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Monde - Diplomatie

Outre le réarmement de l'Europe, la France prépare la reconstruction de l'Ukraine


Le président ukrainien Volodymyr Zelensky rencontre le président français Emmanuel Macron en marge du Conseil européen spécial pour discuter du soutien continu à l'Ukraine et de la défense européenne au siège de l'UE à Bruxelles, le 6 mars 2025. Photo Ludovic MARIN / POOL / AFP

Dix-neuf projets, pour un total de 200 millions d'euros: l'annonce vendredi des lauréats du Fonds Ukraine financé par la France pourrait préfigurer, pour les entreprises françaises, des marchés bien plus importants quand il faudra reconstruire le pays.

Ce fonds abondé par des dons des ministères de l’Économie et des Affaires étrangères français avait été lancé en juin par les présidents français et ukrainien, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky.

Les projets, portés par 17 entreprises, dont une majorité de petites et moyennes entreprises et d'entreprises de taille intermédiaire (ETI), ainsi que des grands groupes comme EDF (Electricité de France) ou Thales (défense), ont été sélectionnés par l'Ukraine elle-même parmi 70 propositions, d'une valeur cumulée de plus de 700 millions d'euros. Ils seront déployés dans les 16 mois.

Les projets retenus concernent cinq secteurs prioritaires: énergie, eau, santé, déminage et infrastructures, tous lourdement endommagés par la guerre déclenchée par la Russie en 2022.

Les lauréats ont été dévoilés en présence notamment de la vice-Première ministre ukrainienne en charge de l'Économie, Ioulia Svyrydenko, des ministres français de l’Économie Eric Lombard, des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, du Commerce extérieur Laurent Saint-Martin et de l'envoyé spécial d'Emmanuel Macron pour la reconstruction de l'Ukraine, Pierre Heilbronn.

"Trois échelons qui se complètent" 

Mme Svyrydenko a espéré que d'autres pays "suivraient l'exemple" ainsi donné. Vu l'ampleur de la sur-souscription au Fonds Ukraine, elle a estimé qu'on n'en voyait que "le début" et a souhaité que davantage d'entreprises françaises puissent participer à la reconstruction de son pays.

Elle a mentionné un besoin de "524 milliards d'euros" estimé par la Banque mondiale pour reconstruire l'Ukraine, "une opportunité pour le secteur privé", a-t-elle observé, d'autant qu'après un effondrement en 2022 et 2023, le PIB ukrainien est reparti à la hausse en 2024, que le pays "a mis en place différentes incitations pour les investisseurs locaux et étrangers".

Elle a souligné qu'au moment où l'Ukraine souhaitait "réduire le rôle de l’État", il était opportun de s'intéresser aux privatisations à grande échelle que projette le pays.

Le contraste pouvait paraître incompréhensible vendredi entre la grande salle du ministère de l'économie remplie d'hommes d'affaires venus parler de l'avenir économique de l'Ukraine et les propos inquiétants du président Macron mercredi, évoquant "la menace russe" pour l'Europe - bien au-delà de l'Ukraine -, et la nécessité de réarmer l'Europe et la France, face notamment au désengagement apparent des États-Unis.

"Il y a trois échelons qui se complètent", a expliqué Éric Lombard, "la défense de l'Ukraine, sa reconstruction et la défense de l'Union européenne". "Nous devons traiter les trois en même temps" a-t-il dit.

"Quoi qu'en disent certains"

Au passage, M. Lombard a espéré que la suspension actuelle du soutien américain à l'Ukraine "sera aussi brève que possible".

"La reconstruction ne commence pas au moment où les combats s'arrêtent", a complété M. Barrot, et "on n'a pas attendu la fin définitive de la guerre pour soutenir l'Ukraine, notamment sur le plan économique et énergétique - sans quoi les Ukrainiens ne seraient pas parvenus à traverser les hivers", avec des infrastructures énergétiques pilonnées par la Russie.

Sans quantifier précisément le montant de l'aide purement française, M. Barrot a noté que l'Europe, avec 134 milliards d'euros "apportés aux Ukrainiens pour soutenir leur résistance héroïque", était "le premier soutien financier" du pays depuis trois ans. "Quoi qu'en disent certains", a-t-il ajouté, visant les critiques contre l'UE adressées par le président américain Donald Trump.

M. Saint-Martin a remarqué que le gouvernement accompagnait déjà "plusieurs dizaines de PME (petites et moyennes entreprises, ndlr)" deux fois par an à l'évènement européen "Rebuild (Reconstruire l') Ukraine", pour qu'ils y rencontrent "les donneurs d'ordre ukrainiens sur différents sujets, beaucoup civils".

"L'Ukraine est pour les entreprises françaises une terre d'opportunités", a conclu M. Barrot, rappelant que le milliardaire français Xavier Niel, propriétaire du groupe Iliad (Free), est en train d'y réaliser "un investissement d'un milliard et demi d'euros" dans les télécoms, "le plus gros investissement étranger en Ukraine depuis dix ans".

Dix-neuf projets, pour un total de 200 millions d'euros: l'annonce vendredi des lauréats du Fonds Ukraine financé par la France pourrait préfigurer, pour les entreprises françaises, des marchés bien plus importants quand il faudra reconstruire le pays.

Ce fonds abondé par des dons des ministères de l’Économie et des Affaires étrangères français avait été lancé en juin par les présidents français et ukrainien, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky.

Les projets, portés par 17 entreprises, dont une majorité de petites et moyennes entreprises et d'entreprises de taille intermédiaire (ETI), ainsi que des grands groupes comme EDF (Electricité de France) ou Thales (défense), ont été sélectionnés par l'Ukraine elle-même parmi 70 propositions, d'une...
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