Une affiche pro-Massad Boulos et pro-Donald Trump à Dora, au nord-est de Beyrouth, le 29 janvier 2025. Photo L’OLJ
L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, qui a propulsé Massad Boulos, le père de son gendre d’origine libanaise, au poste de conseiller pour les affaires arabes et du Moyen-Orient, a suscité chez de nombreux Libanais une admiration mêlée de fascination pour ce binôme. Le jour même de l’élection du républicain, les habitants de la bourgade de Kfar Akka dans le Koura au Liban-Nord, d’où Massad Boulos est originaire, ont spontanément jeté du riz dans les rues, une tradition ancestrale symbolisant leurs vœux de prospérité et de bonheur.

Les villageois étaient allés bien au-delà des simples réjouissances, en couronnant sa femme, Sarah Boulos, de l’aura de « Première dame » du Liban. À l’entrée du village, la municipalité avait accroché un message sur des banderoles dans lequel elle se dit fière « de son fils, le Dr Massad Boulos » et « pleine d’espoir en sa capacité à sortir le pays du gouffre ».
Impossible aussi de manquer, au niveau de Dora, Zouk, Jbeil et dans d’autres localités, les immenses affiches pro-Massad Boulos et pro-Trump qui tapissent les bords de l’autoroute reliant Beyrouth à Tripoli, ou des banderoles de ce binôme qui couvrent les ponts sur la route. Un certain Tony Fayad, présumé homme d’affaires originaire du Liban-Nord, y est mentionné comme étant derrière le financement de cette campagne.
Sur d’autres voies, notamment à Achrafieh, quartier Mar Mitr, le président de la République, Joseph Aoun, fraîchement élu le 9 janvier, est aperçu accompagné du slogan « Make Lebanon Great Again », un clin d’œil audacieux au désormais célèbre « Make America Great Again » – slogan de campagne utilisé par Donald Trump pour rendre sa grandeur à l’Amérique.

« Une pollution visuelle », « une publicité de mauvais goût », « pathétiquement drôle » : nombreux sont ceux qui considèrent ces comportements comme un « signe d’ignorance », voire une « forme de soumission typiquement libanaise ».
Pour Rami*, Beyrouthin, la présence du beau-père de Tiffany Trump au sein de l’administration américaine pourrait avoir des « retombées positives pour le Liban, en favorisant un lobbying auprès des pays du Golfe pour qu’ils réinvestissent la scène libanaise ». Néanmoins, et malgré sa position « prestigieuse », cela ne justifie pas de le glorifier et de voir « sa face plantée sur le territoire libanais », s’insurge le jeune homme.
Certains, à l’image de Mariam, nourrissent l’espoir que Massaad Boulos pourra influencer Donald Trump en plaidant la cause libanaise. « Aussi minime soit-elle, cette influence pourrait bénéficier au pays », affirme-t-elle, se disant ne pas être « nécessairement dérangée » par ces affiches, qui représentent « un homme au parcours réussi, contrairement aux posters de nos politiciens, non seulement corrompus mais aussi criminels ».
Nicolas, originaire d’Amioun dans le Koura, estime lui que le rôle de M. Massaad reste « limité, tant la présence d’un grand nombre de conseillers autour du président américain, dont certains proches de Benjamin Netanyahu, semble peser lourd ». L’homme le plus puissant de la planète (Donald Trump, NDLR) ne va jamais mettre l’intérêt du Liban avant celui d’Israël pour les beaux yeux de Massaad Boulos, tout en plaisantant que ce dernier n’est pas « le Messie pour voir son visage tous les matins en allant au travail ».
Sur la plateforme X, un internaute s’interroge : « Pourquoi agissons-nous ainsi ? », suggérant une attitude dégradante ou absurde, accompagnant son propos des photos du duo. Un autre utilisateur exprime son embarras, considérant que ces affiches incarnent une « forme de soumission aux puissances étrangères ».
Un comportement « à la libanaise »
Pour Jad Chahrour, porte-parole de la Fondation SKeyes pour la liberté de la presse, l’engouement de certains Libanais, « toutes communautés confondues », pour Donald Trump et Massad Boulos s’inscrit dans un contexte d’« épuisement généralisé ». Depuis cinq ans, le pays s’enfonce dans une crise multiforme – économique, politique et sécuritaire – à laquelle est venue s’ajouter la récente guerre entre le Hezbollah et Israël. « Les Libanais pensent que Donald Trump et Massad Boulos vont les libérer de cette crise », observe-t-il.
« Alors que les Libanais semblent avoir l’art de choisir les mauvais profils comme dirigeants politiques », ils restent toujours « en quête d’un héros. C’est ce qu’incarne pour une majorité des Libanais Donald Trump, dans son populisme et son ultranationalisme, se présentant comme celui qui défend l’intérêt de son peuple », explique Jad Chahrour.
« À un certain moment, Carlos Ghosn, l’ancien PDG de Renault-Nissan, a été perçu comme un héros et un potentiel chef de l’État », explique-t-il, tout en rappelant que « derrière cette image se cachait un homme recherché, après sa fuite du Japon, où il faisait face à des poursuites judiciaires pour corruption ». « Les Libanais continuent de chercher ce héros qui viendra les venger, comme l’ont été, dans chaque communauté, des figures emblématiques telles que Bachir Gemayel, Rafic Hariri ou encore Hassan Nasrallah », conclut-il.
De son côté, Leila el-Ali, chercheuse en sociologie au ministère de l’Éducation, estime que ce genre de comportement n’est pas nouveau. C’est dans « l’ADN du peuple libanais de se sentir fier lorsqu’un des leurs parvient à s’imposer à l’échelle internationale, même s’il ne parle pas la langue et n’a jamais vécu au Liban ». Cependant, elle souligne qu’il est important de vraiment « comprendre la personnalité de ces figures et d’évaluer leur véritable potentiel avant de faire leurs éloges à la libanaise ».





les libanais sont connus pour laisser leur langue formuler ce que leur cerveau-quand ils en ont de serieux- n'a pas encore absorbe
09 h 34, le 11 mars 2025