Critiques littéraires

Tebræ, un genre féminin

Tebræ, un genre féminin

D.R.

Tebræ d’Ismaël Diadié Haïdara, Éditions La Saharienne, 2024, 144 p.

«Une Tebria est une unité poétique composée de deux vers, un genre de la littérature du Sahara pratiqué par les femmes maures du désert pour dire la passion de leur cœur. »

« D’un regard, d’un sourire est faite l’éternité. / Je suis seul. »

Cette Tebria est l’une des cent cinquante-quatre que contient le précédent recueil d’Ismaël Diadié Haïdara, paru en 2017 et intitulé Tebræ pour ma mère.

Il est fascinant d’apprendre qu’une forme poétique féminine existe dans le monde. Il est tout aussi passionnant de lire ce détournement. Le poète de Tombouctou rédige, pendant quarante jours, son deuil de sa mère, en un genre qui lui appartient, à elle.

« Personne ne sera à la maison pour m’appeler Lélé / L’oiseau a laissé le nid vide. »

Le poète malien récidive en publiant cette fois, mille deux cent trois haïkus des sables et de l’exil, composés entre 2011 et 2021, dont le dernier dit : « Un jour l’herbe poussera sur ma tombe mais ne pleurez pas, / Nuage flottant, j’ai ri de tout ».

Verra-t-on jamais un destin planétaire, à l’instar de leurs cousins japonais, fleurir de l’Andalousie à Caracas, et de Beyrouth à Paris, ces poèmes minimalistes qui condensent en eux l’énergie du monde, la caresse des femmes et l’immense force de l’instant, redoutables coups de poing poétiques ?

« Sur l’étang je vois mon visage / il ne sait pas qui je suis. »

Le recueil intitulé Tebræ qui paraît aujourd’hui a pourtant été achevé en 2021, 675 ans après la mort de Es Sahili, ancêtre de son auteur, Lélé, poète, architecte et diplomate. Il y a donc une filiation, un héritage culturel immémorial, mis au goût de la modernité pour assurer sa pérennité et son universalité. Tous les grands thèmes de l’humanité se conjuguent dans ce recueil comme lorsqu’on tient un journal intime, comme lorsque le destin de l’homme écrit son histoire, la vie et la mort, la guerre et la paix, l’amour et la haine, l’exil et les racines…

« L’exil n’est pas un malheur / Loin de ma maison, ici, sont l’amour, la neige, la mer. »

Je ne résiste pas à paraphraser mon ami Ismaël : « Lorsque les Tebræ fleuriront sur la surface du monde / Réveillez-moi dans ma tombe pour le chanter ».

Tebræ d’Ismaël Diadié Haïdara, Éditions La Saharienne, 2024, 144 p.«Une Tebria est une unité poétique composée de deux vers, un genre de la littérature du Sahara pratiqué par les femmes maures du désert pour dire la passion de leur cœur. »« D’un regard, d’un sourire est faite l’éternité. / Je suis seul. »Cette Tebria est l’une des cent cinquante-quatre que contient le précédent recueil d’Ismaël Diadié Haïdara, paru en 2017 et intitulé Tebræ pour ma mère.Il est fascinant d’apprendre qu’une forme poétique féminine existe dans le monde. Il est tout aussi passionnant de lire ce détournement. Le poète de Tombouctou rédige, pendant quarante jours, son deuil de sa mère, en un genre qui lui appartient, à elle.« Personne ne sera à la maison pour m’appeler Lélé / L’oiseau a...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut