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Politique - Décryptage

Tripoli dans la tourmente syrienne ?


Cette année à Tripoli, le mois de ramadan est différent des précédents. Il se déroule au rythme des développements en Syrie. Et face aux incidents sécuritaires quotidiens, la question qui se pose est la suivante : y a-t-il une possibilité que les événements sur le littoral syrien se traduisent par des affrontements dans la ville ?

Tripoli, que l’on considère comme la capitale du Liban-Nord, est généralement directement influencée par ce qui se passe en Syrie, depuis plusieurs décennies. D’ailleurs, au cours des dernières années, la vie politique dans la ville s’est concentrée entre les antisyriens et les prosyriens, tout comme auparavant elle se concentrait entre les propalestiniens et les antipalestiniens. C’est à Tripoli que le poids de la tutelle syrienne était le plus lourd et c’est dans cette ville aussi que le renversement du régime Assad a créé la plus grande liesse. Depuis ce 8 décembre en effet, une bonne partie des forces politiques tripolitaines ne cachent pas leur joie. Mais la victoire de Hay’at Tahrir el-Cham (HTC) sous la direction d’Ahmad el-Chareh, devenu depuis président par intérim, ne fait pas que des heureux à Tripoli, qui connaît une diversité politique. Le retour annoncé du courant du Futur par la voix de son chef Saad Hariri sur la scène sunnite a plus ou moins mélangé les cartes. Les divergences sont désormais claires entre les forces traditionnelles (dont certaines ont longtemps affiché leur proximité avec le régime Assad), celles qui ont pris de l’ampleur récemment à la faveur des développements à Gaza et en Syrie et le courant du Futur. Il faut aussi compter les petites forces qui ont des assises populaires certaines mais limitées et qui ont intérêt à ce que les autres entrent en conflit pour pouvoir consolider leur présence.

Ce paysage politique complexe se traduit concrètement par des incidents sécuritaires quotidiens, qui font de Tripoli, la nuit, un lieu peu sûr. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les forces militaires et sécuritaires sont déployées en grand nombre dans la ville et, malgré cela, elles ont du mal à maintenir le calme et à arrêter les contrevenants en raison des pressions des petits gangs qui se sont formés à la faveur de l’affaiblissement des institutions de l’État. Les forces militaires et sécuritaires ont déjà fort à faire en essayant d’éviter la moindre friction entre les forces proches du nouveau régime syrien et les alaouites de Jabal Mohsen, surtout depuis le déclenchement il y a trois jours des affrontements dans la région alaouite en Syrie. La tension est d’ailleurs très grande entre Jabal Mohsen et Bab el-Tebbané, ces deux quartiers, l’un alaouite, l’autre sunnite, qui se sont affrontés pendant des années avant d’aboutir à un accord. Aujourd’hui, les alaouites, considérés généralement comme favorables au régime Assad, cherchent à se faire discrets, mais la vigilance reste de mise.

C’est sans doute en raison de ces tensions que la page « Tripoli Wataniya » sur Facebook a récemment lancé un appel aux services de sécurité et aux ulémas de la ville pour mettre un terme aux incidents quotidiens qui font chaque jour des victimes. Cet appel sera-t-il entendu ? Pour l’instant, les principales figures tripolitaines considèrent que les incidents sont chose courante dans une ville comme Tripoli qui a une telle diversité politique. Selon elles, il n’y a pas de véritable crainte d’un débordement ou d’affrontements réguliers entre les factions en présence, en raison notamment de la vigilance des sécuritaires.

Mais un cheikh de Tripoli qui a tenu à garder l’anonymat pense que s’il n’y a pas, pour l’instant, de possibilité de débordement, c’est parce qu’il n’y a pas de véritable projet de déstabiliser la ville. Selon lui, le seul projet qui existe actuellement est celui d’obtenir la libération des prisonniers islamistes libanais et syriens qui croupissent dans les geôles libanaises depuis des années sans avoir même été jugés. Selon ce cheikh, c’est sans doute la principale revendication des forces tripolitaines qui soutiennent le nouveau régime en Syrie. Le nouveau président syrien en a même parlé avec les visiteurs venus du Liban et ce dossier est en train de bouger, mais les procédures prennent du temps et les familles libanaises de ces détenus estiment qu’elles ont déjà trop attendu et que les autorités devraient agir vite car il s’agit d’une grande injustice. Ce dossier en suspens augmente la colère des partisans de ces factions proches du nouveau régime syrien et augmente les tensions dans la ville. Mais, toujours selon le cheikh précité, il n’y a pas pour l’instant un autre projet qui viserait à déstabiliser Tripoli en réaction aux derniers développements en Syrie. Une source proche de la Jamaa islamiya est aussi catégorique sur le sujet, affirmant que personne ne veut transposer les conflits de Syrie au Liban. Elle précise que la chute du régime Assad a été une excellente nouvelle pour les Tripolitains, mais cela ne signifie pas qu’il y aura des règlements de comptes internes. Selon cette source, les incidents quotidiens n’ont pas une dimension politique ou confessionnelle, il s’agit simplement de débordements courants dans des grandes cités. La source précitée souligne le fait que les forces à Tripoli qui soutenaient le régime Assad ont perdu une grande partie de leur influence et de leur poids et elles ne sont pas en mesure de provoquer de véritables affrontements. Selon elle, même si le Liban-Nord en général suit de près ce qui se passe sur le littoral syrien, cela ne signifie pas que cela devrait se traduire par des affrontements internes.

Cette année à Tripoli, le mois de ramadan est différent des précédents. Il se déroule au rythme des développements en Syrie. Et face aux incidents sécuritaires quotidiens, la question qui se pose est la suivante : y a-t-il une possibilité que les événements sur le littoral syrien se traduisent par des affrontements dans la ville ?Tripoli, que l’on considère comme la capitale du Liban-Nord, est généralement directement influencée par ce qui se passe en Syrie, depuis plusieurs décennies. D’ailleurs, au cours des dernières années, la vie politique dans la ville s’est concentrée entre les antisyriens et les prosyriens, tout comme auparavant elle se concentrait entre les propalestiniens et les antipalestiniens. C’est à Tripoli que le poids de la tutelle syrienne était le plus lourd et c’est dans cette ville...
commentaires (2)

Certes, il n’y a pas de prosyriens et d’antisyriens, il y a tout bêtement les Sunnites proJoulani et les Alaouites proAssad. La politique de la région est malheureusement régie par les communautés religieuses qui se détestent entre entre elles. L’ancien scénario des affrontements sanglants entre les Alaouites et les Sunnites de Tripoli risque à tout moment de se reproduire.

Hitti arlette

16 h 16, le 08 mars 2025

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Commentaires (2)

  • Certes, il n’y a pas de prosyriens et d’antisyriens, il y a tout bêtement les Sunnites proJoulani et les Alaouites proAssad. La politique de la région est malheureusement régie par les communautés religieuses qui se détestent entre entre elles. L’ancien scénario des affrontements sanglants entre les Alaouites et les Sunnites de Tripoli risque à tout moment de se reproduire.

    Hitti arlette

    16 h 16, le 08 mars 2025

  • Et que dit le petit karame?

    Zampano

    08 h 42, le 08 mars 2025

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