Une seule femme au gouvernement de Nagib Mikati. Photo prise le 13 septembre 2021 au palais présidentiel de Baabda. Photo Dalati et Nohra
Les consultations parlementaires pour la formation du gouvernement de Nawaf Salam, désigné à la primature lundi après l’élection de Joseph Aoun le 9 janvier à la présidence de la République, étaient à peine entamées que les féministes du Liban sont passées à la vitesse supérieure, réclamant avec insistance une représentation solide des femmes au Conseil des ministres.
Par solide, elles signifient un cabinet formé d’au moins 30 % de femmes, technocrates, capables de peser suffisamment dans la balance pour changer les lois discriminatoires envers les Libanaises. Avec en tête, l’instauration de quotas féminins aux prochains scrutins municipal et législatif, l’adoption d’une loi civile sur le statut personnel, la transmission de la nationalité et la levée des obstacles à une participation plus importante des femmes à la vie économique.
« Le nouveau président a promis dans son discours d’investiture qu’il mettrait la bonne personne à la bonne place. Beaucoup de femmes libanaises ont aujourd’hui l’expertise pour gérer un portefeuille ministériel et mener les réformes nécessaires », souligne ainsi Nada Saleh Anid, fondatrice de l’ONG Madanyat pour l’égalité des genres. « C’est le moment où jamais de nommer plus de femmes à des postes de décision au gouvernement. Ce serait l’opportunité de placer le Liban sur la voie de l’égalité des genres, ajoute-t-elle. Autrement, ce serait un signal grave. »
Quotas féminins, statut personnel, transmission de la nationalité...
Les revendications féministes sont les mêmes depuis des décennies. Elles se concentrent sur six à sept demandes principales, dont le droit à la participation politique des femmes et l’instauration de quotas féminins dans la loi électorale. « Dans aucun pays du monde, les femmes n’ont été insérées à la vie politique, à moins d’une loi imposant la discrimination positive », analyse Myriam Sfeir Murad, directrice de l’Institut arabe pour les femmes (AIW) à l’Université libano-américaine (LAU).
« Au cœur des revendications féministes également, la nécessité de mettre fin aux lois discriminatoires communautaires sur le statut personnel, la transmission de la nationalité par la Libanaise, la lutte contre les violences faites aux femmes (dont les migrantes) et les conditions de travail des mères de famille. D’où la nécessité de nommer au gouvernement des femmes déterminées à se pencher sur ces dossiers », ajoute la chercheuse.
Selon la plateforme Lebanon’s Feminist Platform, créée après le 4-Août sous l’égide de l’ONU Femmes (institution onusienne soutenant les droits des femmes) et qui regroupe 47 associations féministes, seulement 19 femmes ont été nommées à des postes ministériels sur un total de 1 072 positions depuis l’indépendance du Liban en 1943. Jusqu’en 2024, les femmes n’ont participé qu’à 9 gouvernements sur 77, la représentation féminine la plus importante ayant atteint 30 % dans le gouvernement de Hassane Diab en 2020. Le gouvernement de Nagib Mikati, formé en 2021, ne comptait, lui, qu’une seule femme. La situation n’est pas meilleure au Parlement libanais où l’on compte seulement 8 représentantes du peuple pour 128 députés.
Cette même plateforme a d’ailleurs publié une charte adressée au président de la République, au Premier ministre et aux députés, résumant les revendications féministes, insistant aussi sur la nécessité d’inclure les personnes handicapées et les jeunes dans toute politique destinée aux femmes.
Des candidates potentielles
Sur les réseaux sociaux, l’heure est à l’optimisme et, pour les femmes, tous les espoirs sont permis depuis l’élection de Joseph Aoun, commandant en chef de l’armée, et la désignation de Nawaf Salam, juriste, diplomate, universitaire et président de la Cour internationale de justice (CIJ), pour former le gouvernement. Deux figures dont les discours ont séduit, par leur volonté de réformer le statut des femmes notamment. Sans oublier que, dans sa vie privée, le Premier ministre désigné est connu pour ses engagements avant-gardistes et son attachement à la laïcité. Son fils Abdallah s’est marié civilement au Liban, bravant les interdits et les lois communautaires.
Déjà, les premières nominations au sein de l’équipe du président Aoun confortent les revendications féministes : la journaliste Najat Charafeddine en tant que porte-parole de la présidence et la diplomate Jeanne Mrad en tant que conseillère pour les affaires diplomatiques à Baabda. Les espoirs sont aussi grands de voir la Première dame, Neemat Aoun, jouer un rôle actif au sein de la Commission nationale de la femme libanaise (NCLW).
Relayant cet optimisme, l’association FiftyFiftyLb qui milite également pour l’égalité des genres a publié sur sa plateforme un florilège de noms de candidates potentielles au gouvernement qui se sont distinguées dans leurs domaines professionnels. Circulent ainsi les noms de Laury Haytayan, experte en pétrole et gaz à l’Institut de gouvernance des ressources naturelles ; Fadia Kiwan, directrice de l’Organisation des femmes arabes ; Lamia Moubayed, présidente et directrice de l’Institut des finances Basil Fuleihan ; Gaël Bou Ghannam, obstétricienne gynécologue spécialiste en infertilité… pour ne citer que ces quelques noms parmi tant d’autres.
« Nous avons un peu plus d’espoir aujourd’hui pour les femmes du Liban, parce que autant le président que le Premier ministre sont des symboles d’ouverture et sont soucieux de voir des femmes au gouvernement », réagit Joëlle Abou Farhat, fondatrice de l’ONG.
L’activiste révèle d’ailleurs avoir été contactée par des proches du Premier ministre désigné pour établir une liste de femmes potentiellement ministrables. « Nous leur avons fourni une liste d’une bonne trentaine de femmes expertes chacune dans son domaine, féministes et indépendantes politiquement. Nous en faisons la promotion sur les réseaux sociaux », affirme-t-elle.
Et si l’ONG réclame idéalement « la parité absolue, autrement dit 50 % de femmes au gouvernement », conformément aux demandes onusiennes, elle est pleinement consciente du défi posé. « Nous avons placé la barre très haut. Mais pour être réalistes, en deçà du taux minimum de 30 % de femmes, ce serait inacceptable », dit-elle.
Dans les coulisses des concertations circule même l’information que Nawaf Salam a invité chaque bloc parlementaire à proposer le nom d’une femme au moins dans sa liste.





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09 h 27, le 20 janvier 2025