Nizar Hani, directeur de la réserve des cèdres du Chouf. Photo Romy Abou Jaoudé, de l’Académie libanaise des beaux-arts
Dans le cadre du projet « Plumes engagées, la jeunesse libanaise s’exprime ! » de l’Institut français, en partenariat avec Yomkom, l’ALBA et L’Orient-Le Jour, et avec le soutien de ALAM et Change Lebanon, six de nos journalistes ont tenu au printemps dernier une formation aux techniques d’écriture du portrait journalistique à 84 jeunes plumes. Âgés entre 14 et 16 ans et issus de 28 écoles des régions de Beyrouth, Jounié, Tripoli, Akkar, Zghorta, Koura, Minié, Baalbeck, Qab Élias, Zahlé, Rayak, Chouf, Baabda, Saïda, Tyr et Nabatiyé, ces jeunes ont réalisé le portrait d’une personnalité locale de leur choix, s’illustrant par des prises d’initiatives citoyennes. Parmi les 28 portraits rédigés, L’OLJ a choisi d’en publier trois. Voici celui de Nizar Hani, directeur de la réserve des cèdres du Chouf. Ce portrait a été rédigé avant l’opération militaire israélienne de grande ampleur au Liban-Sud et dans la Békaa, le lundi 23 septembre 2023, et la guerre à grande échelle entre le Hezbollah et l’État hébreu qui a suivi jusqu’au 27 novembre 2024. Il avait aussi été sélectionné par nos équipes avant la nomination de Nizar Hani au poste de ministre de l'Agriculture au sein du gouvernement de Nawaf Salam formé le 8 février 2025.
« Ahla w sahla ! » Avec un visage souriant, Nizar Hani accueille les touristes et les visiteurs de la réserve des cèdres du Chouf. Puis il s’assoit par terre à l’ombre des cèdres, refusant d’être surnommé monsieur ou docteur. « Sans surnom, c’est beaucoup mieux ! » dit-il en faisant des gestes amples et fluides de la main. Ses doigts caressent délicatement les troncs d’arbres centenaires, comme pour en percevoir le battement de vie.
Ce défenseur de la verdure ancestrale a consacré les 23 ans de sa carrière à la gestion durable des ressources naturelles et à la promotion de la biodiversité. Sous sa direction, la réserve du Chouf a bénéficié de programmes innovants de conservation et de développement communautaire. Ces initiatives incluent la reforestation, la protection de la faune et de la flore locales, ainsi que la sensibilisation des populations locales et des visiteurs à l’importance de la biodiversité.
Né à Baadarane en 1978, Nizar Hani a grandi imprégné par l’amour des majestueuses forêts du Chouf. Le protecteur des cèdres éternels est considéré comme un militant pour la protection des espaces verts. Au fil des ans, il a acquis plusieurs diplômes : une licence en biochimie, un master en sciences de l’alimentation et un doctorat en sciences agricoles. Il est ainsi devenu une figure éminente dans le domaine de la conservation au Liban.
Un travailleur acharné
En 2000, Nizar Hani a entamé sa carrière professionnelle. « Au début, j’étais coordinateur scientifique. J’ai exécuté ce travail avec une équipe pendant dix ans et lorsque je suis devenu le directeur de la réserve, la responsabilité a totalement changé », explique-t-il. « On a commencé avec dix ouvriers. Aujourd’hui, l’équipe compte 70 chercheurs fixes et 250 bénévoles qui s’entraident pour le progrès de ce milieu naturel… C’est plus qu’un simple métier ! C’est plutôt un mode de vie », déclare-t-il avec des yeux scintillants. Ce « moudir » (« directeur »), comme l’appelle Majed, le guide de la forêt de cèdres de Maasser, consacre de longues heures à son travail, démontrant un dévouement sans faille à la conservation de la nature et au développement durable. Ses journées commencent souvent à l’aube et se prolongent bien après le coucher du soleil afin d’assumer toutes ses responsabilités : superviser les projets de reforestation, coordonner des programmes éducatifs pour sensibiliser le public et collaborer avec des chercheurs et des partenaires internationaux. Nizar Hani est constamment en réunion ou sur le terrain.
Bénéficiant du support inconditionnel de sa famille, le directeur affirme que cela a contribué à sa réussite. « Mon épouse a joué un rôle primordial dans ma réussite. Elle a supporté mes longues absences. Je travaillais au début de ma carrière 20 heures par jour. Actuellement, je travaille environ dix-huit heures », souligne-t-il. Le militant estime aussi que « planter un cèdre qui porte le nom d’une personne qui nous est chère est une façon tangible de rattacher l’individu à ses racines ». « Si j’ai à planter un cèdre, il portera le nom de mes enfants », confie-t-il.
Un écolo ambitieux
Malgré les défis et les problèmes issus du changement climatique, Nizar Hani espère pouvoir « lier toutes les réserves naturelles du Liban par un réseau afin de créer des corridors écologiques pour faciliter la migration des espèces et la restauration des habitats dégradés entre les réserves ». Il reconnaît toutefois que cette initiative nécessite une coordination interinstitutionnelle, des politiques de protection rigoureuses et l’implication des communautés locales. « Le concept des réserves a changé dans le monde entier, on ne se contente plus de protéger une espèce mais plutôt l’aménagement paysager », ajoute Nizar Hani.
« Il y a quelques années, 20 à 30 personnes pratiquaient la randonnée dans nos forêts car l’objectif des visiteurs était la chasse. Mais cela a changé de nos jours », se félicite-t-il. Il affirme aussi que le nombre de visiteurs de la réserve s’accroît chaque année. « Nous accueillons aujourd’hui environ 120 000 visiteurs par an. Les gens ont pris conscience de l’importance de la nature », précise-t-il, espérant pouvoir rester le gardien des cèdres du Liban.
N.B. : Tous les portraits seront exposés à partir du 14 mars, à 15h30 (heure du vernissage en présence de l'ambassadeur français Hervé Magro), dans la salle Ibrahim Najjar de la galerie d'exposition sur le nouveau campus de l'ALBA à Dekouané.


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