Hadi Bou Ayash/Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture
Près d’un tiers de la population libanaise est confrontée à une « insécurité alimentaire aiguë » à la suite de la campagne de bombardements israélienne entre septembre et novembre derniers au Liban-Sud et dans la Békaa, selon un rapport publié conjointement par le ministère de l’Agriculture, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM).
Le retour à la normale « sera probablement lent », prévient mercredi le PAM dans son communiqué de presse. Le dernier conflit entre le Hezbollah et Israël avait débuté en octobre 2023, s’était intensifié en septembre 2024 avant d’aboutir à un cessez-le-feu en novembre. La nouvelle évaluation de la sécurité alimentaire montre que « les hostilités ont affecté le secteur agricole et l’économie ».
Environ 1,65 million de personnes au Liban – Libanais, Syriens et Palestiniens – sont « actuellement confrontées à des niveaux d’urgence d’insécurité alimentaire (phase 3 de l’IPC ou plus) », selon une analyse utilisant la classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire (IPC). Ce chiffre est à comparer aux 1,26 million (23 % de la population) qui se trouvaient dans cette situation avant l’escalade. Parallèlement, 201 000 personnes sont confrontées à des niveaux d’urgence (phase 4 de la classification), soit deux fois plus qu’avant l’escalade.
D’octobre à novembre 2024, 928 000 résidents libanais, 579 000 réfugiés syriens et 84 000 réfugiés palestiniens ont connu la phase 3 (décrite comme « personnes en crise ») ou une phase supérieure. La phase 4 est une « urgence » et la phase 5 une « catastrophe ».
Le gouvernorat de Baalbeck a été classé par le rapport comme le plus durement touché, avec le plus grand nombre de personnes subissant les niveaux de la phase 4. « La détérioration de la sécurité alimentaire au Liban n’est pas une surprise », a déclaré le représentant du PAM au Liban, Matthew Hollingworth, dans le communiqué de l’organisation.
« Soixante-six jours de guerre, précédés par des mois de conflit, ont brisé des vies et des moyens de subsistance », a-t-il affirmé. « Alors que certains peuvent rentrer chez eux après le cessez-le-feu, d’autres sont confrontés à la dure réalité de n’avoir plus de foyer où retourner. À ce moment critique, notre mission est claire : soutenir le gouvernement et la population dans la reconstruction de leurs vies et de leurs systèmes alimentaires. »
Selon les auteurs du rapport, ces niveaux d’insécurité alimentaire devraient persister au cours des trois prochains mois, avec « aucun retour à court terme aux conditions précrise ». Une « légère détérioration » de la situation est prévue entre maintenant et mars 2025, et « la contraction économique prolongée, effet résiduel du conflit, persistera ».
Le rapport prévoit une réduction de l’assistance alimentaire humanitaire et avertit que le cessez-le-feu ne correspond pas directement à une amélioration de la situation de la sécurité alimentaire, les personnes déplacées à l’intérieur du pays retournant souvent dans des régions dévastées par les attaques.
La représentante de la FAO au Liban, Veronica Quattrola, a elle déclaré que « les hostilités ont significativement affecté les moyens de subsistance des agriculteurs, ainsi que les biens et infrastructures agricoles, aggravant l’insécurité alimentaire et menaçant les moyens de subsistance des agriculteurs ».
Commentaires du ministre de l’Agriculture
Le communiqué du PAM inclut des commentaires du ministre sortant de l’Agriculture, Abbas Hajj Hassan, qui a souligné l’importance de la durabilité, de la transparence et de la confiance dans tous les projets agricoles.
« Ces partenariats (avec la FAO et le PAM) renforcent notre nation, qui a besoin du soutien des organismes internationaux et des partenaires locaux, a-t-il déclaré. Une coopération soutenue est essentielle pour atteindre un développement durable du secteur agricole au Liban. » L’évaluation des dommages causés par Israël fait partie du processus de « compensation des agriculteurs affectés », a indiqué le ministre, la priorité étant d’assurer un financement pour la réhabilitation du Liban.
En novembre, la Banque mondiale a estimé que le conflit entre Israël et le Hezbollah, qui a commencé le 8 octobre 2023, a coûté quelque 8,5 milliards de dollars au Liban au total. L’institution divise cette facture entre les dégâts matériels causés aux structures physiques, s’élevant à eux seuls à 3,4 milliards de dollars, et les pertes économiques, qui atteignent 5,1 milliards. Dans la première catégorie, les dégâts infligés au secteur agricole s’évaluent à 124 millions de dollars, soit 3,6 % des dommages totaux observés. Pour la seconde, ce secteur cumule des pertes à 1,13 milliard de dollars, soit 22,4 % du total.



