine. En 1954, c’est la défaite de Diên Biên Phu, la fin d’un siècle de colonisation. Cela n’a pas changé grand-chose pour elle. La guerre a continué, sauf qu’il y avait désormais des Américains dans les rues, à la place des Français. Je lui demande si elle avait peur. Elle s’énerve. « On n’avait pas peur, nous ! » Je lui rappelle son inquiétude, lors de mes reportages. Elle réplique avec superbe « Rien à voir. Toi, ce n’est pas ton pays. On n’a pas peur quand on est dans son pays. »

Nhà, bayt, dar, beiyit

Mon père a longtemps été somnambule. Il se réveillait la nuit, se levait, prenait ses clés de voiture et répétait « Di vê nhà », « je rentre à la maison. » Nhà est un mot valise en vietnamien qui signifie maison / foyer / famille / époux / nous… Je cherche l’équivalent de nhà en arabe. Des amis m’offrent le mot bayt, maison, sanctuaire, refuge. Et dar, maison/ porte, qu’utilisent plutôt les Palestiniens. Les clés de voiture de mon père, qui dans son rêve le font revenir à la maison, me font penser aux clés qui ouvraient des portes de maisons perdues lors de la Nakba, conservées de génération en génération.

Après le 7 octobre 2023, je vais en Israël et en Cisjordanie. Eman, réfugiée à Ramallah avec ses filles, me raconte ses souvenirs de Gaza, la douceur du sourire de son père, qui gardait toujours près de lui la clé de l’autre maison, mythique, celle de Jaffa, perdue en 1948. Il ne reste rien de leur maison de Gaza, pulvérisée par un bombardement. Des parents, on a retrouvé une tête et un bras. Pas très loin, il y a les kibboutz. Les traces du massacre sont encore fraîches, l’armée organise des convois de journalistes pour venir voir. Je vois. Dans les maisons vides, les volontaires de la Zaka (ceux qui ramassent les cadavres) nettoient le sang qui avait giclé sur les murs. L’odeur fade mêlée aux détergents est écœurante. Il y a encore des vestiges du dîner sur les tables. Et aussi des clés restées sur les portes. Je pense aux clés de la Nakba. Mais je n’ose l’écrire dans mon article pour Le Nouvel Obs. Dans ce conflit, on ne peut plus mettre côte à côte les chagrins et la douleur de deux camps ennemis. En hébreu, le mot maison beiyit sonne pourtant un peu pareil que le bayt arabe. Mes amis Karim Kattan et Yara el-Ghadban, deux écrivains de langue française et d’origine palestinienne, m’expliquent sur WhatsApp la différence entre dar et beit. Le dar qui veut aussi dire clan, tribu, famille, doit être le mot le plus proche du Nhà vietnamien. Je leur envoie un passage du livre Les petites vertus de Natalia Ginzburg. « Il y a eu la guerre et les gens ont vu s’écrouler tant de maisons qu’à présent ils ne se sentent plus à l’abri dans leurs maisons qui, autrefois, étaient sûres et tranquilles. C’est une chose dont on ne guérit pas ; les années passeront, mais nous ne guérirons jamais. »

« La guerre pour les nuls »

Je ne connais rien à la guerre. Pour ne pas dire trop de bêtises dans mes articles sur l’Ukraine, je compte sur l’écrivain Pavlov Matyusha. Je l’ai rencontré juste avant de me rendre à l’été 2023, dans le Donbass, alors qu’il était au front. Nous avons un fil de discussion sur Signal, que j’appelle « la guerre pour les nuls ». Cela donne des échanges de ce genre : « Les boums, son grave, c’est des obus ? » « Oui, tirs 155mm Howitzer » « Euh ? » « Gros canon calibre 155mm ». J’écoute des banques de sons sur YouTube pour distinguer un gros boum d’un moyen boum. Je reste toujours aussi nulle. Un matin, réveillée par un « ratatata », je crois que c’est le bruit de valises à roulettes. C’est le bruit des tirs de soldats qui s’entraînent à côté. Mais je comprends cette règle simple : plus c’est fort, plus on est près de la ligne de front.

Quand nous accompagnons Vitali et Sasha, deux aumôniers, dans le village de Velika Novosilka, le bruit est assourdissant. Impossible d’imaginer qu’on peut vivre là, dans ce paysage de ruines, qui tremble au son des canons. Pourtant, quand notre voiture s’arrête, des gens émergent soudain, des entrailles de la terre. Comme les zombies dans la série Last of us. Dehors, à l’air libre, je sursaute à chaque explosion. Mais eux, les gens-du-dessous, ne réagissent pas. Indifférents aux obus, aux missiles. Cela fait un an qu’ils vivent dans leurs caves, sans eau ni électricité. Je leur demande pourquoi ils refusent d’évacuer : « Où vous voulez qu’on aille ? Ici, c’est notre maison. » Un vieil homme veut m’offrir une rose. Son rosier continue à fleurir, dans les gravats de son logis.

Début 2025, Vitaly et Sacha m’ont dit, consternés, que le village avait été pris par les Russes. Je ne sais pas ce que l’homme aux roses est devenu. Je pense aux roses du Chagrin de la guerre, le roman de Bao Ninh, qui, somptueuses, poussent sur les champs de bataille, se nourrissant du sang des cadavres. Les soldats les sèchent, les fument. Et planent. Quand il était soldat dans l’armée du Nord-Vietnam, Bao Ninh transportait les cadavres, xác ngiòi, soit littéralement enveloppes de gens, en vietnamien. Le coquelicot est la fleur des tranchées. Il paraît qu’on peut aussi le fumer. Le coquelicot déteste les pesticides, mais il n’y a plus de cultures, avec la guerre, alors cette fleur sauvage s’épanouit, près du front et ça fait des prairies constellées de taches écarlates.

Je ne peux pas fêter la nouvelle année lunaire avec mes parents ce 26 janvier 2025 car je viens d’arriver à Kyiv. Mes premières heures sont en vietnamien : j’interviewe le soldat Tung Lam Nguyen, un vietnamo-ukrainien, un Viet-kieu, comme moi. Il a été blessé trois fois au combat. Ses parents ont connu la guerre, au Vietnam. Et lui, il est dans les tranchées. « La guerre, c’était peut-être mon destin », dit-il. Peut-être que la guerre se transmet d’une génération à l’autre. Comme le poison de l’« agent orange », cet herbicide balancé par les Américains pendant le conflit. Dans l’émission vietnamienne, Rap Viêt, l’un des jeunes candidats n’a que sept doigts à une main, une malformation de naissance, causée par l’« agent orange ». Au Vietnam, on voit souvent des amputés. En Ukraine, aussi. J’accompagne une soldate dans un club de gym à Kyiv. Trois vétérans sans jambes font du CrossFit.

« J’ignore où vont les voix des enfants morts »

« Doan, nous avons pensé que vous aimeriez revoir ce souvenir de votre voyage en Ukraine en avril 2022 ! » m’annonce Google Photos. Sur l’écran de mon téléphone, je vois ressurgir un visage tout pâle, enveloppé dans des couvertures à fleurs. La photo d’une petite fille morte : Nastia, six ans, a été touchée par une balle, alors que sa famille tentait d’évacuer en voiture. Je scrolle. C’est la tombe d’Ivan, quatorze ans, la première que j’ai vue en arrivant dans le cimetière de Bucha. Il fuyait lui aussi, avec sa mère et sa petite sœur. Et puis leur voiture, mitraillée, s’est arrêtée. La nuit tombait. Ivan, blessé, ne pouvait plus marcher. Il a dit : « Allez devant, je vous rattraperai. » Pour mettre à l’abri sa fille, la mère a dû laisser son fils. Quand elle l’a retrouvé, au petit matin, Ivan avait les jambes et les bras croisés, comme pour tenter de se réchauffer. Et il n’y a rien de pire que d’imaginer la mort solitaire du garçon sur la route. Et sa mère, lavant son cadavre, pour faire sa toilette funéraire. Elle m’a envoyé la photo du trou rouge sur la poitrine de son fils.

Facebook aussi aime bien me faire revisiter le passé. Dans mon fil ressurgit un « souvenir de 2015 » : la photo d’un gilet sauvetage « Cars », taille enfant, à Lesbos que j’avais postée. Je repense à une image que je n’ai pas sur mon téléphone, une petite tache rose sur une plage : le cadavre de la petite Shayham, 3 ans, échouée dans une crique de Lesbos, après le naufrage d’un bateau de réfugiés qui fuyaient la guerre en Syrie. Aris Messinis, l’auteur du cliché, me l’avait montrée. Après avoir « shooté » (qu’il est terrible, le vocabulaire photographique), Aris et ses deux copains photographes avaient prévenu les pompiers mais personne ne pouvait récupérer le corps. Les oiseaux de proie tournaient déjà autour. Ce sont toujours les yeux qu’ils grignotent en premier. Aris avait mis le corps de la fillette dans son sac à dos, et, se relayant avec ses amis, l’avait ramenée à la morgue. Le corps, lourd, ballottait dans son sac. Dans l’Iliade, le seul enfant qu’évoque Homère est Astyanax, le fils d’Hector et Andromaque. Après la mort d’Hector, les Achéens jettent Astyanax du haut des remparts de Troie. Rien n’a jamais été écrit sur la terreur d’Astyanax. Elle doit ressembler à celle qu’on entend dans la voix de ce gosse israélien dans un kibboutz, sur une vidéo granuleuse enregistrée le 7 octobre par la caméra surveillance de sa maison alors que son père a été tué devant lui. Lui a survécu, d’autres non. J’ai une photo d’un bout de corps d’enfant carbonisé qu’un volontaire de la Zaka a absolument tenu à m’envoyer. J’ignore où vont les voix des enfants morts. J’écoute sur une vidéo Shani, neuf ans, tuée dans un bombardement à Gaza. De sa voix cristalline, elle récite un poème de Mahmoud Darwich.

Les colliers d’oreilles

Des GI se sont confectionné des colliers d’oreilles de Viêt-Cong. Un détail gore qu’on retrouve dans Apocalypse Now ou Platoon. Ma mère me raconte qu’un ami de mon oncle, officier de l’armée du Sud-Vietnam, avait aussi dans son portefeuille une oreille de Viêt-Cong. Les colliers d’oreilles, je pensais donc que c’était une spécialité de ma guerre à moi. Comme avril 75. Mais dans le livre Les cercueils de zinc, Svetlana Alexievitch raconte que les Russes coupaient des oreilles pendant la guerre d’Afghanistan. Les Américains coupaient aussi des oreilles d’Amérindiens pendant la conquête de l’Ouest, au XIXe siècle. Et au Liban ? Je n’ose demander à mon ami Nabil, alors j’interroge Chat GPT. Qui me dit que les miliciens chrétiens du MKG, aussi appelés « les fantômes des cimetières », adoraient eux aussi les colliers de parties humaines.

Me revient un souvenir de mon premier reportage en Ukraine, en 2022. Près de Bucha, un homme m’avait raconté que son frère avait été torturé par les Russes pendant le mois d’occupation en mars 2022. Le corps du frère avait été retrouvé dans une cave. L’homme était allé reconnaître le corps à la morgue. Il était tuméfié. Et il manquait une oreille. Il m’a montré la photo. Je me souviens du visage atrocement défiguré. Mais pas de l’oreille coupée. Je cherche dans mes articles. Je n’ai pas retranscrit son récit. À l’époque, ce qui me hantait, c’était Ivan ou Nastia, les enfants morts. Alors j’ai effacé de mon esprit le cadavre à l’oreille coupée de l’homme.

Je scrute les soixante-seize photos que j’ai faites d’une exhumation d’un cadavre dans une forêt de Bucha. La main qui sort du pull terreux. Le visage, tout blanc, comme délavé. On ne voyait plus ni le nez ni les yeux. Mais les oreilles ? Avaient-elles été coupées ? Je ne vois rien. Je suis obsédée par cette oreille coupée que j’ai zappée. Est-elle désormais pendue au cou d’un soldat russe ? On avait déjà parlé de ces histoires d’oreilles avec Pavlo qui, blasé, me dit que les Russes font pire, question torture. Par honnêteté, il me raconte avoir entendu parler d’un gars, un officier des « forces spéciales » ukrainiennes qui a une telle collection : « Peut-être que tu pourras le retrouver, la prochaine fois que tu vas en Ukraine ? » Je devrais analyser cette obsession des oreilles sur un divan. Mais je n’ai jamais vu un psy : ma mère dit que les psys, c’est pour les français.

La guerre coupe les langues. Elle coupe aussi les oreilles. Quand nous racontons la guerre, nous choisissons un récit, au détriment d’un autre. Nous sommes fascinés par la violence, par les bourreaux, comme le colonel Kurtz, dans Apocalypse Now, mais nous ne nous souvenons pas d’une seule victime vietnamienne. Captivés par la fureur d’Achille, qui perce les talons du cadavre d’Hector pour le traîner sur son char ; nous ignorons la peine d’Andromaque ou l’angoisse de Pénélope qui attend Ulysse. Quand Hécube, la mère d’Hector, dont tous les enfants sont morts, pleure et maudit les Achéens, elle est transformée en chienne.

Des traîtres pour leur « camp »

Rami est juif, Bassam palestinien. Ils ont tous les deux perdu une fille, dans cette interminable guerre. Ils sont devenus amis, frères, même. Je les ai rencontrés. Séparément, bien sûr, car même si Jéricho n’est qu’à 40 petits kilomètres de Jérusalem, il y a le mur et les check-points. Depuis le 7 octobre, pour se voir, ils doivent s’envoler à l’étranger, en terrain neutre. Jadis, Bassam et Rami allaient ensemble témoigner dans des écoles. C’était souvent la première fois que des adolescents palestiniens voyaient un juif, et vice versa. Désormais, l’amitié de Bassam et Rami est taboue. Ils sont des traîtres pour leur « camp », on les menace de mort. On leur a interdit d’aller dans les écoles, parler de leur deuil, ensemble. La Palestine efface les enfants juifs otages ou massacrés, Israël les enfants de Gaza. C’est ainsi, au pays des aveugles, aux oreilles coupées.

Aujourd’hui, en Ukraine, c’est avec les drones qu’on tue. « Platon », un jeune soldat ukrainien m’a envoyé les images capturées avec son drone. « On voit tout, même les expressions sur le visage », dit-il. Sur la vidéo, je le vois zoomer sur un soldat russe rampant à terre. Explosion. Et j’entends « Platon ». Il chantonne. « Oops I did it again » de Britney Spears.

Doan Bui est écrivaine et journaliste, dernier ouvrage paru : Le pays de nulle part (Grasset, 2024).

WhatsApp Famille Bui. 3 octobre 2024Mamanbui Papa est très perturbé par les attaques d’Israël sur le Liban. Il m’en parle toute la journée.J’ai une centaine de messages par jour sur mon WhatsApp familial, mais celui-là, je l’ai forwardé à Nabil, un ami libanais, en soulignant : « Il m’en parle toute la journée. » Mon père est aphasique depuis un AVC subi en 2005. Il était un sans-pays, il est devenu un sans-mots. Un peu comme lorsqu’il est arrivé du Vietnam à Paris, à 21 ans, en 1961, pour faire ses études de médecine, échappant de peu à la mobilisation générale : il ne parlait alors pas français. Mon père a toujours pensé qu’il reviendrait chez lui. Mais le 30 avril 1975, les tanks de l’armée nord-vietnamienne sont rentrés dans Saïgon. Mon père a vu les images à la télévision, mort...
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