Des enfants cueillent des olives pendant la saison des récoltes à Rmeich, dans le sud du Liban, le 23 octobre 2024, tandis que la fumée d'une bombe à proximité emplit le ciel. Photo d'archives Vincenzo Circosta/AFP
Les bombes au phosphore larguées par l’aviation israélienne au Liban-Sud dès le début du conflit avec le Hezbollah en octobre 2023 étaient reconnaissables aux traces blanches laissées dans le ciel, aux incendies causés dans les champs et dans les espaces verts, ainsi qu’aux brûlures provoquées chez l’être humain. Elles ont aussi laissé un sentiment d’inquiétude sur l’impact d’une éventuelle concentration trop élevée de phosphore dans le sol et l’eau à plus long terme. C’est cette inquiétude qui a été en grande partie dissipée lundi par les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, notamment pour la culture phare du Liban-Sud, celle des olives.
« Les premiers tests effectués sur les cultures au Liban-Sud montrent que les fruits des oliviers ne sont pas affectés par le phosphore », lit-on dans un communiqué commun des deux ministères. Le texte précise que « des échantillons ont été pris des cultures du Liban-Sud, notamment celle des olives, pour répondre aux interrogations sur un éventuel impact du phosphore et les résultats ont montré qu’elles étaient propres à la consommation ».
Le communiqué des deux ministères donne de plus amples informations sur les résultats de ces premiers tests. « Le phosphore blanc est une matière incendiaire qui représente un risque majeur d’incendie pour les champs et les espaces verts qu’elle atteint directement », lit-on dans le communiqué. En revanche, « les dépôts de cette matière dans la nature obéissent à un cycle biogéochimique (processus de transport et de transformation cyclique d'un élément ou composé chimique entre les grands réservoirs naturels, NDLR) qui permet de considérer comme sûre la consommation des cultures ayant survécu à ces incendies ».
Un cycle long
Interrogé sur les conclusions de ces premiers tests officiels au Liban-Sud, Jean Stéphan, expert écologiste et professeur à l’Université libanaise, n’est pas surpris : « L’absorption du phosphore, comme celle de n’importe quel minéral, se limite au nécessaire, le reste étant évacué par le corps humain, ce qui signifie que l’impact sur la santé humaine est négligeable. Il en va de même pour la plante qui prend ce dont elle a besoin pour son développement par les racines. Elle ne va donc pas concentrer plus de phosphore qu’il n’en faut, ni dans l’olive, ni dans l’huile. »
Selon lui, l’impact sur les plantes a eu lieu au moment de la chute des bombes au phosphore sur les terrains : « Les plantes qui sont mortes sont celles qui n’ont pas pu supporter la forte concentration de phosphore dans l’air et dans le sol. » Il n’en est pas de même pour celles qui ont survécu. « Celles-ci ne sont plus soumises à un seuil critique et dangereux de concentration de phosphore, ni en elles ni dans le sol autour », insiste-t-il.
Prié d’expliquer le « cycle biogéochimique » mentionné dans le communiqué des ministères, Jean Stéphan indique qu’il s’agit tout simplement du cycle du phosphore dans la nature. « Le phosphore lâché dans l’air va finir, par un phénomène de lessivage (après le passage de la pluie), par se retrouver dans la mer », souligne-t-il. Le minéral se dépose dans les sédiments marins, et il ne revient au sol terrestre qu’après des modifications longues dans la formation des reliefs de l’écorce terrestre et l’évolution du sol au cours du temps (ce qu’on appelle orogenèse et pédogenèse), soit des cycles sur des milliers d’années. « Il est donc impensable de se dire qu’il y aura des concentrations décelables dans un endroit donné à court terme, qui aura un impact sur nos vies et notre consommation », précise-t-il.
Les ministères restent cependant prudents : « Quant à l'impact indirect des niveaux élevés de phosphore dans le sol, il peut se refléter dans la productivité des cultures sur les terres présentant des concentrations élevées, d'où la nécessité d'accompagner les agriculteurs afin de les guider sur la manière de réhabiliter le sol » affecté, assurent-ils dans leur communiqué.
Des agriculteurs « soulagés »
Ce communiqué a de toute évidence été accueilli avec soulagement par les agriculteurs concernés, comme Mohammad Kdouh, un agriculteur, apiculteur et éleveur de Bint Jbeil. « Je mettais souvent en garde mes confrères dès le début de la guerre contre les rumeurs qui nuisent à l’agriculture au Liban-Sud car le public est naturellement attiré par les rumeurs et la vérité devient difficile à établir par la suite », dit-il à L’OLJ.
L’agriculteur note que depuis plusieurs mois déjà, « les clients qui m’appellent pour s’enquérir de mes produits me demandent souvent ironiquement : avec ou sans phosphore ? » Ce communiqué est donc pour lui « une bonne nouvelle » parce qu’il faut « se fonder sur des informations scientifiques ».
Certes, Mohammad Kdouh confirme que la saison passée des olives est perdue « pour des raisons ayant à voir avec le cycle agricole (la saison de la cueillette étant passée, NDLR), pas la guerre », qui s'est conclue par un cessez-le-feu le 27 novembre 2024, et que la sécheresse qui a sévi jusqu’en février cette année aurait un impact sur la récolte prochaine. « Il faut attendre environ un mois après les pluies tardives de février pour voir si certains arbres donnent des signes de faiblesse en raison de la sécheresse ou si le long abandon en raison des combats les a affectés », estime-t-il.





Et devront nous faire confiance a nos ministères? parce qu'ils ont prouvés qu'ils ont notre intérêt a coeur.
06 h 53, le 26 février 2025