Quand règne la loi de la jungle, se pose nécessairement la question de savoir qui en est le plus grand prédateur. Non pas celui qui domine et qui régule mais celui qui terrorise et qui dévore. Sur la scène internationale, la Russie, malgré ses limites, occupe cette position depuis deux décennies. Aucun autre pays n’a déstabilisé à ce point l’ordre mondial depuis le début du XXIe siècle. La Chine ne cache pas sa volonté de le refaçonner, mais sa nature prédatrice est pour l’instant limitée à son « étranger proche ». Les États-Unis se sont également comportés comme une puissance prédatrice au moment de l’invasion de l’Irak et dans une moindre mesure de l’Afghanistan et portent une responsabilité de premier plan dans la « dérégulation du recours à la force ». Mais ils ont aussi largement contribué à la défense et à la stabilisation de cet ordre. Le retour au pouvoir de Donald Trump, avec une volonté de rupture nettement plus marquée que lors de son premier mandat, en fait toutefois désormais un candidat très crédible au titre de plus grand prédateur de la jungle mondiale.
À l’échelle du Moyen-Orient, où les prédateurs ne manquent pas, c’est l’Iran qui occupait cette position depuis le début du siècle. La Turquie n’était pas en reste. Certains pays arabes pouvaient pour leur part en avoir l’ambition sans en avoir les moyens. Et Israël, du fait des conditions de sa création et de sa politique d’effacement des Palestiniens, était dans une catégorie à part. Non pas un grand prédateur en tant que tel, sauf pour les Palestiniens, mais un facteur structurel de déstabilisation qui encourage les autres acteurs à recourir à la force. Malgré la compétition féroce, personne n’était néanmoins en mesure de contester la suprématie iranienne en matière de force déstabilisatrice au Moyen-Orient. Personne n’assumait à ce point la logique impériale au point de vouloir soumettre plusieurs pays à ses desiderata.
Cette ère est toutefois révolue. Non pas parce que l’Iran a changé de logiciel, mais parce qu’il n’en a plus les moyens. La nature ayant horreur du vide, deux puissances tentent de l’occuper. La Turquie, qui développe un projet impérialiste assez traditionnel reposant sur une histoire de plusieurs siècles. Et Israël qui, après avoir détruit l’empire iranien, aspire à une forme d’hégémonie régionale beaucoup plus singulière mais pas moins dangereuse pour autant.
L’État hébreu a pour l’instant plusieurs longueurs d’avance sur la concurrence. Au point qu’il apparaît aujourd’hui comme le principal facteur de déstabilisation et donc comme le favori au titre de grand prédateur régional.
Israël ne s’est jamais pensé comme un empire, mais plutôt comme une forteresse assiégée. Il a conquis une partie de son territoire par la force et grignote depuis des décennies celui qui revient normalement de droit aux Palestiniens. Il a occupé et annexé des territoires en Égypte, en Cisjordanie, au Golan, à Gaza, à Jérusalem et au Liban, et continue dans la plupart des cas de le faire. Mais c’était dans une logique d’agrandir la forteresse et non d’étendre l’empire. La différence ? Il n’a jamais eu l’ambition de gouverner des populations non juives et l’a fait, avec les minorités arabes et druzes, par contrainte plus que par choix. Les autres ne l’intéressent pas. Il ne cherche ni à leur imposer son modèle ni à les intégrer – bien que le cas du Golan soit un peu particulier – et n’hésiterait pas à vider tous ses territoires de leur population s’il pouvait le faire.
L’après 7-Octobre marque toutefois un tournant. Israël envisage de réoccuper Gaza et d’annexer la Cisjordanie, déclare vouloir maintenir ses positions au Liban-Sud, étend son territoire en Syrie et menace même d’entrer en guerre avec le nouveau pouvoir à Damas.
Jamais l’État hébreu n’avait assumé de façon aussi décomplexée sa volonté d’hégémonie régionale. Certes, celle-ci est avant tout de nature sécuritaire. Depuis l’opération Déluge d’al-Aqsa, Israël considère que tout lui est permis. Mais cette logique est aussi motivée par des considérations politiques et a, dans tous les cas, de sérieuses conséquences à ce niveau-là. Les Palestiniens sont sommés de disparaître au sens politique et parfois physique du terme. Le Liban est sous une forme de tutelle tandis que la nouvelle Syrie doit se soumettre au diktat de son voisin du Sud sous risque d’être encore amputée d’une partie de son territoire.
Non seulement la domination israélienne est totale sur le plan militaire – en témoigne la destruction de l’arsenal du Hezbollah mais aussi celui de l’armée syrienne – mais elle ne s’accompagne en plus d’aucune volonté de compromis politique. Israël est dans une pure logique de rapport de force. Et celui-ci est si déséquilibré, si peu préoccupé par le sort des vaincus, que l’hégémonie qui en résulte ne peut être que créatrice de chaos sur le moyen et long terme.
Le grand prédateur régional a pour principal allié le grand prédateur mondial. Ensemble, ils vont faire régner leur loi sur le Moyen-Orient. Ils vont briser tous les tabous, redessiner une partie des frontières, tenter d’imposer la paix par la force et mettre au pas tous ceux qui refusent de rentrer dans le rang. La liquidation de la question palestinienne, la normalisation imposée, l’hégémonie israélienne sur des pays dénués de toute souveraineté et le grignotage d’une partie de leur territoire, voilà leur projet.
Tant les pays du Golfe que les premiers concernés dans la région doivent en avoir conscience : la fin de l’ère iranienne est une bénédiction. Le début de l’ère israélienne est une damnation. Nous n’avons pas fini, au Liban et dans toute la région, d’en payer le prix.


Si nous voulons que la loi de la jungle ne soit pas la norme, qui dorénavant risque de régir le monde, il est impératif que les peuples du monde se réveillent, descendent dans la rue, et demandent la destitution du président américain puisque la démocratie n’a plus de valeur pour lui qui veut destituer un président démocratiquement élu pour faire plaisir à son ami dictateur qui lui a soufflé l’idée pour sidérer le monde tout en testant leur capacité à eux deux à aller plus loin si on les laissait faire. L’histoire des dictateurs a toujours eu la même manière on se croit au dessus des lois
21 h 01, le 03 mars 2025