D.R.
Les Chrétiens d’Orient. Le Liban et les maronites : un destin de coexistence de Fadi Georges Comair, L’Harmattan, 2025, 258 p.
À signaler également, sur le même sujet : Les Chrétiens d’Orient et la France : mille ans d’une passion tourmentée de Carine Marret, Balland, 2025, 280 p.
On parle souvent des chrétiens d’Orient comme s’il s’agissait d’une espèce en voie de disparition. Il y a quelques jours, une conférence a réuni à Budapest de nombreuses personnalités en vue d’établir un plan destiné à soutenir ces chrétiens, malmenés par les guerres et les persécutions, condamnés à cohabiter tant bien que mal avec des populations parfois hostiles. Pour nous permettre d’y voir plus clair, Fadi Georges Comair, professeur et membre de l’Académie des sciences d’outre-mer, pionnier de l’hydrodiplomatie et artisan de la récupération du monastère historique de Saint-Maron sur l’Oronte, s’est penché sur la question dans un livre intitulé Les Chrétiens d’Orient. Le Liban et les maronites : un destin de coexistence, récemment paru chez L’Harmattan avec une préface du patriarche Béchara Raï et une postface de Sébastien de Courtois.
L’auteur commence par évoquer sa propre expérience de chrétien, notamment durant la guerre du Liban qui a connu plusieurs massacres, dont celui de Damour le 20 janvier 1976, puis son cheminement spirituel et sa découverte des villages maronites du nord de Chypre. Après avoir évoqué la visite du pape François en Irak, considérée comme un « déplacement spirituel et géostratégique », il aborde la tragique marginalisation des chrétiens d’Orient, confrontés à toutes sortes de menaces, dont celle de Daesh, avant de se pencher sur les questions de communautarisme et de vivre-ensemble, tout en s’interrogeant sur la place que peuvent occuper les chrétiens d’Orient dans le nouveau monde arabe.
S’ensuit une partie plus historique où l’auteur passe en revue les massacres au XXe et au XXIe siècles, dont le génocide des Arméniens, les schismes du christianisme, et la genèse des maronites, à travers la biographie de Saint Maron, ses préceptes, ses disciples et son ermitage. Mais ce panorama eût été incomplet sans les saints du Liban, à savoir Charbel, Rafqa, Hardini, Estephan Nehmé, les frères Massabki, et sans l’évocation des patriarches et des présidents bâtisseurs, à savoir Béchara el-Khoury, Camille Chamoun et Fouad Chéhab, depuis la proclamation du Grand-Liban jusqu’à l’époque de la guerre qui aura connu une farouche résistance chrétienne. Après avoir abordé la figure de Jésus en terre de Phénicie et la diffusion du christianisme au Liban, l’auteur s’interroge sur les défis auxquels les maronites doivent faire face aujourd’hui : la démographie, la marginalisation méthodique, les conflits idéologiques, mais aussi les luttes intestines qui les affaiblissent et profitent à leurs adversaires. Pour sortir de l’impasse, l’auteur préconise d’adopter la neutralité positive, vante avec clairvoyance les vertus du vivre-ensemble et propose une charte du droit au retour des chrétiens d’Orient…
En refermant ce livre enrichissant, somme toute homogène malgré la diversité des sujets traités, on mesure mieux l’importance de sauvegarder la présence des chrétiens au Moyen-Orient et le rôle de « passeurs » que ceux-ci sont encore appelés à jouer, en dépit des vents contraires, afin que le « message » de coexistence voulu par le pape Jean-Paul II ne se limite pas seulement au Liban, mais s’applique aussi à la région tout entière, notamment à la Syrie où les chrétiens, peu rassurés par les intentions affichées du nouveau régime, vivent dans l’inquiétude…
Cet ouvrage courageux et instructif est celui d’un humaniste éclairé. Il apporte informations et réponses à ceux qui s’intéressent de près ou de loin à cet Orient que le général de Gaulle savait « compliqué ».