Des braconniers se dirigeant vers des zones de chasse illégale dans le Akkar. Photo envoyée par notre correspondant Michel Hallak.
Une chasse illégale massive a été constatée dans la région du Akkar (extrême nord du Liban) par des activistes qui l'ont dénoncée sur les réseaux sociaux, photos et vidéos à l’appui. L’activiste pour la protection des animaux, Ghina Nahfawi Baltagi, a posté mercredi une vidéo montrant des dizaines de chasseurs abattant des oiseaux migrateurs à Arida (Akkar) et a tagué les ministères concernés.
Notre correspondant, Michel Hallak, souligne que cette activité s’est répandue dans plusieurs zones de ce gouvernorat du Liban-Nord. Il semble que l’appel ait été entendu par les ministres de l’Environnement et de l’Agriculture puisque le sujet de « la nécessité de protéger les oiseaux migrateurs » a été soulevé en Conseil des ministres et mentionné par le ministre de l’Information Paul Morcos, sans plus de détails.
Selon notre correspondant, les zones de « Jabal Terbol et toute la côte du Akkar, en particulier la partie entre la jonction de la ville syrienne de Homs et la localité libanaise frontalière d'Arida, s'est transformée en terrain de chasse sauvage des oiseaux migrateurs qui traversent tôt le ciel du Liban cette saison. »
Le Liban est un des principaux couloirs de passage des oiseaux migrateurs entre l’Afrique et l’Europe, du fait qu'il compte de nombreux points d’eau. Cependant, une loi réglementant la chasse n’a jamais été pleinement appliquée, et l’ancien ministre de l’Environnement Nasser Yassine, de facto président du Haut conseil de la chasse, avait préféré interdire la chasse, sans parvenir à interrompre le braconnage.
Dans tous les cas de figure, cette chasse est doublement illégale, d’une part parce que les oiseaux migrateurs ne font pas partie des listes de proies autorisées et qu’ils sont protégés par des conventions internationales, et d’autre part parce que chasser en cette saison est criminel puisqu'il s’agit de la période de nidification de ces volatiles.
Notre correspondant ajoute que « des centaines de chasseurs amateurs se positionnent dans les lieux de passage obligé des oiseaux pour les piéger, notamment le week-end ». Les cigognes blanches et noires ou encore les pélicans et les rapaces paient un lourd tribut pour leur passage au-dessus du Liban, les braconniers utilisent des armes de chasse souvent sans permis, tout comme des armes de guerre, pour tirer sur les oiseaux sans aucun garde-fou.
Mme Nahfawi Baltagi et notre correspondant mettent l’accent sur « les efforts des quelques agents de l’ordre dans le Akkar, dont le nombre reste largement insuffisant pour arrêter cette frénésie », « les habitants de la région fréquentée par ces braconniers étant furieux de l’ampleur du phénomène ces jours-ci », précise Michel Hallak.
Cité par notre correspondant, le président et fondateur du Comité de protection de l’environnement à Kobeyate (Akkar), Antoine Daher, s’insurge contre ces pratiques et « l’inaction des forces de l’ordre qui, si elles avaient agi avec plus de fermeté dans le passé, auraient épargné au pays le triste spectacle qui se répète ». Il a appelé « le nouveau gouvernement, notamment son chef et le ministre de l’Intérieur, à donner leurs directives afin que les forces de l’ordre puissent mettre un terme efficacement à ces pratiques », et a mis l’accent sur le danger pour l’environnement et les vies humaines de cette chasse incontrôlée.
Selon BirdLife International, un partenariat d'ONGs internationales de conservation des oiseaux, quelque 2,6 millions d'oiseaux seraient abattus illégalement en moyenne au Liban par des braconniers au cours d'une année.


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07 h 40, le 07 mars 2025